De plus en plus de Français semblent rechercher de la fraîcheur pour leurs vacances, après des épisodes de chaleur intenses depuis le mois de mai. Les plateformes de réservation de logements ou de voyages notent des évolutions dans les destinations ou les équipements recherchés.

Arthur Sautrel - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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Une chaleur étouffante, des sorties limitées… Alors que leurs vacances sont marquées par des températures particulièrement élevées, les Français s’adaptent. « J’ai préféré annuler une semaine de vacances au Léman fin juin », expose Marie, originaire du Bas-Rhin. « Il faisait vraiment trop chaud pour rester à l’extérieur, même à l’ombre, et impossible pour moi de rester enfermée dans une chambre d’hôtel climatisée. » Marianne, 67 ans et habitante de Lyon, a opté pour des destinations qui lui promettent plus de fraîcheur : « Lors des canicules, je file vers les Alpes ou le Haut-Doubs pour quelques jours. Si mes moyens le permettaient, je passerais tous les étés dans le nord de la Bretagne et dans le Cotentin ! »

Avec un nouvel épisode de fortes chaleurs en cette fin de mois de juillet - qui suit plusieurs coups de chaud depuis mai -, la chaleur devient un critère important dans le choix de ses vacances. Airbnb relève un changement de comportement de ses utilisateurs : depuis le 14 juin, les recherches de séjours avec accès à un lac (+101 %), climatisation (+88 %), accès à la plage (+86 %) ou piscine (+27 %) ont considérablement augmenté.

De son côté, la centrale de réservation de Gîtes de France reçoit de nombreux appels de la part des vacanciers pour s’assurer de la présence de climatisation ou de ventilateurs. Pour Yannis Groell, président de la Fédération nationale Gîtes de France et de l’agence Haute Alsace, « ces événements climatiques accélèrent un travail déjà engagé avec les hébergeurs, qui sont fortement incités à proposer de la fraîcheur aux vacanciers tout en adoptant une démarche durable. On ne veut pas des climatiseurs énergivores partout, mais l’intensification de ces épisodes amènera probablement à revoir le cahier des charges qui détermine le classement de nos hébergements. Ne rien faire ces prochaines années se fera ressentir sur le taux d’occupation du logement ».

Les Français privilégient le Nord et l’altitude

Les destinations évoluent également. Airbnb recense un intérêt marqué pour la Normandie ou la Bretagne, avec des recherches en hausse dans la Manche (+24 %), le Calvados (+23 %), la Seine-Maritime (+17 %) ou encore les Côtes-d’Armor (+11 %), par rapport à la même période l’an dernier. Le constat est le même du côté de Gîtes de France, qui enregistre « un vrai attrait pour des départements en Bretagne, en Normandie ou dans les Hauts-de-France ».

Inquiets face aux canicules à répétition, les vacanciers pourraient privilégier les destinations nature ou montagne plutôt que les séjours dans les villes. Ici le lac des Rousses dans le Jura. Photo EBRA/LPR/Philippe Trias

Inquiets face aux canicules à répétition, les vacanciers pourraient privilégier les destinations nature ou montagne plutôt que les séjours dans les villes. Ici le lac des Rousses dans le Jura. Photo EBRA/LPR/Philippe Trias

La montagne, et son climat d’altitude, apparaît également comme une oasis de fraîcheur au moment de choisir son lieu de villégiature. Pour Gîtes de France, « les destinations de nature et de montagne résistent particulièrement bien, à l’image du Jura, des Vosges, de la Haute-Savoie et de l’Ain. Les Vosges et la Haute-Saône progressent même légèrement par rapport à l’année dernière ». Airbnb observe une progression des recherches de réservation en Isère (+19 %), dans les Hautes-Alpes (+13 %) et en Haute-Savoie (+12 %) par rapport à 2025.

Fin juin, en pleine canicule, l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM) constatait un regain d’intérêt dans ses territoires. « En une semaine, les réservations ont progressé de 2,5 %, portant le taux d’occupation prévisionnel de juillet-août à 48,7 % (+1 point par rapport à 2025) », constatait Jean-Luc Boch, son président. Cette affection pour la montagne s’explique selon lui par « la période des fortes chaleurs » et un « contexte particulier de cette année, entre contraintes économiques et incertitudes internationales ».

Le nord de l’Europe plutôt que le sud ?

Autres destinations en vogue après ce coup de chaud du début de l’été : le nord de l’Europe, de plus en plus prisé. « L’an dernier, nous étions partis en van avec nos deux enfants dans le Pays basque et en Dordogne, où il a fait jusqu’à 43 °C », raconte Claire (*), 36 ans, qui réside dans le Bas-Rhin. « Cette année, nous avons décidé de fuir la canicule et de partir en Angleterre pour deux semaines de road trip. »

« Le soleil reste un critère essentiel pour de nombreux voyageurs en été, mais nos dernières données de recherche montrent que le confort devient lui aussi un facteur de plus en plus important dans le choix de la destination », note Clément Bourguignon, expert voyage pour le comparateur Kayak. « Nous constatons un intérêt croissant pour des destinations où les visiteurs peuvent profiter d’activités en plein air et de séjours urbains sans subir les températures extrêmes qui affectent une grande partie du sud de l’Europe. » Édimbourg et Glasgow (Écosse) en profitent particulièrement, avec une augmentation de 30 % des recherches de vols depuis la France par rapport à l’an dernier, d’après Kayak. La Norvège attire aussi : Bergen enregistre une hausse de 17 %, Tromsø +10 %. La tendance est la même à Copenhague (+ 7 %), Oslo (+5 %) ou Stockholm (+5 %).

