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Toujours plus haut, encore plus loin

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Ainsi, cette petite virée à 100 milliards de dollars (et 2,65 millions de litres de carburant) prendra fin aujourd’hui. Mais pas vraiment, puisqu’on incite les prochaines générations à aller toujours plus haut et encore plus loin, dans une logique de colonisation, de compétition et de conquête de l’espace. C’est l’un des messages des astronautes d’Artemis II : qu’on poursuive leur mission tout en offrant un peu d’espoir aux Terriens.

« Je me suis demandé, dans le monde d’aujourd’hui, ce que nous pourrions faire pour remonter le moral de nos amis sur la planète Terre. Et j’en suis venu à la conclusion suivante : il suffit d’aller accomplir cette mission », a confié le commandant Reid Wiseman. « Wherever you go, there you are », comme on dit aussi dans son pays. Nous avons besoin de hauteur et de poussières d’étoiles pour rêver.

Vous aurez compris que je ne suis une fan ni de Star Wars ni de Katy Perry, laquelle s’envolait à bord d’un pénis volant de Blue Origin il y a un an, presque jour pour jour. Un vol « féministe » dans la plus belle tradition du tourisme spatial réservé aux ultrariches, à 33 tonnes de gaz à effet de serre par personne pour un orgasme de 10 minutes. Katy fréquente Justin depuis. Je ne ferai pas de farce de pénis volant, promis.

Ne vous imaginez pas que le tourisme spatial va reculer après ce grand show de boucane autour de la Lune. En fait, on estime que ces « éjaculations précoces » du tourisme en apesanteur représenteront d’ici quelques années un dixième de l’empreinte carbone totale de l’aviation. Étant donné que seuls 10 % de privilégiés de cette planète prennent l’avion, c’est déjà un impact énorme par personne.

Mais oui, j’adore les photos de la Terre ! Il nous manquera celle où la surface de notre planète bleue ressemblera à un vaste cratère si la furie épique ne se calme pas. Ça, ce n’est pas une blague de pénis, même si les ogives volent bas et qu’on ne parle plus des filières Epstein…

Voyage, voyage

Traitez-moi de peine-à-jouir et de pisse-vinaigre. Non, je n’irai pas entendre Céline chanter à Paris l’automne prochain, je ne tripe pas non plus sur les Olympiques et les drapeaux. Je dois être neuroquelquechose, c’est la mode du surdiagnostic. Ils en parlaient à l’émission Découverte récemment (bisous, Charles !).

Je n’ai pas pris un avion depuis six ans et mon entourage commence à ressentir un malaise et à s’inquiéter pour moi. Dérive totalitaire ? Dépression souriante ? Membre d’Extinction Rebellion ? Je suis victime de flight shaming, mais à l’envers.

Le calcul est pourtant simple. Si, pour respecter les accords de Paris, on doit se limiter à 2 tonnes de carbone par année par personne, un simple vol aller-retour Montréal-Paris, ce sont 2 tonnes de CO2. Et je me luxe les globes oculaires lorsque je les entends dire qu’ils partent « longtemps » pour compenser ! Que tu t’envoles pour deux jours, deux semaines ou deux mois, tes 2-3-4 tonnes sont larguées pour longtemps. Que dire des compensations de type « planter un érable » ? La biologiste forestière Catherine Potvin nous avertissait déjà en 2023 de l’inutilité de cette pratique, qui aurait dû avoir lieu il y a 20 ans (voir le lien plus bas).

Faque, j’ai décidé de faire comme mon idole Valérie Plante, qui, depuis qu’elle n’est plus mairesse, se sert de son Instagram pour montrer son bikini tantôt au Brésil, tantôt en Colombie, et en toute conscience des impacts sur son bilan carbone. Vous autres, prenez vos Bixi l’hiver et remerciez le ciel que les pistes cyclables soient déblayées !

Lorsque j’ai réalisé que les deux porte-parole d’un mouvement écolo dont je tairai le nom prenaient l’avion et ne s’en cachaient même pas, j’ai eu un doute sur ma posture trop vertueuse. Les gens haïssent les petits parfaits, c’est connu. Jésus a fini sur la croix.

En plus, mon entourage se sent un peu honteux : les uns et les autres viennent me confesser leurs voyages en avion (je vais retrouver un ami au Japon, j’ai un congrès à Lisbonne, je me marie à Tulum, je vais voir ma vieille tante en Californie, j’ai une formation en Inde). Est-ce que j’ai une face de curé ? Vous direz trois « Je vous salue Marie » et un « Notre Père », pis on n’en parle plus.

Fly me to the moon

By the way, je n’ai pas postulé pour la job de mauvaise conscience. Moi aussi, j’ai un amant semi-transi qui m’attend à Paris (merci pour les fleurs !), de la famille à Lyon, des amis aux quatre coins du globe (et sur la Lune bientôt, j’espère).

Je suis à deux clics de me trouver quelques reportages « urgents » en Floride, au Panama ou à Cuba l’hiver prochain. Et puis, un roman, ça s’écrit mieux dans la cabane de mon amie Céline au Costa Rica. La mondialisation de notre terrain de jeu est irréversible, j’en ai bien peur. Et la mauvaise foi plus forte que la survie.

Je vais faire sécher mon auréole sur la corde à linge ; la sécheuse est trop énergivore, mais moins qu’un vol Montréal-Cancun (une tonne de CO2). Je veux bien être cohérente, mais me faire haïr pour ça et finir en cible au club de tir local ? On ne m’érigera pas une statue devant les bureaux de la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM pour ça.

Laquelle chaire nous apprenait la semaine dernière que 38 % des Québécois considéraient que les voyages étaient une dépense prioritaire en 2025, comparativement à 33 % il y a quatre ans. Et voyager plus vert est un concept en chute libre, de 27 % à 22 %. Les poubelles vont rester sur l’Everest, je le crains. On attribuait cette perte de motivation à l’influence américaine et aux vedettes… merci, Katy !

Désolée de ne plus me sacrifier afin d’inspirer le troupeau, après deux mois ma sinusite rêve d’air salin. Moi aussi, je veux vivre dans le déni et l’inconscience pour rejoindre le 1,52 milliard de déplacements à l’étranger qui ont pollué la planète en 2025. J’aime mieux me sentir coupable que détestée. Mais je me doute que ce sera un peu des deux.

Un jour, je prendrai peut-être un aller simple vers la Lune.

En attendant, vous savez ce qu’on dit sur Mars ? Quand le sage pointe la Lune, l’idiot regarde la fusée.


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