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Témoignage. « Ce n’est pas humain de vivre ça » : son augmentation mammaire tourne au cauchemar

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Candice n’avait jamais vraiment complexé sur la taille de sa poitrine, mais après des remarques insistantes de son conjoint de l’époque, elle a fini par franchir le pas. En 2021, à 31 ans, elle réalise une augmentation mammaire. Avant l’opération, son chirurgien lui parle des risques liés à cette chirurgie « de façon légère ». « Il a évoqué le risque de cancer, en insistant sur le fait que c’était très rare. Mais surtout, j’ai découvert certaines complications après mon opération », raconte la Mulhousienne.

Si l’opération se passe bien, un peu plus d’un an après, Candice enchaîne les problèmes de santé qui vont crescendo : d’abord des otites, puis son corps qui gonfle, des infections vaginales à répétition, des ballonnements et troubles digestifs, de l’acné rosacée, des inflammations du visage et du corps. Elle consulte alors son médecin traitant, enchaîne les consultations chez les spécialistes, les analyses de sang et les examens d’imagerie. Aucune cause n’est trouvée et de nouveaux symptômes apparaissent, encore plus inquiétants.

Candice découvre qu’elle à des œdèmes des membres inférieurs et au pubis, une inflammation des ovaires, une myalgie, des troubles cognitifs et une fatigue extrême. Cette errance médicale et ces symptômes douloureux sont difficiles à supporter pour cette ingénieure chimiste, qui continue à travailler à temps plein, malgré les douleurs physiques. « J’étais aussi atteinte mentalement, je ne sortais plus, je n’avais plus de vie sociale, ma vie tournait autour de mes problèmes de santé », avoue-t-elle, tétanisée par les douleurs.

« J’avais l’impression de rejeter ce corps étranger en moi »

C’est lorsqu’elle découvre une éruption cutanée autour de sa poitrine et ses seins qui ont changé de forme qu’elle commence à faire le lien avec son augmentation mammaire. « C’est la seule chose que j’avais changée dans mon corps. J’avais l’impression de rejeter ce corps étranger en moi », relate-t-elle. Elle passe alors une IRM de contrôle indiquant une suspicion de rupture d’une prothèse en silicone du côté gauche et décide alors rapidement de les enlever. En juin 2024, elle retire ses implants, après de longs mois de douleurs et d’errance médicale.

Trois ans après la première opération, alors qu'elle constate une légère amélioration et pense en avoir terminé avec son calvaire médical, Candice ressent toujours des inflammations dans sa poitrine et des douleurs qui irradient son dos. « Si le gel du silicone a fuité, enlever les prothèses ne suffit pas, il faut aussi retirer tout le tissu cicatriciel que le corps a formé autour de l’implant et qui a tenté de retenir le gel. Il faut parfois aller gratter loin dans le corps », indique-t-elle. Pourtant, sur le compte rendu opératoire, « il est écrit que l’implant et le tissu cicatriciel ont été enlevés ». Elle trouve donc porte close devant d’autres chirurgiens ne voulant pas opérer de nouveau.

Un spécialiste… aux États-Unis

Devant le manque de réponse, Candice poursuit ses recherches, discute avec d’autres femmes dans une situation similaire pour trouver une solution à ses douleurs. Elle échange avec des chirurgiens en Suisse et en Allemagne. C’est au Portugal qu’un spécialiste accepte de l’opérer de nouveau pour une chirurgie exploratoire, en décembre 2025. « Il m’a montré des photos et des vidéos pour que je puisse voir que c‘était propre au niveau de ma poitrine, qu’il n’y avait plus de trace. C’est aussi très important d’avoir une preuve de l’acte du travail puisque nous ne pouvons pas vérifier », déroule-t-elle.

Malheureusement, les douleurs persistent et la situation commence à peser lourd sur Candice, physiquement comme mentalement. « On finit par ne plus vous croire, on vous dit que c’est dans votre tête… On se sent très seule face à ça. Après le retrait de mes implants, je n’ai pu reprendre le travail qu’à 50 %, mon état de santé ne me permettait pas plus », souffle-t-elle. C’est de l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis, qu’elle reprend espoir en contactant un chirurgien spécialisé dans le retrait des implants mammaires. « Il a accepté de me réopérer car il estimait que sur les précédentes, les incisions étaient trop courtes et ne permettaient pas d’ouvrir toute la zone sous le muscle pectoral. L’opération a duré quatre heures et il est descendu jusqu’au niveau de mes côtes, il a retiré tout ce qu’il a pu », indique-t-elle.

Un coût financier

Aujourd’hui, à cinq mois postopératoire, Candice va mieux et a moins d’inflammations, mais elle n’est pas complètement tirée d’affaire. Elle est désormais suivie par un médecin en Belgique pour ses douleurs chroniques. « Je ne peux plus faire d’opération, mais il est impossible de savoir s’il reste encore beaucoup de silicone qui se balade encore dans mon corps, s’il a pu migrer dans mon foie ou un autre organe. Il faut surtout voir avec le temps, comment les symptômes évoluent et comment mon corps va gérer ça. J’ai encore beaucoup de questions, de points d’interrogation, mais je suis plus sereine parce que j’ai trouvé ce médecin qui prend mon cas au sérieux », explique Candice.

Tout ce parcours médical a aussi un coût extrêmement élevé, qu’elle évalue aujourd’hui à environ 40 000 euros, entre les nombreuses consultations, les opérations et les déplacements. Si elle commence tout juste à voir une éclaircie dans son parcours médical, elle n’a pas retrouvé sa vie d’avant et est encore très affectée. « Physiquement, ce sont des opérations très invasives, j’ai encore de grosses cicatrices. Et mentalement, j’ai dû mettre ma vie entre parenthèses, à un âge où l’on fait des projets, on voyage, on sort… Je venais d’être embauchée dans une très bonne entreprise, mais impossible de me développer professionnellement, je travaille aujourd’hui à 75 % », regrette la Mulhousienne.

Elle porte beaucoup de regrets sur cette augmentation mammaire qui lui a gâché plusieurs années de vie. « C’est une opération qu’on a trop banalisée alors que les risques de complications sont extrêmement graves. Ce n’est pas humain de vivre ça, la situation dans laquelle je me suis retrouvée », déplore-t-elle. Car cinq ans après, elle en garde encore des séquelles importantes.

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