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Tennis Canada ou la population?

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Dans le dossier de l’expansion du stade de tennis dans le parc Jarry, il faudra bien que les élus aient le courage de répondre franchement à cette question : quoi choisir entre les intérêts d’une fédération sportive désireuse de maintenir les plus hauts standards du tennis professionnel ou ceux d’une population qui n’a peut-être pas les moyens de fréquenter les soirées de tennis, mais a grand besoin, en revanche, d’un espace de verdure, tel le parc Jarry, pour respirer ?

La question se pose alors qu’un projet majeur de rénovation du stade IGA est dévoilé cet été, suscitant l’enthousiasme chez les uns, la stupeur chez les autres. La controverse est nourrie par deux détestables variables : le fait que cet agrandissement censé ajouter des places et un toit rétractable viendrait rogner encore sur les 36 hectares du parc, y sacrifiant au passage une piscine de 50 m très prisée par la population et un terrain de baseball ; le fait aussi qu’on voudrait financer ce projet d’agrandissement et de modernisation évalué à quelque 400 millions de dollars à 90 % par des fonds publics.

Personne ne conteste l’importance de l’Omnium Banque Nationale pour Montréal, qu’on le précise d’entrée de jeu. Il s’agit d’un événement de premier plan mondial, situé tout juste en dessous des tournois de tennis du Grand Chelem. Les plus grandes raquettes de l’histoire du tennis ont foulé ses courts et fait le bonheur des spectateurs chaque année. Le tournoi a connu sa première mouture en 1881, et sa forme moderne, au parc Jarry, existe depuis le début des années 1980. Cette vitrine internationale, qui fait la fierté de Montréal et du Québec, doit maintenir des standards de qualité établis par l’ATP (Association des professionnels du tennis) quant à la qualité des infrastructures, l’expérience des spectateurs et l’accueil des joueurs.

Voilà pour les besoins. On ne peut hélas pas les examiner à la lumière d’une étude de faisabilité qui existe mais que Tennis Canada ne rend pas publique, invoquant la confidentialité des données qu’elle contient. Cette opacité n’est pas acceptable au regard de l’importance financière du projet et des répercussions que celui-ci pourrait avoir pour la population de l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. La transparence et la consultation sont des données clés pour susciter l’adhésion, mais il semble que ces concepts ne réussissent pas à s’incruster dans la tête des penseurs de grandes réformes.

La population qui subirait les contrecoups d’un agrandissement en plein parc est pourtant essentielle dans la réflexion. Le niveau de précarité dans Parc-Extension, par exemple, est le deuxième plus élevé à Montréal, et ses citoyens sont nombreux à venir profiter des bienfaits du parc Jarry, un des espaces verts chouchous de Montréal. Par périodes de grande canicule, on peut venir y profiter de sa piscine et de ses aires ombragées. L’arrondissement est un des plus suffocants sur l’île en raison de la surabondance de ses surfaces asphaltées et de l’insuffisance des zones vertes. Cet argument pèse lourd dans la balance.

Quant à la population générale, a-t-elle vraiment envie que ses taxes et impôts servent à restaurer un stade voué au tennis, un sport qui n’est pas réputé accessible ? Combien d’autres arénas ou amphithéâtres soutenus à fort prix ont créé la controverse, car l’accessibilité n’était pas au rendez-vous ? Les élus ont souvent tendance à plier le genou face aux demandes des fédérations sportives professionnelles — c’est trop cool de soutenir le sport professionnel, même en période d’austérité ! — mais n’est-ce pas un peu gênant quand on sait que le Québec fait piètre figure en matière d’installations sportives publiques accessibles et destinées à toutes et à tous ? Piscines, plateaux intérieurs et extérieurs pour le soccer ou le football, arénas, stades de baseball : nous faisons face à un important déficit de ces espaces publics souvent vieillots.

Comment ménager la chèvre et le chou ? Permettre à Tennis Canada de moderniser ses espaces pour demeurer un tournoi international digne de ce nom, tout en respectant la capacité de payer des Québécois et en préservant le parc Jarry ? Il faut d’abord s’assurer que tout a été envisagé : tant qu’à reconstruire, l’option du déménagement a-t-elle été envisagée ? En cette année de célébration du 50e anniversaire des Jeux olympiques de Montréal, il vaut la peine de rappeler que le Stade olympique, cet éléphant blanc qui suscite toujours la controverse, n’est pas occupé au maximum de sa capacité par des événements sportifs. Enfin, une forme de partenariat public-privé doit être imaginée, comme cela s’est fait lorsque d’autres grands stades de tennis dans le monde ont dû être rénovés, plutôt que de remettre la quasi-totalité de la facture aux différents ordres de gouvernement.

Tennis Canada ou la population ? Les élus doivent décider qui ils représentent véritablement : une fédération sportive privée qui cherche à consolider son emprise sur un parc public, ou les citoyens de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, qui n’ont rien demandé d’autre que de conserver leur espace vert.

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