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Tarifs: comment devrait s’orienter le secteur forestier ontarien en 2026 ?

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En 2025, des tarifs douaniers américains sur des produits de bois d’œuvre, ainsi qu’une réduction de la demande de biens à base de papiers ont obligé les entreprises de l’industrie forestière Nord-Ontarienne à repenser leurs plans d’affaires. Mais concrètement, que devraient-elles faire pour survivre ?

L’avenir du secteur forestier pourrait reposer sur l’utilisation des résidus de coupe de bois d’œuvre, selon certains experts et acteurs de l’industrie.

Matt Leitch, professeur de sciences du bois et de bioraffinerie à l’Université Lakehead, explique que les entreprises comme Kap Paper ont intérêt à se réorienter vers la production de carton ondulé, pour mieux valoriser les déchets des scieries.

Matt Leitch dans son bureau.

Matt Leitch, professeur de sciences du bois et de bioraffinerie à l’Université Lakehead.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

 L’emballage est l’une des voies à suivre. Il y aura toujours une demande pour le papier, mais pas comme avant. Alors, réinventez-vous, et commencez à produire des emballages.

Le professeur note aussi que le secteur au complet doit d’ailleurs diversifier l’utilisation des usines déjà ancrées dans le Nord. Par exemple, il indique que les produits chimiques dérivés de la lignine du bois peuvent être convertis en adhésifs naturels.

Ils l'utilisent donc comme alternative écologique aux adhésifs. [...] Elle est riche en phénols et sève végétale, ce qui est idéal pour produire des résines et d'autres produits similaires, explique-t-il.

Semblables au secteur pétrolier, les produits chimiques sont les composants les plus rentables dans le processus de l’exploitation des arbres, d'après le professeur.

Vers la fin de l’année 2025, Terry Skiffington, le président-directeur général de la société Kap Paper, a annoncé que l'entreprise envisageait la transformation de l’usine de pâte et papier, en produits de bois d’ingénierie.

Des options plus larges

Ian Dunn, le président-directeur général de l’Association des industries forestières de l’Ontario (OFIA), explique que certains membres de l’organisation envisagent la production de matériels désignés à la construction de logement résidentiel, ainsi qu’industriel.

Ian Dunn pose en avant d'une fenêtre. Il porte une veste, une chemise et une cravate à rayures.

Ian Dunn croit que les acteurs du secteur devraient rediriger leurs efforts pour offrir des alternatives bioénergétiques. (Photo d’archives)

Photo : OFIA

 En ce qui concerne le positionnement de l’industrie, nous travaillons en étroite collaboration avec nos membres dans la province afin d’étudier comment nous pouvons construire des maisons plus rapidement et à moindre coût ici,  raconte-t-il.

Parallèlement à l’accroissement de la production de bois d’œuvre, M. Dunn souligne qu’il y a des possibilités, dans le secteur énergétique, d’exploiter les matériaux issus du processus d'exploitation du bois.

Il existe une circonstance opportune, se servir des résidus de bois issus de la fabrication de produits en bois massif. […] Il s’agit là d’une source d’énergie domestique, explique-t-il.

En accord avec le positionnement de l’association, le professeur Leitch note aussi que le secteur peut se servir de déchets provenant des scieries, pour alimenter le réseau d’électricité provincial. Il donne l’exemple d’une usine dans le Nord-Ouest de l’Ontario.

Ils alimentent la chaudière avec des déchets tels que des écorces, des copeaux de bois et tout ce qui ne peut être transformé en produit. Cela crée de la vapeur. La vapeur actionne une turbine. Donc, ils produisent de l’électricité, ainsi que de la chaleur. Ils se chauffent et s’alimentent en énergie, explique M. Leitch.

Il considère que ces principes présentent un fort potentiel de rentabilité à long terme.

 Si les usines ne peuvent pas gagner de l’argent, elles peuvent empocher de l’argent en vendant l’électricité.

Difficile de faire concurrence dans le marché global

M. Leitch fait comprendre que les conditions météorologiques du Canada ne permettent pas au secteur de faire concurrence avec les marchés en Australie, au Chili et en Afrique du Sud, uniquement avec le bois d’œuvre.

Il souligne qu’au Canada, la croissance d’un arbre prend environ 60 ans avant qu’il soit récolté et rentabilisé. Dans certaines régions avec des conditions plus favorables, l’arbre peut se rendre à la taille optimale en environ 5 ans, ajoute le professeur.

Nous ne pouvons plus rivaliser dans le domaine des papiers de qualité moyenne, souligne-t-il.

De son côté, Jean-Charles Cachon, professeur agrégé en administration des affaires à l’Université Laurentienne, explique que la transformation des chaînes d’approvisionnement des usines pour s’orienter vers la construction de panneaux de contreplaqué et de bois d’ingénierie à bas coût, peut permettre à des entreprises de destiner leurs produits aux marchés européens et asiatiques.

Il insiste, la réussite de cette réorientation est conditionnée par un effort financier de grande ampleur du secteur privé, ainsi que les paliers gouvernementaux.

 Le problème, évidemment, c’est que pour reconvertir une usine comme celle de Kapuskasing, ça veut dire qu’il faut se débarrasser de la ligne de production actuelle qui est orientée uniquement vers le papier journal. Donc, il y a des coûts d’investissement relativement importants , conclut-il.

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