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PORTRAIT - En moins de deux ans, l’artiste franco congolaise est passée d’une classe préparatoire à l’ENS au Zénith de Paris. Retour sur le parcours d’un prodige de 22 ans.
À 22 ans, Theodora est devenue ce que l’industrie musicale n’avait pas prévu : une chanteuse impossible à ranger dans une case. Devenue en un éclair la « Boss Lady » de la pop française : elle est nommée dans cinq catégories aux Victoires de la Musique et est devenue l’artiste féminine francophone la plus écoutée de 2025, selon les classements de Billboard France.
Née en Suisse de parents congolais médecins, Lili Théodora Mbangayo Mujinga a passé son enfance sur les routes. De la Grèce à la République du Congo, en passant par l’île de la Réunion, le Val-d’Oise, La Rochelle, Bordeaux et la Bretagne, elle atterrit finalement en Seine-Saint-Denis à 17 ans. « Ma mère a fini très tard sa formation médicale pour nous élever. Mon père, qui vient d’une famille très pauvre de Kinshasa, a fini son cursus à 42 ans pour être médecin» , raconte-t-elle au Parisien .
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D’abord attirée par le droit et la politique, elle intègre une classe préparatoire à l’ENS à Vannes et ambitionne d’être une femme politique. « Je pense que la politique c’était juste le trajet de vie, je pense que d’avoir vu mon père faire ce qu’il a fait, d’avoir vu mes parents quittés Kinshasa, ça m’a donné envie de changer le monde », raconte-t-elle sur France Inter. Elle ajoute : « J’ai eu trop de vies. J’ai fait du sport de haut niveau aussi. Ma mère voulait vraiment au maximum qu’on puisse rêver. Elle nous a inscrits au sport, à ci, à ça... pour pouvoir nous insérer dans plein de différents milieux. » Mais elle abandonne ses études au bout de six mois pour se consacrer à la musique, un choix difficile pour ses parents.
Des duos avec Chilly Gonzales, Juliette Armanet, Jul
Petite, Theodora écoutait en boucle le morceau Umbrella de Rihanna. À 9 ans, elle assiste à son premier concert, celui d’Indila, et à 14 ans, elle partageait sur YouTube sa toute première chanson, La Thune. À 18 ans, elle sort Le Paradis se trouve dans le 93, où elle déclare son amour à Saint-Denis, suivi de quelques titres comme FNG et Blues d’hiver. Sans trop de succès. En novembre 2024 paraît son premier album Bad Boy Love Story, entrée modestement à la 119e place du top album.
En 2025, la réédition MEGABBL avec onze nouveaux titres et des featurings de différents horizons — Luidji, Juliette Armanet, les rappeurs Guy2Bezbar et Jul ou encore Chilly Gonzales — la place en 4e position des ventes derrière Gims, Jul et Werenoi. Selon le syndicat national de l’édition phonographique (SNEP), elle figure parmi les quatre plus gros succès de l’année en France. Elle a également collaboré avec le plus gros vendeur de disques en France, Gims, sur le morceau SPA , ainsi qu’avec Disiz sur Melodrama, un titre qui dépasse les 2,7 millions de vues sur YouTube début février. Les titres Fashion Designa, Kongolese sous BBL et Zou Bisou ont été couronnés d’un disque de diamant (50 millions de streams), tandis que Ils me rient tous au nez et PAY sont disques de platine (30 millions de streams).
Un univers musical multiculturel
Theodora cultive un champ musical étendu, mélangeant pop, rap, jazz, bouyon antillais, amapiano sud-africain et rock. Elle écrit ses textes et forme un tandem avec son frère Jeeze Suave, son producteur et manager, une relation qui rappelle la dynamique entre Billie Eilish et son frère Finneas O’Connell. Ensemble, ils ont créé leur propre label Boss Lady Records. « Le rôle de mon frère c’est d’être mon collaborateur le plus intime parce qu’il y a toute une notion de, c’est mon grand frère mais quand on travaille ensemble, il y a un respect mutuel, c’est très respectueux, intime et familial », raconte-t-elle sur France Inter. Ses titres oscillent entre morceaux dansants - Mon Bébé et Do you Wanna ? - et des titres plus personnels comme Mon casque et Ils me rient tous au nez.
