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Par les temps qui courent, occupé par la radio et la télévision, les réseaux sociaux et les balados, la scène et la promotion, Tommy Néron a des journées bien remplies. Peut-être même un peu trop remplies. La preuve ? Le jour de notre rendez-vous, l’humoriste montréalais originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean nous retrouve à Griffintown avec… un bon retard. « Désolé, le tournage d’On va se le dire a été plus long que prévu », explique celui qui collabore régulièrement à l’émission animée par Sébastien Diaz sur les ondes d’ICI Télé.
À 28 ans, quatre ans après sa sortie de l’École nationale de l’humour, deux ans après avoir été en nomination au gala Les Olivier dans la catégorie Découverte de l’année, Tommy Néron s’apprête à dévoiler à ses pairs et aux représentants des médias son premier solo : Les fleurs poussent encore.
« C’est quand j’ai vu à quel point Marthe Laverdière [horticultrice et humoriste] vendait beaucoup de billets que j’ai décidé de donner ce titre-là à mon spectacle », dit d’emblée pour plaisanter le grand gaillard, qui ne va nulle part sans son bonnet.
Retrouvant son sérieux, l’humoriste ajoute, toujours à propos du titre qu’il a choisi : « C’est une formule optimiste, une manière de remettre les choses en perspective, de rappeler que, même dans un monde où tout est laid, les fleurs poussent encore. Ça ne veut pas dire que mes blagues ne sont pas corrosives. C’est juste que, pendant que je parle de ce qui va mal, de la marde qui nous tombe dessus tous les jours, je continue à pointer ce qui est beau, ce qui est doux. Ce que je souhaite, en fait, c’est que les gens ne partent pas fâchés, qu’ils sortent de la salle avec de l’espoir, du positif. »
Rire du ventre
Sur son affiche, amusante et accrocheuse, Tommy Néron est assis sur une planète miniature. Près de lui, sous une cloche de verre, on aperçoit une rose « apprivoisée ». « Le clin d’œil au Petit Prince, c’est d’abord parce que ça correspond vraiment bien à mon casting », lance l’humoriste en rigolant.
Puis, il explique la véritable raison pour laquelle il a choisi d’évoquer ainsi le héros de Saint-Exupéry. « Ce spectacle, c’est un premier contact, l’équivalent du premier volet d’une série de films. Bien entendu, j’y parle de mon parcours, de ce qui m’a amené jusqu’ici. Ça concerne donc en grande partie ma jeunesse, les souvenirs que j’en conserve, le regard que je pose sur elle aujourd’hui, avec mes yeux d’adulte, mais un adulte qui a gardé son cœur d’enfant, comme le Petit Prince. »
Avec ce spectacle qui a bénéficié des lumières de Korine Côté (texte) et de Laurent Paquin (mise en scène), Néron espère déclencher de grands éclats de rire, mais pas à n’importe quel prix.
« Je tiens à ce que les gens rient du ventre, c’est essentiel pour moi, mais pas en faisant une blague de “pet sauce”. Je considère que l’humour, sur scène en tout cas, il faut que ça soit plus fin, plus inattendu, plus intime. Quand je pense que 400 personnes de la même ville ont pris de leur temps et de leur argent, deux affaires dont on manque constamment, pour venir me voir : je ne peux pas me contenter de rester en surface. »
Parmi les thèmes abordés par l’humoriste : sa psychothérapie, son poids, ses comportements alimentaires, son rejet des stéréotypes masculins et son enfance atypique auprès d’une mère célibataire. « Je ne fais pas ça pour mettre qui que ce soit mal à l’aise. Tout ce que je souhaite, c’est provoquer le rire. Tant mieux si, par la même occasion, ça brise les tabous. Si ça permet de démystifier des sujets comme la mort ou la pauvreté. Si ça fait réaliser aux gens qu’il n’y a absolument rien de mal ou de gênant à consulter un psychologue. »
S’adresser au plus grand nombre
Grâce à ses apparitions récurrentes à Énergie, à TVA et à Radio-Canada, l’humoriste a pu se faire connaître d’un public vaste et diversifié.
« Je ne fais pas de l’humour pour exclure qui que ce soit. Au contraire, j’essaie d’être le plus inclusif possible, d’aborder des sujets qui vont interpeller des gens de différentes générations, des résidents de Montréal aussi bien que de Chicoutimi. À la radio ou à la télé, je suis là parce qu’on m’a invité. Quand tu viens assister à mon spectacle, c’est toi qui es mon invité, c’est toi qui rentres dans mon univers. »
Entrer dans l’univers de Néron, c’est accepter de voir le monde de manière joyeusement décalée, mais c’est aussi goûter à une langue truculente, truffée d’images fortes. « C’est à l’École nationale de l’humour que j’ai appris à renouer avec ce que j’appelle aujourd’hui ma saveur, ma couleur. Je n’ai jamais renié mon accent, mais disons que j’enlevais des expressions. Maintenant, je vis très bien avec le fait d’être un gars de région. Après tout, qu’est-ce qui pourrait bien m’empêcher, parce que je fais du stand-up, de parler comme un conteur ? »
Avant de devenir humoriste, Tommy Néron a connu quelques années d’errance, une période pas toujours facile, mais qui lui a permis d’aiguiser son sens de l’observation. « Sur ces années-là, pendant lesquelles j’ai eu des jobs que je n’aimais pas, notamment cameraman, je jette aujourd’hui un regard bienveillant. J’ai eu un parcours pas ordinaire pour un humoriste, et je comprends maintenant que c’est l’un de mes atouts. Je me sers de ce que j’ai vu, de ce que j’ai vécu, mais sans jamais dénigrer qui que ce soit. L’humour, selon moi, ça sert à rire tous ensemble, pas à se moquer de 10 % de la population pour faire ricaner l’autre 90 %. »


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