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Temu et Shein gagnent du terrain au Québec

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Les plateformes chinoises à bas prix Temu et Shein s’installent durablement dans les habitudes d’achat des Québécois, portées par l’inflation et les inquiétudes économiques. Une situation qui alarme le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), qui dénonce une « concurrence déloyale » pour les commerces d’ici et presse une fois de plus Ottawa d’intervenir.

Selon le plus récent Baromètre du CQCD — obtenu par Le Devoir — 30 % des Québécois affirment avoir acheté sur Temu dans les six derniers mois, contre 21 % lorsque le CQCD a commencé à mesurer le phénomène en janvier 2025. Shein suit la même tendance : 19 % des répondants y ont commandé récemment, contre 16 % en janvier 2025. Le sondage, mené par ORAMA Marketing, a été réalisé en ligne du 2 au 10 avril auprès de plus de 1000 adultes.

Ces nouvelles données inquiètent le p.-d.g. du CQCD, Damien Silès. « On n’est plus dans un phénomène marginal, un attrait de la nouveauté, note-t-il. Ces plateformes prennent une place durable dans les habitudes d’achat. » Temu, en particulier, creuse son avance. « On y trouve vraiment de tout, ce qui rejoint un public beaucoup plus large que Shein, spécialisé dans la mode. Je ne serais pas étonné de voir Temu continuer de progresser », affirme-t-il.

Toujours plus d’achats

Non seulement la proportion d’utilisateurs augmente, mais la fréquence de leurs achats ainsi que le montant total dépensé sur ces sites sont aussi en nette progression.

Environ 19 % des répondants disent acheter chaque semaine sur Temu, et 22 % sur Shein, alors qu’ils n’étaient respectivement que 9 % et 8 % en janvier 2025.

Par ailleurs, 14 % affirment avoir dépensé plus de 500 $ sur Temu au cours des 12 derniers mois, contre 6 % en janvier dernier, moment où le CQCD a commencé à poser la question aux consommateurs. Pour Shein, la proportion de consommateurs y ayant dépensé plus de 500 $ est passée de 5 % à 11 % sur la même période.

Cette popularité croissante s’inscrit dans un climat économique anxiogène. Près de la moitié (48 %) des répondants appréhende une détérioration de l’économie québécoise dans les 12 prochains mois, et 57 % prévoient une récession d’ici la fin de l’année. Un ménage sur cinq (20 %) craint une détérioration de ses finances personnelles à court terme.

Pour Damien Silès, il n’y a aucun doute sur le lien entre ces préoccupations économiques et le succès des géants chinois du commerce en ligne. « Les gens voient les prix augmenter partout. S’ils peuvent acheter moins cher, ils vont le faire, et donc ils se tournent vers ces plateformes », dit-il.

Appel à l’action

Le p.-d.g. du CQCD s’inquiète des conséquences pour les commerces québécois. « Comment une petite entreprise locale peut-elle rivaliser avec une industrie étrangère qui vend parfois dix fois moins cher ? »

À ses yeux, il s’agit de concurrence déloyale. Les détaillants d’ici doivent se plier à des normes strictes de fabrication — sécurité des travailleurs, réglementations environnementales, santé et sécurité des consommateurs —, qui augmentent leurs coûts de production et de vente. Pendant ce temps, Shein et Temu attirent les consommateurs avec des produits à bas prix, fabriqués grâce à une main-d’œuvre bon marché en Chine et sans respecter les normes en vigueur au pays.

Le CQCD réclame pour une énième fois une intervention fédérale pour imposer aux plateformes étrangères les mêmes exigences qu’aux détaillants locaux. « Rien ne bouge depuis des mois. Il y a urgence d’agir », répète M. Silès.

Contactés par Le Devoir pour réagir, les cabinets du ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, et de la ministre responsable du Développement économique, Mélanie Joly, nous ont renvoyés vers Affaires mondiales Canada et Santé Canada. Ces derniers nous ont renvoyés vers le Bureau de la concurrence, qui nous a répondu que cette question ne relevait pas de son mandat. Il encourage toutefois quiconque « qui croit détenir de l’information par rapport à une entreprise ou un individu s’étant livré à des pratiques anticoncurrentielles » à utiliser son formulaire de plainte.

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