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TDAH chez les adolescents : comment freiner la hausse de psychostimulants?

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Ça fait un moment qu’on le dit : l’usage de psychostimulants chez les adolescents est à la hausse et rien ne semble freiner cette croissance. Le fameux trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) dont de plus en plus de personnes se réclament, explique en grande partie le fait que presque le quart des jeunes garçons du secondaire au Québec se voient prescrire une ordonnance de Concerta, de Vyvanse, d’Adderall ou de Ritalin pour accroître leur concentration en classe. En Estrie, le portrait est encore plus saisissant avec un taux de 32 %, c’est le tiers des ados.

Si la prévalence plus élevée dans la région est difficile à expliquer pour l’instant, les données recueillies auprès des pharmacies de la province par IQVIA Canada et analysées par la professeure et chercheuse de l’Université de Sherbrooke, Mélissa Généreux, montrent une tendance générale inquiétante au Québec depuis 2019.

Consommation de psychostimulants chez les adolescents en 2024

12-17 ansEstrieQuébecDiagnostic TDAH 10-14 ans
Garçons32%24%10% (Qc) 13% (Estrie)
Filles22%16%6% (Qc) 7% (Estrie)

On remarque en effet une hausse marquée du nombre de personnes ayant reçu au moins une ordonnance de psychostimulants en pharmacie, particulièrement chez le groupe des 12-17 ans, tant chez les garçons que les filles.

une medecin entrevue.

Les analyses de la professeure et chercheuse de l’Université de Sherbrooke, Mélissa Généreux, montrent une tendance générale inquiétante au Québec depuis 2019.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Ce qu’il y a de plus frappant encore, c’est qu’il existe un déséquilibre important entre le pourcentage de jeunes qui consomment ces médicaments et ceux qui ont reçu un diagnostic officiel de TDAH.

Est-ce que la hausse de consommation de psychostimulants est directement et uniquement le fruit d'une hausse des problèmes d'attention ou n’est-ce que pas aussi en partie une réponse sociétale mal adaptée à cette problématique, se demande la Dre Généreux qui est aussi médecin-conseil à la Direction de la santé publique de l’Estrie.

Le pédiatre social au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, le Dr Francis Livernoche, est lui aussi dubitatif devant ces chiffres effarants. Je me demande quelle proportion des jeunes médicamentés n’est pas de l’ordre du TDAH, mais plutôt pour des enjeux psychoaffectifs, de comportement et d'anxiété.

une medecin en entrevue.

Le pédiatre social Francis Livernoche croit qu'il est temps de parler de déprescription en matière de psychostimulants.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Les études menées au cours des 20 dernières années avancent que le pourcentage de personnes réellement affectées par le TDAH serait globalement de 5 à 7 %. Un vrai, confirmé, bien documenté, qui répond bien à la médication, souligne le médecin spécialiste.

10 % des garçons et 6 % des filles de 10-14 ans au Québec avaient reçu un diagnostic de TDAH en 2023-2024 selon le SISMACQ de l'Institut national de santé publique du Québec.

Les raisons de la surprescription

Dans ce contexte, pourquoi le Québec est-il devenu la province championne de la surprescription? Quand on y regarde de plus près, les causes sont nombreuses et complexes à la fois.

Un contenant en plastique et des comprimés de Concerta de 54 mg déposés sur une table blanche.

Des comprimés de Concerta, un médicament utilisé pour traiter le TDAH.

Photo : Radio-Canada / Louis Gagné

Sans lancer la pierre à personne, la Dre Généreux suggère que la médication est parfois utilisée comme un outil de diagnostic inversé. Plutôt que d’attendre une évaluation neuropsychologique complète, souvent longue et coûteuse, des médecins prescrivent des psychostimulants pour voir si ça aide. Si l’enfant fonctionne mieux, le diagnostic est implicitement confirmé, ce qui court-circuite parfois une analyse plus profonde des causes réelles du comportement.

L'inverse est probablement aussi vrai. On a aussi des enfants qui ont initialement reçu un diagnostic, reçoivent la médication et on renouvelle sans vraiment évaluer si le traitement [est nécessaire].

Le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-V) définit le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) comme étant un mode persistant d’inattention et/ou d’hyperactivité – impulsivité, plus fréquent et plus sévère que ce qu’on observe habituellement chez des sujets d’un niveau de développement similaire.

Source : CIUSSS de l’Estrie - CHUS

Un point de vue partagé par le Dr Livernoche, qui croit que les médecins, en collaboration avec les parents, devraient régulièrement revoir la nécessité du traitement pharmaceutique. Bien des facteurs qui ont d’abord motivé la prise de médicaments peuvent changer au cours du parcours scolaire de l’enfant.

une medecin en entrevue.

«Je pense qu’il faut être conscient de notre responsabilité comme médecin de bien poser le diagnostic et le réévaluer de manière régulière.» - Dr Francis Livernoche, pédiatre au CIUSSS de l'Estrie - CHUS

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

On va commencer une médication et on va la renouveler sans nécessairement se remettre en question quand l'épisode qui a expliqué les symptômes d'inattention est peut-être résolu, indique le Dr Livernoche.

Je pense qu’il faut être conscient de notre responsabilité comme médecin de bien poser le diagnostic et le réévaluer de manière régulière.

Autre élément à considérer, insiste Francis Livernoche, qui est aussi professeur à l’Université de Sherbrooke, dans la moitié des cas, plus l’enfant vieillit, plus les symptômes du trouble de l’attention ont tendance à s’atténuer. Au fil de son développement, le jeune vient aussi à mieux se connaître et il développe des stratégies pour faire face à ses défis d’apprentissage et d’adaptation, précise-t-il.

