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Terminal de conteneurs : des « omissions graves » dans l’avis de projet de QSL

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Sitôt présenté, sitôt critiqué; le terminal de conteneurs international projeté par QSL dans le secteur de la baie de Beauport fait déjà craindre pour la qualité de l'air et la santé humaine dans les quartiers voisins.

Dans une lettre ouverte envoyée à Radio-Canada, le président du conseil de quartier de Maizerets, Martial Van Neste, dénonce ce qu'il considère comme des omissions graves dans l'avis de projet rendu public par QSL la semaine dernière.

Le document du promoteur détaille de quelle manière et dans quel contexte il souhaite aménager un terminal permettant le transbordement de 200 000 conteneurs par année dans le secteur de la baie de Beauport.

Membre du Comité de vigilance sur les activités portuaires (CVAP), M. Van Neste accuse l'entreprise d'y dorer la pilule sur la situation de la qualité de l'air ambiant en omettant de parler des effets sur la santé humaine.

L'avis produit par la firme AtkinsRéalis, écrit-il, passe sous silence des constats scientifiques et sanitaires majeurs touchant directement nos quartiers.

Modélisation 3D du terminal de conteneurs de QSL à Beauport.

Le terminal serait mis en service progressivement dès 2029 pour atteindre sa pleine capacité opérationnelle en 2035. À terme, QSL prévoit transborder 200 000 conteneurs par année. (Image d'archives)

Photo : QSL

Décès prématurés et maladies respiratoires

Martial Van Neste souligne l'absence de certaines conclusions phares provenant du projet Mon environnement, ma santé (MEMS) dévoilées par la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale en mars 2023. L'étude avait pour objectif de dresser un portrait de la qualité de l'air pour les secteurs de Limoilou, de Vanier et de la Basse-Ville.

[Les] conclusions étaient sans équivoque : l'exposition aux particules fines PM2,5 est liée au développement de l'asthme chez une vingtaine d'enfants (24 % des nouveaux cas) et à environ 33 décès prématurés par maladie cardiaque [...] chaque année dans nos quartiers, rappelle-t-il.

Selon l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui a produit une synthèse de l'étude MEMS et siégé au comité scientifique, il s'agit d'un nombre substantiel de cas d'asthme infantile et de décès par maladies cardiovasculaires.

L’autoroute Dufferin-Montmorency photographiée du haut des airs en hiver.

La présence d’autoroutes dans le secteur de Limoilou contribue à l’émission de particules fines et respirables, d’oxydes d’azote et de particules en suspension totales. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

Lorsqu'on lui signale en entrevue qu'un lien vers la synthèse de l'étude MEMS rédigée par l'INSPQ se trouve dans la bibliographie de l'avis de projet du promoteur, Martial Van Neste maintient sa position.

Selon lui, QSL aurait dû détailler les effets de la pollution de l'air sur la santé humaine de façon claire et précise. Ce silence ne peut relever de l'ignorance. QSL a siégé au comité de suivi du projet MEMS et n'en a jamais contesté les conclusions, tranche-t-il.

Pour les résidents de Maizerets, du Vieux-Limoilou, de Lairet et de Saint-Roch, la qualité de l’air n’est pas une variable abstraite : c'est un enjeu vital.

La population a jusqu'au 24 octobre pour émettre ses commentaires sur la plateforme Je participe du Port de Québec. Des assemblées publiques sur inscription auront lieu les 14 et 15 octobre au Cégep Limoilou.

Manque de transparence

En n'abordant pas les enjeux de santé humaine dans la section portant sur la qualité de l'air de l'avis de projet, QSL compromet d'entrée de jeu la légitimité de la consultation publique menée par l'Administration portuaire, poursuit-il. Le document de QSL est actuellement le seul qui se trouve sur la plateforme de consultation en ligne du Port de Québec.