Une semaine avant les Victoires de la musique, la chanteuse dévoile un nouveau titre, Des mythos, et un clip qui évoque l’avortement, thème peu courant dans le monde de la musique. Mais pas surprenant pour Theodora qui aborde sans complexe des sujets de société comme l’identité féminine noire, la santé mentale, le harcèlement, les violences sexuelles ou les tentatives de suicide. L’un des meilleurs exemples reste Kongolese sous BBL, titre qui l’a propulsé sur le devant de la scène. Elle y évoque le rapport des femmes d’aujourd’hui à leur corps et au recours à la chirurgie esthétique, comme le « brazilian butt lift » (BBL), une opération qui arrondit le fessier. « Il y a beaucoup de filles qui ont aimé le morceau parce que c’est libérateur, explique Theodora. C’est comme ci, d’un coup, on répondait à une injonction, tout en sachant qu’on est toutes hypocrites, en y répondant. »
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Ses clips et ses morceaux puisent dans l’univers des mangas - comme JoJo’s Bizarre Adventure -, Hello Kitty, les Tamagotchi ou Hannah Montana. Son style ? « Sexy fun, girly fun, jamais casual ni clean girl », explique-t-elle dans une vidéo YouTube intitulée «S1 E1 -Theodora Interview».
Dans une interview sur le plateau de C à vous, Theodora explique la pluralité de ses collaborations : « La cohérence entre Jul et Juliette Armanet, je pense que c’est moi. Le lien entre ces deux invités, c’est moi et toutes mes inspirations. Je trouve que dans ma musique on ressent différentes sources d’inspirations, différentes musicalités, et je voulais le montrer par mes invités. Ma musique, c’est un mélange, c’est éclectique. »
Theodora entretient une relation proche avec son public, en partageant sur son canal Instagram des exclusivités et un compte Instagram privé avec une sélection de fans, comptant presque 10 000 abonnés. Elle séduit la Gen Z. Lili, 25 ans, apprécie avant tout le rythme de ses morceaux : « Les chansons sont super entraînantes, ça donne envie de danser. Je me reconnais dedans. » « Ce qu’elle ose, que ce soit dans ses sons, ses tenues ou ses collaborations, c’est nouveau, ça donne un bol d’air frais, on en avait besoin, poursuit Diane, 22 ans. Même si parfois son personnage peut sembler un peu trop extravagant.»
Elle évoque son titre Fashion Designa comme le moment où elle a cessé de douter de sa place dans l’industrie musicale. Lors de son discours à la cérémonie des Flammes 2025, elle a dédié son prix de révélation « pour toutes les filles noires un peu bizarres. » Au micro de France Inter, elle explique qu’une fille noire un peu bizarre « c’est une femme noire aux esthétiques qu’on n’attend pas. Quand je balance un extrait de Kongolese sous BBL avec une vidéo, tout le monde est en mode, c’est quoi cette noire gothique, pourquoi elle est trop bizarre. Il y a plein de filles comme moi dehors, il y a un plein de noires alternatives.»
Quand on est une fille noire et qu’on fait de la musique en France, il faut se battre cinq fois plus. Parce que personne n’aime les filles noires
Theodora, chanteusePerchée sur ses talons et avec son style extravagant en collant, culotte et moumoute, son esthétique est marquée par une hyperféminité décomplexée et revendiquée. Souvent, on pense aux looks de la Mylène Farmer des débuts qui faisait beaucoup parler d’elle. Theodora flâne avec désinvolture sur scène et se moque des remarques. « Je suis très à l’aise avec le fait de mettre un crop top, un minishort alors que je trouve que mon ventre est gros en ce moment, assure-t-elle. Pourquoi tu voudrais me retirer le fait de mettre des robes serrées jusque parce que j’ai grossi ? Je m’en fous.»
« Personne n’aime les filles noires »
Theodora n’a pas sa langue dans la poche. Quand Jordan Bardella utilise l’un de ses titres pour faire le buzz sur TikTok, la chanteuse lui répond aussitôt. « Je ne peux pas comprendre que vous, qui ne me considérerez jamais comme pleinement française, tiriez profit de mon travail pour défendre des positions que je combats et auxquelles je n’ai jamais voulu être associée », écrit-elle à l’adresse du président du RN, lui rappelant qu’il s’agit d’une « œuvre créée par une immigrée congolaise ». Elle ajoute : « N’utilisez pas les mots des artistes si vous n’agissez pas pour les vies qu’ils défendent ». Dans The Fader, l’artiste dénonce le racisme qui sévit, selon elle, dans l’industrie musicale française : « Quand on est une fille noire et qu’on fait de la musique en France, il faut se battre cinq fois plus. Parce que personne n’aime les filles noires » .
Son parcours et son franc-parler la placent dans la lignée d’Aya Nakamura, avec qui elle partage le succès. Comme les polémiques. «J’aimerais que les gens perçoivent mon art comme une œuvre qui essaye d’être libre», confie-t-elle dans une vidéo sur sa chaîne YouTube. Une « Boss lady », comme elle s’autoproclame dans l’interview avec Léa Salamé. Une femme déterminée, qui a confiance en elle et suit son objectif, lance-t-elle dans un « hymne à la détermination ». Avec cinq nominations aux Victoires de la Musique, quatre Zéniths parisiens, une tournée des festivals en 2026, Theodora démontre que la provocation paye. Surtout quand elle est portée par une bonne dose de détermination


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