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Témoignage. Elle prétendait avoir plusieurs cancers : « Qui oserait remettre en cause une telle histoire ? »

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On dit que l’amour rend aveugle… Au point parfois, de ne plus savoir distinguer le vrai du faux. Mathilde et Marion, deux jeunes femmes âgées de 29 et 28 ans, en ont pris conscience brutalement. Une de leurs amies communes leur a menti délibérément pendant deux ans, s’inventant de lourdes maladies. L’histoire débute peu après la pandémie de Covid, en août 2021.

Marion voit très régulièrement Clara*, sa meilleure amie, qu’elle a rencontrée dix ans plus tôt au lycée. Elle est devenue la marraine d’un de ses enfants. Un jour, celle-ci lui annonce qu’elle a un cancer du rein et qu’elle va se faire soigner à Nancy. Une annonce que reçoit aussi Mathilde, qui avait embauché Clara comme nounou pour son fils et qui, du fait de leur même âge, était aussi devenue très proche d’elle. « Elle nous a appris qu’elle avait un cancer du rein et qu’elle devait se faire opérer et qu’elle attendait des nouvelles car c’était une opération compliquée. Je n’ai pas posé plus de questions que ça car je n’y connais rien », explique la jeune femme.

« Elle était quasiment tous les jours chez moi »

Marion s’investit pleinement au côté de son amie malade : « Petit à petit, son état se dégrade, le cancer vient se loger dans ses poumons, elle raconte qu’elle fait des chimios intenses et qu’il est difficile de bouger, qu’elle va s’installer chez un couple d’amis à elle. Je passe quasiment tous les jours pour l’aider dans le quotidien, lui préparer à manger, lui faire sa toilette car elle est en fauteuil roulant et alitée le reste du temps », explique-t-elle.

La maladie de Clara prend aussi une place importante dans la vie de Mathilde, qui est alors enceinte de son troisième enfant : « On part en week-end, dans le Jura, en Haute-Savoie, elle vient avec nous. Je lui ai dit qu’elle serait la marraine de ma fille à naître. J’ai mis ma grossesse de côté, mon couple de côté, je passais mes soirées à discuter avec elle. Elle était quasiment tous les jours chez moi ».

« On ne s’imaginait pas que cela puisse être faux »

Plusieurs fois, les amies fêtent la guérison de son cancer. Avant qu’une rechute n’arrive. Clara annonce ensuite qu’elle souffre d’un cancer du pancréas. Ses amies ne doutent pas de la crédibilité de son récit, d’autant que celui-ci s’accompagne de signes tangibles. « Elle n’avait plus ses cheveux, portait un turban. Elle était blanche, faisait des crises, des malaises, on l’a déjà retrouvée par terre dans la salle de bain », explique Mathilde. Elle se souvient aussi que Clara postait des vidéos d’elle sur les réseaux sociaux, où elle parlait de son cancer.

Marion explique aux enfants de Clara que leur maman va mourir. « Elle me disait qu’elle s’occupait des papiers chez le notaire. Je lui proposais de l’accompagner pour les démarches mais elle me disait que non, qu’elle faisait les choses bien. Elle avait demandé à ce que, à son enterrement, les femmes portent du violet et les hommes du marine. On ne s’imaginait pas que cela puisse être faux, c‘était tellement gros », retrace Marion.

 « Je me posais des questions »

Les deux Vosgiennes ont bien, tour à tour, des soupçons sur ce que raconte leur amie. « Je me posais des questions. Elle rentrait d’opération le soir même, avec des pansements dégueulasses. Après une opération, on est censé avoir des soins infirmiers, elle n’en avait pas, elle revenait avec des petites pochettes de médicaments alors qu’on est censé avoir des boîtes dans ces moments-là », se souvient Mathilde. « J’en parlais avec mon conjoint, qui disait que oui, c’était bizarre. Mais en même temps, qui oserait remettre en cause une telle histoire ? », poursuit la mère de trois enfants.

Marion, de son côté, a été étonnée d’apprendre que Mathilde et une autre amie de Clara qui l’avait hébergée au départ, échangeaient par mail avec l’oncologue chargé de son traitement : « Je me suis dit que ce n’était pas professionnel. J’ai demandé à voir les mails, et j’ai vu qu’ils étaient truffés de fautes d’orthographe. Ça a commencé à m’alerter ».

Son arme : les faire culpabiliser

Mais Clara les fait culpabiliser. « Dès qu’on posait trop de questions, elle savait rebondir pour nous faire passer à autre chose ou nous dire Tu ne me crois pas ? Pourquoi tu ne me crois pas ? Dès que j’en parlais avec elle, ça partait en dispute car elle ne comprenait pas que je puisse avoir des doutes », détaille Mathilde. Clara faisait aussi en sorte d‘éviter que ses différentes amies ne rentrent en contact et échangent sur sa situation.

« On était plusieurs personnes impliquées autour d’elle mais elle me disait sans cesse de ne pas en parler aux autres, que ça allait les inquiéter. Donc on ne parlait pas trop de la maladie », rapporte Marion. « Elle m’avait dit que Marion faisait des crises de jalousie parce qu’on était très proches, qu’on ne pouvait pas se rencontrer car elle me détestait, voulait me taper », se souvient Mathilde.

« J’ai pleuré pendant très longtemps »

La révélation finale intervient finalement à l’été 2023, via le couple d’amis qui avait au départ de la maladie hébergé Clara. Ils se rendent à l’institut de cancérologie de Nancy, où Clara est prétendument soignée et où l’oncologue avec qui ils échangent par mail, existe bel et bien. On leur apprend qu’aucune patiente ne correspond à leur description. Marion se joint à eux pour aller confronter Clara. « Au début, elle a nié en bloc puis elle a fini par avouer en disant qu’elle était dans une telle détresse qu’elle avait besoin d’attention, qu’on s’occupe d’elle », se souvient la jeune femme.

Pour Mathilde et Marion, tout s’effondre. « Je croyais que ma vie entière était un mensonge. J’avais tout fait en fonction d’elle ces dernières années, j’accompagnais ma meilleure amie malade, et finalement on apprend que tout est faux », se remémore Marion. « J’ai pleuré pendant très longtemps. Je ressentais qu’il y avait quelque chose qui n’était pas net, mais en même temps je me disais Comment peut-elle s’inventer de telles histoires  ? J’étais dans le déni au début », abonde Mathilde. Elles coupent toutes les deux les ponts.

Une amertume qui perdure

Aujourd’hui encore, les deux femmes ont du mal à se détourner de cette histoire, qui a eu d’importantes répercussions. « J’ai avancé mais ça reste compliqué. Mes relations aux autres sont compliquées, je suis incapable de faire confiance, je n’ai plus vraiment envie d’avoir des amis », soupire Marion qui confie penser souvent à son ancienne amie, et surtout à ses enfants. Mathilde, elle, est amenée à la croiser régulièrement, leurs enfants étant scolarisés dans la même école : « Je n’arrive pas à passer à autre chose, c’est tellement gros. Je ne peux toujours pas dire que je suis bien dans ma tête, que je refais confiance aux gens. Je ne trouve pas ça normal qu’on soit aussi mal alors qu’elle continue sa vie ».

*Le prénom a été modifié.

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