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Entre la gestion des incendies, sa vraie-fausse démission et ses compliments adressés à Mélenchon, la ministre de l’Écologie a passé un été (très) compliqué.

IDRISS BIGOU-GILLES / Hans Lucas via AFP
Monique Barbut, le crash inévitable d’une ministre iconoclaste
Qu’est-elle allée faire dans cette galère ? En acceptant d’entrer au gouvernement en octobre 2025, Monique Barbut, 69 ans, ne se doutait pas que l’aventure durerait si longtemps. Elle tablait, selon plusieurs sources, sur une chute rapide du gouvernement, incapable jusqu’à présent de durer face à une Assemblée morcelée. Presque un an plus tard, voici la ministre de la Transition écologique, ex-figure de la société civile, toujours en poste.
L’été aura été éprouvant pour cette novice en politique, qui a vu se multiplier les polémiques et assisté presque impuissante à son crash. Les mois précédant la coupure estivale n’avaient déjà pas été simples pour Monique Barbut, absente des plateaux de télévision et peu audible sur un dossier pourtant majeur, la lutte contre le réchauffement climatique. Même l’Assemblée nationale n’avait pas ses faveurs, puisque la ministre a régulièrement séché les séances de questions au gouvernement.
En juillet, les gigantesques incendies qui ont ravagé la Gironde et les Landes auront été une première épreuve du feu ratée pour l’ancienne secrétaire exécutive aux Nations unies. Le 29 juillet, Le Canard enchaîné révèle qu’elle a rejoint sa villa climatisée avec piscine… Au moment où les forêts qui brûlent dans le Sud-Ouest font la une des journaux. Les réunions de crise s’enchaînent, Monique Barbut y assiste, mais en visio, comme du reste plusieurs autres membres du gouvernement. Initialement, elle avait prévu de passer trois semaines au Maroc, son pays natal. Mais Sébastien Lecornu a passé une consigne à ses ministres : pas de séjour à l’étranger possible.
Les « frustrés qui dénigrent »
À ce moment-là, son entourage explique à la presse (dont Le HuffPost) que la ministre a été « secouée » par sa vraie-fausse démission et les événements rocambolesques du début de l’été « et avait besoin de retrouver ses proches. » Sans que cela ne l’empêche de « poursuivre son travail notamment sur les missions évoquées avec le président et le Premier ministre. »
Qu’importent les explications, avec ces attaques peut-être faciles, et les bruits de couloirs « des frustrés qui la dénigrent pour lui nuire », un surnom peu flatteur émerge : « Madame Transat ». Une image dont elle tentera de se défaire à la mi-août, en accordant une interview à Libération. En une du quotidien, elle le jure : « Je n’ai pas passé l’été sur une chaise longue ! ». Pour beaucoup, le mal est fait. D’autant qu’au même moment, Sébastien Lecornu se rend avec plusieurs de ses ministres au Porge, en Gironde, pour rencontrer des sinistrés et afficher le soutien de l’État pour la reconstruction, quand Monique Barbut brille par son absence.
Les ministres de l’Agriculture, de l’Intérieur, du Logement et même de l’Aménagement du territoire sont pourtant présents. « Mon absence est vue avec le Premier ministre », évacue l’ex-patronne de WWF France auprès de Libé, rappelant qu’elle a envoyé son ministre délégué Mathieu Lefèvre pour la représenter.
Des reculs en pagaille
L’épisode le plus marquant de l’été reste sa vraie-fausse démission après le vote de la loi d’urgence agricole à l’Assemblée. Monique Barbut avait assuré qu’une réintroduction de l’acétamipride par le Parlement provoquerait son départ du gouvernement. Un nouveau recul pour la santé environnementale, qui s’ajoutait aux couleuvres déjà avalées depuis son arrivée au ministère : coupes dans le Fonds vert, poursuite de l’autoroute A69, tentative de suppression des zones à faible émission (ZFE)…
Mais au moment de présenter sa démission, coup de théâtre : Emmanuel Macron la convainc finalement de rester. Auprès des Échos, elle affirme avoir obtenu « des garanties sur le fait que certains sujets qui [lui] paraissent essentiels allaient être traités en priorité ». « Monique Barbut a pris cette décision de rester, estimant que son action serait plus importante, plus impactante de là où elle est », tentait de décrypter le lendemain la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, quand le Premier ministre n’attendra que quelques jours pour lui donner des devoirs de vacances. Et le faire savoir.
Ce revirement a quoi qu’il en soit laissé des traces. Et provoqué de nombreuses incompréhensions, y compris au sein du « bloc central » où l’on s’inquiète d’un éventuel procès en manque de crédibilité. D’autant que dans Libération le 16 août, Monique Barbut reconnaît n’avoir, en réalité, « aucune garantie formelle » sur les prochains chantiers. Tout ça pour ça ?
« Elle fait la leçon aux pauvres »
Au gouvernement, la ministre de la Transition écologique compte son lot d’inimitiés jusque du côté de Matignon, selon les récits de presse. Sous couvert d’anonymat, l’une de ses collègues affirmait mi-juillet à Libération : « C’est une nana ultra-gavée qui a des baraques de partout et vient faire la leçon aux pauvres ». En ligne de mire : son opposition à la climatisation. Lors d’un déplacement en Île-de-France fin juin, Monique Barbut se disait en effet « horrifiée » par ceux qui lui disent « qu’il n’y a qu’à mettre la clim partout ».
« Et vous croyez que ça va éviter un feu de forêt ? Vous croyez que ça va éviter une culture de ne pas exister ? Vous croyez que ça va éviter la mort des animaux que nous voyons ? », s’était-elle emportée face aux caméras, visiblement touchée par le sujet. Mais alors que les Français suffoquent sous plus de 40 degrés et encaissent une première vague de chaleur qui en annoncera plusieurs autres, la phrase a du mal à passer. Elle concentre une nouvelle fois les attaques des oppositions, RN en tête, qui a fait de la clim son cheval de bataille et qui voit en Monique Barbut l’adversaire idéale.
Comme si cela ne suffisait pas, elle a de nouveau reçu la foudre quelques semaines plus tard en reconnaissant que Jean-Luc Mélenchon est « celui qui intègre le plus la question du climat dans ses propositions économiques et sociales ». Branle-bas de combat en macronie, où cet éloge d'un adversaire politique en a fait hurler plus d’un. « Soit c’est sincère et c’est très surprenant. Soit c’est calculé et c’est très surprenant ! », peste un ministre dans Le Parisien.
Invitée de la matinale de france info mardi, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard n’a pas non plus réussi à masquer sa gêne. « Vous dire que je partage ses propos, je ne vais pas tourner autour du pot, évidemment non. Mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise… » Au même moment, flairant le bon coup, Manuel Bompard lançait une invitation à Monique Barbut à venir débattre aux universités d’été de La France insoumise. Réponse négative de la principale intéressée, qui rappelle au passage avoir « de profonds désaccords » avec le programme de Jean-Luc Mélenchon. « Certains veulent me faire dire ce que je n’ai pas dit », appuie-t-elle. Pourtant, là encore, le mal est fait. De ces embûches estivales, Monique Barbut s’est à chaque fois relevée, soutenue par le président de la République. Jusqu’à quand ?


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