Se remettre en question

La médecin-conseil à la santé publique, Mélissa Généreux, constate qu’avec le temps, il y a une forme de normalité qui s’installe à voir prescrire un médicament qui améliore la concentration. C’est un phénomène d'entraînement qui vient répondre aux attentes d’un milieu scolaire surchargé, aux standards de réussite élevés et à la pression parentale.

un femme medecin.

La Dre Mélissa Généreux, médecin-conseil à la Direction de la santé publique et professeure-chercheuse à l'Université de Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Pour être beaucoup sur le terrain, parler à des partenaires du milieu scolaire, communautaire, de la santé et à des parents, on commence quand même à voir une tendance à vouloir mettre un nom sur les difficultés que vit notre enfant pour comprendre pourquoi il ne rentre pas tout à fait dans le moule.

Mais tenter de faire entrer un carré dans un cercle a un prix. Si les psychostimulants augmentent la vigilance, l’attention et la concentration, ils viennent avec des effets secondaires indésirables, comme la perte d’appétit, l’anxiété, l’insomnie et l’inhibition, soulève le pédiatre Francis Livernoche.

C’est assez unanime ce que disent les jeunes qui prennent des psychostimulants : "Ça m'éteint, ça me rend moins spontané, moins drôle, un peu figé. Je me sens un peu détaché".

Dans une période de la vie où la recherche et l’expression de son identité sont primordiales, il apparaît contradictoire d’éteindre cette flamme qui ne demande qu’à jaillir, juge le médecin spécialiste.

L’adolescence devrait être l'âge d'or de nos relations sociales. On doit être dans la vivacité, dans la créativité, dans l'échange.

Tendre vers la déprescription

Le pédiatre Francis Livernoche est d’avis que le temps est venu de parler de déprescription ou de congé thérapeutique en matière de psychostimulants, comme le suggère depuis 2024 l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESS).

un medecin.

Dr Francis Livernoche, pédiatre social au CIUSSS de l'Estrie - CHUS et professeur-chercheur à l'Université de Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Parce que, pour lui, il ne fait aucun doute que la médication ne répond pas aux besoins d’un bon nombre d'enfants qui en prennent. Il est primordial, même si cela est loin d’être simple, de bien distinguer les symptômes d’inattention ou d’hyperactivité et le trouble réel qui lui a un impact dans toutes les sphères de la vie d’un enfant. Je dis souvent que, pour apposer un diagnostic de TDAH, il faut avoir une atteinte fonctionnelle significative. Il faut avoir une souffrance clinique associée à ces symptômes.

Il faut que les symptômes soient propres au TDAH, pas à une dépression, à de l'anxiété, à un stresseur, à une immaturité, à une démotivation ou à un problème d'apprentissage qui mène aux défis scolaires que rencontrent les jeunes.

À mon avis, la consommation de psychostimulants devrait vraiment être réservée aux enfants qui ont une réelle atteinte au fonctionnement [...] et ce, malgré qu'on ait tenté différentes stratégies complémentaires ou alternatives, ajoute la Dre Mélissa Généreux.

Des élèves marchent devant des casiers dans un corridor d'école.

«C’est assez unanime ce que disent les jeunes qui prennent des psychostimulants: "Ça m'éteint, ça me rend moins spontané, moins drôle, un peu figé. Je me sens un peu détaché".» -Dr Francis Livernoche, pédiatre social au CIUSSS de l'Estrie - CHUS.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Avant de cesser la médication, il faut toutefois bien choisir le moment, propose-t-il. Un congé des Fêtes ou les vacances estivales peuvent s’avérer propices. Considérant que, dans bien des cas, le traitement agit comme un diachylon, le laisser tomber, c’est se donner la chance d’aller voir plus loin, de découvrir la problématique qui se cache en dessous, croit le pédiatre, Francis Livernoche. Malheureusement, avec les psychostimulants, on masque les réels défis, les vrais besoins.

Les alternatives à la médication

Pour arriver à renverser la surprescription de psychostimulants, la collaboration des parents, du milieu scolaire et de l’enfant est nécessaire, estime le Dr Livernoche. Une approche privilégiée aussi par la Dre Mélissa Généreux.

Si on réduit une médication et qu'on ne fait aucune autre adaptation, ça se pourrait que le problème revienne. Ça va demander un engagement assez fort des parents et du milieu scolaire pour mieux répondre aux besoins de l’enfant.

Un ballon de basketball en gros plan dans un gymnase

L'adoption de saines habitudes de vie peut aider à compenser la prise de psychostimulants.

Photo : Radio-Canada

À la médication, il existe d’autres solutions alternatives, martèlent les deux spécialistes. Pour assurer le bien-être de l’enfant et sa réussite, il faut penser à des mesures d'adaptation en classe, offrir le soutien en psychoéducation et en orthopédagogie. Le suivi d’un psychothérapeute peut aussi grandement aider l’enfant à s’y retrouver.

Conscients que pour diverses raisons, toutes ces mesures ne sont pas toujours accessibles, il demeure essentiel, à leur avis, de les considérer sérieusement pour inverser la tendance.

Adopter de saines habitudes de vie axées sur la nutrition, l’exercice physique, la relaxation, le sommeil et un temps réduit passé devant les écrans sont aussi des options gagnantes, rappellent les docteurs Livernoche et Généreux.

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