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Tania Jourdain est une femme engagée, une entrepreneure, une communicatrice et une artiste multidisciplinaire de Mashteuiatsh. Passionnée par sa communauté, elle valorise la force des femmes, la famille et les traditions ilnues. Authentique et rassembleuse, elle inspire par sa créativité, son leadership et son dévouement.
Programme Premiers peuples
Passerelle entre les premiers peuples et Radio-Canada, le programme « Premiers peuples–Raconte-nous une histoire » travaille en vue d'une meilleure représentation des premiers peuples dans les médias, en favorisant la prise de parole d’Autochtones sur les différentes plateformes de Radio-Canada.
Un texte de Tania Jourdain
Sous la lumière de Grand-mère Lune

Lorsqu’elle atteint sa plénitude, la Lune éclaire les zones d’ombre – extérieures comme intérieures.
Photo : Tania Jourdain
Il y a quelques jours, la nuit était plus lumineuse qu'à l'habitude. Le 5 novembre, la Lune a brillé de toute sa force, devenant la plus grande et la plus lumineuse de l’année. Cette superlune, visible à travers tout le ciel du Pekuakami, a captivé les regards – et touché bien plus que les yeux.
Pour plusieurs Premiers peuples, cette lumière n’est pas qu’un phénomène astronomique. C’est un moment sacré, un rappel des cycles de la vie, de la force du féminin et de la sagesse de la nature. À Mashteuiatsh comme ailleurs, on parle de Grand-mère Lune, gardienne des eaux, protectrice des femmes et guide des rythmes du monde.
Les 13 lunes : un calendrier du cœur et de la terre
Bien avant les montres et les écrans, les peuples autochtones observaient la Lune pour marquer le temps. Ses treize cycles racontaient les saisons, les récoltes et les transformations du territoire.
Chaque pleine lune portait un nom. La Lune du Loup en janvier, quand les animaux affamés rôdaient près des campements. La Lune des Neiges en février, celle du grand froid. Puis venait la Lune des Fraises en juin, signe de douceur et d’abondance. Chaque lune, un repère. Chaque cycle, un enseignement.
Ces noms, transmis oralement, varient selon les nations. Chez les Innus, les Anishinaabe, les Mi’kmaw ou les Wendat, ils reflètent la relation intime avec le territoire : les rivières qui débordent, la glace qui fond, le tonnerre qui annonce la pluie. Ce savoir lunaire n’est pas une simple observation du ciel : c’est une manière d’écouter la Terre.
Ces treize lunes-là, elles ne sont pas qu’un calendrier. Ce sont des enseignements, des repères pour comprendre les cycles de la nature… et de notre propre corps, explique Sonia Robertson, guide spirituelle et art-thérapeute originaire de Mashteuiatsh.
Grand-mère Lune et les femmes
Dans la cosmologie de nombreuses nations, la Lune incarne la puissance féminine. Sa lumière douce, ses cycles constants, sa capacité à renaître symbolisent le lien entre la Terre, les femmes et l’eau.
Nos grand-mères disaient que la Lune veille sur nous, surtout sur les femmes. Elle écoute nos prières, elle comprend nos silences, confie Sonia Robertson.
Le cycle menstruel, souvent appelé moontime, reflète la danse de la Lune. Ce moment est vu comme un temps sacré de repos et de renouveau. Les femmes se retirent parfois des activités quotidiennes pour se recentrer, prier ou méditer.
Sonia Robertson voit dans cette pratique une façon d’honorer ce que la société moderne tend à effacer. La féminité, ce n’est pas quelque chose de faible ou de décoratif, dit-elle. C’est une force tranquille.
Cette vision redonne un sens spirituel à des gestes simples : se reposer, écouter son corps, honorer la vie.
Cérémonie de pleine lune : libérer, remercier, renaître
Lorsqu’elle atteint sa plénitude, la Lune éclaire les zones d’ombre – extérieures comme intérieures. C’est un temps pour se libérer de ce qui ne sert plus et pour accueillir la lumière.
Chaque cérémonie est unique, guidée par l’intention de celles et ceux qui la mènent. Certaines se déroulent en silence, d’autres dans un cercle de femmes. On prépare un espace sacré, on allume des bougies, on purifie le lieu avec de la sauge ou du foin d’odeur.
Avant chaque cérémonie, je demande à la Lune de nous éclairer de l’intérieur, raconte Sonia Robertson. On réfléchit à ce qu’on veut laisser aller, puis à ce qu’on veut nourrir. C’est une façon de se libérer, mais aussi de se remercier soi-même pour le chemin parcouru.
L’eau, mémoire du féminin
Chez les Premiers peuples du Québec, l’eau est au cœur de ces cérémonies. Elle symbolise la vie, la mémoire et la purification. On dit que Grand-mère Lune influence les marées comme elle guide les cycles des femmes.
L’eau, c’est la mémoire du monde, confie Sonia Robertson. Elle garde les émotions, les prières, les intentions. Quand on la bénit sous la Lune, on lui demande de nous aider à nettoyer ce qui doit l’être, à remettre les choses en mouvement.
Les femmes, gardiennes de l’eau, accomplissent souvent un rituel simple : elles bénissent un bol d’eau claire en demandant à la Lune de la régénérer. Cette eau, parfois offerte à la Terre ou conservée à la maison, devient un rappel tangible de la connexion entre le corps, la nature et le cosmos.
Une sagesse ancienne pour un monde moderne
Aujourd’hui, de plus en plus de femmes, autochtones ou non, renouent avec ces pratiques. Les cérémonies de pleine lune deviennent des espaces de guérison, d’échange et de reconnexion.
Certaines s’appuient sur les enseignements traditionnels; d’autres les réinventent, dans le respect de leur essence : gratitude, équilibre, respect des cycles. L’important n’est pas de reproduire à l’identique, mais d’écouter la sagesse qu’elles portent.
Ce que j’aime de la Lune, c’est qu’elle ne juge pas. Elle éclaire tout, même les zones sombres. C’est ce qu’on apprend aussi : à accueillir nos parts d’ombre, à les regarder avec douceur.
Ces rituels rappellent une vérité universelle : tout revient, tout change, tout se régénère. La Lune n’impose rien; elle éclaire, simplement.
Sous la lumière de novembre
La super lune du 5 novembre s’est éloignée, mais sa clarté demeure dans les esprits. Sur les rives du Pekuakami, certains racontent encore la façon dont elle faisait miroiter le lac comme un miroir vivant.
Pour plusieurs femmes, cette Lune a marqué un moment de recentrage et de gratitude. Pour d’autres, un simple instant d’émerveillement, les yeux tournés vers le ciel.
Dans tous les cas, elle a rappelé que la lumière de Grand-mère Lune ne se mesure pas seulement en éclat, mais en présence. Elle continue de veiller, discrète et constante sur la Terre, sur les eaux, et sur le cœur des femmes.


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