(*) Le prénom a été modifié.

« Dès l’année prochaine, les exploitants de camping vont s’adapter »

Les campings ont connu une bonne fréquentation malgré les fortes chaleurs, et ceux installés dans la partie nord du pays ou à la montagne en profitent. D’importantes adaptations attendent cependant le secteur, selon Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air et propriétaire de deux campings en Bretagne.

Les canicules successives depuis le début de l’année ont-elles eu un impact sur les réservations dans les campings français ?

« Oui, mais c’est un facteur parmi d’autres car le printemps a été perturbé. La crise géopolitique du détroit d’Ormuz a bousculé les réservations, avec un fort ralentissement en mars et en avril. Il est donc difficile d’attribuer le récent pic de réservation à la canicule, à la géopolitique ou au pouvoir d’achat. On constate tout de même que les fortes chaleurs ont réalloué, sans surprise, une partie des réservations sur deux secteurs : la moitié nord de la France, des Hauts-de-France aux Pays de la Loire, ainsi que dans les campings de montagne, notamment de moyenne montagne. On observe également, de manière contre-intuitive, un regain des réservations de dernière minute dans le Sud. Cela est dû à deux raisons : les hébergements y sont plus climatisés et la végétation y est plus développée. Les campings restent plus adaptés aux fortes températures dans le Sud que dans le Nord. »

Comment les professionnels s’adaptent à cette recherche de fraîcheur ?

« Le camping a toujours été un mode d’hébergement avec une grande souplesse d’exploitation, plus facile à transformer qu’un hôtel par exemple. Il est possible de remplacer des hébergements inadaptés, comme remplacer des mobil-homes par des chalets ou des tentes de location. Une chose est certaine : dès l’année prochaine, les exploitants de camping vont transformer leurs équipements en fonction de l’expérience vécue cette année. La profession avait déjà entamé des discussions avec nos fournisseurs de mobil-homes et de chalets pour adapter les hébergements aux fortes chaleurs. Cela va s’accélérer. La climatisation ne pourra pas forcément être généralisée pour un problème concret : la puissance électrique globale d’un camping n’est parfois pas compatible avec une consommation aussi importante. Un autre enjeu, sur le temps long, est de végétaliser les campings. Et c’est particulièrement important dans la moitié nord où l’ombre est généralement rare car, historiquement, les clients recherchaient le soleil. »

« Les campings travaillent beaucoup sur les risques naturels »

À quoi ressemblera un camping dans 10 ans, avec des étés de plus en plus chauds ?

« Outre une adaptation de la végétation, il y aura sûrement plus de climatisation, notamment dans les bâtiments collectifs comme le restaurant. On commence aussi à voir apparaître des brumisateurs, des pergolas aussi pour permettre d’attendre à l’ombre devant la réception, lors du pic des arrivées. Les hébergements seront sûrement différents, avec une meilleure isolation et des toits blancs pour plus de fraîcheur. Nous collaborons avec nos confrères dans le sud de l’Europe, comme en Espagne ou en Italie, qui connaissent déjà des chaleurs extrêmes. En Catalogne, un camping a végétalisé massivement et créé des courants d’air massifs. Résultat, la température a baissé de 7 à 8 °C.

L’exemple espagnol, qui accueille légèrement plus de touristes que la France en nombre de nuitées, montre que la chaleur ne fait pas fuir les vacanciers. Par contre, la grande question est de savoir à partir de quelle température il y a un basculement. Est-ce que c’est 38, 40 ou 44 °C ? Personne ne sait aujourd’hui. Si, pour l’heure, on constate plutôt une fuite des clients quand il pleut que quand il fait très chaud, l’adaptation reste une priorité. »

Outre les températures étouffantes, le réchauffement climatique est également un défi avec la multiplication des incendies…

« Nous connaissons une année record avec déjà plus d’une vingtaine de campings évacués, alors que nous ne sommes qu’en juillet. C’est du jamais-vu. Les campings travaillent beaucoup sur les risques naturels car ils sont en première ligne : inondation, submersion, érosion côtière… Les campings n’étaient pas touchés par les incendies il y a 20 ans et le premier choc a été le feu de la Dune du Pilat en 2022. Dans l’immense majorité des cas, les feux ne naissent pas dans le camping, mais à l’extérieur. Un travail est engagé pour se protéger de cette menace, avec du débroussaillage autour des installations et la suppression des résineux comme les cyprès, très dangereux en cas d’incendie. Des investissements structurels importants seront également nécessaires pour avoir des réserves d’eau et des débits d’eau suffisants en cas de lutte contre le feu. Nous travaillerons sur ce sujet avec les collectivités locales et l’État. »

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