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Tribune
Denys Shtilerman
Ingénieur ukrainien
Denys Shtilerman, cofondateur de l’entreprise de défense ukrainienne Fire Point, créée en 2022 au lendemain de l’invasion russe, appelle les Occidentaux, dans une tribune au « Monde », à prendre des mesures concrètes contre Vladimir Poutine, dont le maintien au pouvoir rend, selon lui, inenvisageable toute perspective de paix durable.
Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 4 min.
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Dans le film La Mort de Staline [comédie satirique d’Armando Iannucci, sortie en 2017], le dictateur s’éteint, et un régime qui, la veille encore, semblait indéboulonnable se met à vaciller. La loyauté cède la place à une lutte pour la survie. La peur change de camp. Le film est une comédie noire, mais, s’il a été interdit en Russie, c’est parce que le message politique est particulièrement fort : seule la disparition d’un homme qui a bâti un régime autocratique peut ouvrir des perspectives qui n’existaient pas tant qu’il était encore au pouvoir.
C’est sous cet angle que l’Occident doit voir Vladimir Poutine. Il ne s’agit pas d’échafauder des hypothèses sur ceux qui pourraient se dresser contre lui, mais de prendre des dispositions concrètes susceptibles de précipiter sa chute. Après une vingtaine d’années de conditionnement brutal, les élites et la société russes demeurent sous son emprise.
L’Occident devrait donc se fixer comme objectif stratégique l’éviction physique de Poutine du Kremlin et adopter des mesures dans les champs politique, économique, militaire et du renseignement. L’Ukraine et ses partenaires ont appris à porter des coups à la machine de guerre russe, et les sanctions, l’isolement, les pressions diplomatiques de l’Europe sont indispensables. Cependant, à eux seuls, ni les missiles ni les sanctions n’éradiquent le bellicisme russe. Nous affaiblissons ses moyens, mais le noyau du réacteur demeure intact.
Poutine peut bien signer un cessez-le-feu et parler de « paix ». Tant qu’il restera au Kremlin, la guerre contre l’Ukraine ne prendra pas véritablement fin, pas plus que la menace de la guerre ne disparaîtra dans le reste de l’Europe. Ce dont Poutine a besoin, c’est d’un conflit permanent, qui n’est pas nécessairement armé : guerre ouverte en Ukraine, hybride voire ouverte en Europe, et mondiale contre l’Occident. Son pouvoir a besoin d’un ennemi, d’un sentiment de forteresse assiégée et d’une mobilisation permanente.
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