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Thomas Lilti, le réalisateur d’« Hippocrate », épinglé dans une enquête de « Mediapart »

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Le médecin et cinéaste est notamment accusé d’avoir pillé le travail de plusieurs femmes scénaristes pour ses films.

Thomas Lilti, ici posant lors de la séance photo du film « Un métier sérieux » à l’occasion du 71e Festival international du film de San Sebastien, en Espagne, le 30 septembre 2023.

ANDER GILLENEA / AFP

Thomas Lilti, ici posant lors de la séance photo du film « Un métier sérieux » à l’occasion du 71e Festival international du film de San Sebastien, en Espagne, le 30 septembre 2023.

À l’origine, Thomas Lilti est médecin généraliste. Ce qui ne l’empêche pas en parallèle de mener une carrière de réalisateur et scénariste, dont la majorité de ses œuvres traitent du milieu médical.

Ce vendredi 19 juin, le voici qui est désormais ciblé dans une enquête de Mediapart. Le média d’investigation épingle le cinéaste de 50 ans, qui est notamment accusé d’avoir pillé le travail de plusieurs femmes scénaristes, dont une certaine Lila (un nom d’emprunt ici).

Cette dernière, une mère célibataire en situation de grande précarité, aurait collaboré avec Thomas Lilti sur Hippocrate, en écrivant une nouvelle sur l’hôpital public qui aurait ensuite servi de base pour l’un des personnages de ce film sorti en 2014. Elle aurait aussi participé au scénario du film Médecin de campagne (2016). Dans les deux cas sans jamais recevoir de droits d’auteur, ni de rémunération.

Promesses non tenues

Rappelons ici qu’Hippocrate est le film qui a véritablement lancé la carrière de Thomas Lilti, et qui a reçu huit nominations aux César (dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario original). Le long-métrage a par la suite était décliné en série par Canal+ à partir de 2018.

Ce n’est pas tout pour Lila, puisqu’elle aurait également été « écrivain fantôme » sur plusieurs épisodes de la série Cœur Océan (2011). Officiellement, ceux-ci ont pourtant bien été signés par Thomas Lilti.

« Je n’ai aucune crédibilité car rien n’est à mon nom », se serait émue Lila auprès de Thomas Lilti. « Tu l’auras, ton contrat, mais ça prend un peu de temps. Sois patiente », lui aurait alors répondu le cinéaste. Ce dernier a finalement bénéficié seul des revenus de ses films, selon Mediapart. Des contrats « de 100 000 et 261 818 euros, dont 20 000 et 110 000 euros en tant que scénariste » pour Hippocrate et Médecin de campagne.

Ce n’est qu’après une négociation avec son avocat que le réalisateur lui a concédé une partie des droits d’auteur des épisodes de Cœur Océan, et une rémunération forfaitaire, sans droits d’auteur donc, pour les films.

Auprès de Mediapart, le réalisateur qualifie lui la participation de Lila à ses films de « très marginale » ou « minime ». Il évoque des « échanges » qui ne font pas d’elle une coautrice.

Radié de l’Ordre des médecins

Le média d’investigation rapporte par ailleurs des conditions de travail dégradées pour les scénaristes participant à ses projets, évoquant pour eux « une charge de travail démesurée, travaillant sans direction, week-ends et jours fériés compris, jusqu’à mettre leur santé en danger ».

En outre sur les plateaux, « les actrices en prennent (...) pour leur grade, régulièrement qualifiées de “connasses” et rabaissées, là encore en leur absence, devant des collègues ».

Mais ce n’est pas tout. Dans son enquête, Mediapart révèle également que Thomas Lilti a été radié de l’Ordre des médecins, condition nécessaire pour pouvoir exercer son métier originel.

Malgré sa radiation en 2012, il aurait « abusé à de multiples reprises de son autorité de médecin sur des femmes placées sous son autorité cumulée de coproducteur, réalisateur et scénariste, faisant intrusion dans leur intimité, voire leur intégrité physique ».

Il a aussi continué de faire des prescriptions de médicaments à des proches au nom de son père gynécologue, aujourd’hui décédé.

« Vous me reprochez d’avoir aidé dans mon parcours des personnes qui m’ont demandé des ordonnances et des avis à de multiples reprises », s’est-il justifié sur ce volet auprès de Mediapart.

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