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par Mizane Info
Après les manifestations du samedi 17 octobre, les méthodes policières françaises font l’objet de nouvelles critiques. Amnesty International dénonce la répression du mouvement lycéen, tandis qu’une enquête de France 24 met en lumière les défaillances du renseignement et les conséquences d’une doctrine sécuritaire controversée.
La répression policière a-t-elle contribué à amplifier la colère sociale ?Entre milliers d’interpellations, adolescents grièvement blessés et recours aux armes de force intermédiaire, la stratégie des autorités est contestée. Les analyses d’experts, les critiques d’Amnesty et les nouvelles mesures envisagées pour le 24 octobre interrogent la capacité de l’État à protéger simultanément la sécurité publique et le droit de manifester.
La répression face aux lycéens
Depuis le début de la mobilisation lycéenne, le 21 septembre, Amnesty International alerte sur les méthodes employées contre les jeunes manifestants. «Nous sommes alarmés par la répression policière du mouvement lycéen et étudiant», déclarait le 2 octobre Anne Savinel-Barras, présidente d’Amnesty International France. L’organisation dénonce notamment les tirs de lanceurs de balles de défense (LBD), les grenades, les gaz lacrymogènes et les interpellations massives.
Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur repris par Amnesty, plus de 5000 personnes avaient été interpellées au 2 octobre, dont 86% de mineurs. Les blessures graves ont renforcé ces inquiétudes. Le 8 octobre, Amnesty réclamait l’interdiction définitive des grenades assourdissantes, dont l’utilisation venait d’être suspendue après l’accident de Lens.
Pour l’organisation, les autorités doivent privilégier la désescalade et le dialogue, particulièrement lorsque les manifestants sont mineurs. Cette mise en garde n’a pourtant pas empêché Laurent Nuñez de réautoriser certaines grenades à la veille du 17 octobre, au motif que leur suspension concernait spécifiquement les manifestations lycéennes.
Une doctrine policière qui aggrave les tensions
Dans une enquête publiée ce mardi, France 24 révèle les défaillances ayant accompagné la journée du 17 octobre. Les services du renseignement territorial avaient anticipé environ 200 000 manifestants, contre 550 000 recensés par le ministère de l’Intérieur et 800 000 selon la CGT. Environ 60 000 policiers et gendarmes ont été mobilisés, renforts compris, contre 80 000 lors d’une grande mobilisation des Gilets jaunes en décembre 2018.
Les syndicats policiers évoquent un manque d’effectifs et l’épuisement des agents. Mais le juriste Olivier Cahn, interrogé par France 24, met également en cause des choix politiques. Selon lui, les autorités ont consacré d’importants moyens à la répression du mouvement lycéen, classé parmi les «violences urbaines», tout en sous-estimant la mobilisation du 17 octobre.
Le chercheur décrit une évolution de la doctrine policière reposant sur les encerclements, l’utilisation importante des grenades et des LBD, ainsi que les interventions directement dans les cortèges. Cette stratégie aurait contribué, selon son analyse, à fédérer les manifestants dans leur opposition à la police, au lieu de prévenir les affrontements. Un paradoxe d’autant plus préoccupant que les autorités reconnaissent elles-mêmes des défaillances. «Nous avons failli incontestablement ce week-end», déclarait lundi Gérald Darmanin sur France 2, mettant notamment en cause les renseignements.
Une doctrine qui s’exporte dans les tribunaux
Cette doctrine de fermeté s’est également prolongée dans les tribunaux, où les comparutions immédiates se sont multipliées après les violences du 17 octobre, avec des peines allant jusqu’à la prison ferme, parfois prononcées contre des prévenus sans antécédents judiciaires. Étudiants, salariés, cuisiniers ou jeunes sans casier judiciaire : les profils très divers des personnes poursuivies contrastent avec les représentations ethnicisées des «casseurs» véhiculées par certains discours médiatiques et politiques.
Face à cette justice expéditive, des avocats ont dénoncé une «répression historique», accusant le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, de «fouler l’indépendance de la justice» en cherchant à «forcer la porte» des tribunaux et à «guider la plume» des juges. Une pression politique dénoncée par la défense, alors que le gouvernement réclame des sanctions exemplaires.
La question du maintien de l’ordre revient désormais au premier plan avec l’annonce d’un nouvel «acte II» samedi 24 octobre. La coordination des Gilets jaunes appelle à poursuivre la mobilisation, rejointe notamment par l’UNEF et plusieurs organisations étudiantes. Selon les informations publiées mardi, le gouvernement envisage également de recourir à des unités spécialisées, tandis que la mobilisation de militaires de l’opération Sentinelle est annoncée dans plusieurs médias spécialisés.
source : Mizane Info


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