Sur les questions de la pollution de l'air et des effets sur la santé, ce n'est pas seulement l'augmentation [des effets] par un projet qui est important, mais d'où on part. [...] C'est pour ça que c'est très important de bien qualifier c'est quoi la situation actuelle, précise M. Van Neste.

Les citoyens n'ont ni le mandat ni les ressources pour combler les angles morts d'un promoteur et rétablir les faits. Dans ces conditions, aucune consultation éclairée n'est possible.

Il en profite pour citer les conclusions de l'Agence d'évaluation d'impact du Canada (AEIC) en 2021 lorsqu'elle a rejeté le défunt projet de terminal de conteneurs Laurentia. Cet ancien projet du Port de Québec visait le transbordement de 700 000 conteneurs annuellement dans le même secteur envisagé par QSL.

Malgré la faible contribution du projet à la dégradation de la qualité de l’air, des contaminants atmosphériques seraient émis dans un milieu préalablement saturé et où des problèmes de santé liés à la qualité de l’air sont déjà connus, écrivait l'Agence dans son rapport défavorable au projet.

Ces constats sont toujours d'actualité, selon plusieurs opposants au terminal de QSL, même si ce dernier est trois fois plus petit que Laurentia et sans empiètement dans le fleuve Saint-Laurent.

Le navire cargo MSC Alyssa, chargé de conteneurs, au port de Montréal.

QSL veut accueillir des porte-conteneurs de la classe Panamax afin d'augmenter la compétitivité du corridor maritime du Saint-Laurent et des Grands Lacs. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

QSL réplique

En réponse à la sortie de M. Van Neste, QSL assure que les travaux de l'étude MEMS ont été pris en compte dans l'élaboration de l'avis de projet.

Le rapport arrivait à la conclusion que les territoires de Limoilou, de Vanier et de la Basse-Ville sont particulièrement affectés par la pollution par les PM2,5.

L'étude a déterminé que ces particules fines provenaient en grande partie de la combustion des foyers au bois, surtout en hiver, mais aussi des activités industrielles et des autoroutes à proximité. Ces quartiers sont également davantage soumis à des émissions de dioxyde d'azote provenant de la combustion d'énergies fossiles.

Ces constats ont été corroborés par divers rapports depuis, dont celui du Groupe de travail sur les contaminants atmosphériques cité par QSL dans son avis de projet. L'entreprise dresse d'ailleurs une liste détaillée des sources de pollution atmosphérique et reconnaît qu'il s'agit d'un milieu sous pression.

Une autoroute aménagée près d'une baie et une ville en arrière-plan.

La présence d'autoroutes contribue aux émissions de particules fines, soulevées par le passage des véhicules, et de dioxyde d'azote, en provenance de la combustion d'énergies fossiles.

Photo : Radio-Canada / David Remillard

Considérant la sensibilité du contexte dans les quartiers avoisinants, le promoteur convient qu'il devra porter une attention particulière à la maîtrise des émissions atmosphériques lors des phases de construction et d’exploitation du terminal.

QSL cite également la Ville de Québec et son plan d'action 2023-2027, qui mentionne que les PM2,5 font partie des contaminants prioritaires à surveiller dans l'air, considérant leurs effets sur la santé, sans toutefois en détailler les effets.

Jeudi dernier, QSL a promis de réaliser une étude sur la qualité de l'air et à mettre en place des mesures d'atténuation. Au moins trois autres études d'impact sont prévues sur la pollution lumineuse, l'environnement sonore et le camionnage.

QSL invite la population et l'ensemble des groupes de la société civile à participer à la première phase de consultations publiques qui se déroule jusqu'au 24 octobre. Cette dernière orientera les directives du Port de Québec, chargé de l'évaluation du projet.

La Direction de santé publique de la Capitale-Nationale promet de prendre part aux échanges. Elle produira un avis afin d'informer les décideurs et le public des impacts potentiels de ce projet sur la santé, indique-t-on. Cet avis se basera sur les études d'impact du projet et tiendra compte, notamment, des constats du projet MEMS.

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