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Syensqo à l'heure des choix: "C'est une décision forte mais nécessaire"

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Mike Radossich fait ses armes à la tête de Syensqo. Et livre pour la première fois sa vision à la presse ce lundi, depuis le siège bruxellois.

En fonction depuis janvier, il sait qu'il arrive à un moment délicat pour le groupe belge actif dans les matériaux et la chimie dite "de spécialité". Née de la scission de Solvay, l'entreprise devait incarner l'innovation et, surtout, la croissance. Mais la Bourse a brutalement rappelé que cette promesse devait être tenue avant tout.

Après les prévisions décevantes pour 2026, l'action a effectivement plongé en février dernier, ouvrant ce que le CEO appelle lui-même une "crise de confiance". À cela s'ajoutent les critiques qui ont entouré, par le passé, la rémunération de son ancienne dirigeante, Ilham Kadri. Mike Radossich ne cherche pas à solder cet héritage par une rupture frontale. Mais il veut changer le tempo. Et les actionnaires, dont la holding Solvac, le regardent avec attention. Précisons que le CEO a réalisé une grande partie de sa carrière chez Solvay et Cytec (racheté par Solvay), avant la scission qui a donné naissance à Solvay et Syensqo.

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"What you see is what you get"

"Je suis très clair sur mon mandat : il porte sur la création de valeur et la croissance durable", affirme-t-il. Il résume le diagnostic, avec des gestes : "Notre potentiel se situait ici (très haut, NdlR), et notre performance se situait là (trop bas, NdlR). Mon travail consiste donc à combler cet écart, et à le faire rapidement."

Mike Radossich, CEO de SyesnqoMike Radossich, CEO de Syesnqo ©cameriere ennio

À ceux qui voudraient opposer son projet à celui d'Ilham Kadri, il répond avec prudence : "Ce n'est pas une stratégie complètement différente. Il s'agit davantage de vraiment améliorer l'exécution. J'ai beaucoup de respect pour Ilham Kadri. Elle a mis en place une entreprise solide." Mais il souligne que le monde dans lequel Syensqo évolue n'est plus celui de la scission il y a trois ans.

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"À la fin de 2023, les taux d'intérêt étaient censés baisser. La confiance des consommateurs devait augmenter. Vous n'aviez pas les crises géopolitiques auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui."

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"Les certitudes ont changé, il faut s'adapter constamment. C'est cela, la nouvelle normalité."

Sa conclusion est nette : "Les certitudes ont changé, il faut s'adapter constamment. C'est cela, la nouvelle normalité." Une nouvelle normalité qui nécessitera potentiellement des licenciements à l'avenir, mais aussi des embauches. "Toute ma vie est dans ce business. J'ai dû discuter avec des gens que j'avais moi-même embauchés. C'est une décision forte personnellement, mais c'est nécessaire", répond-il avec un sourire presque amer, lorsqu'on évoque les potentielles coupes dans les activités que Syensqo revoit actuellement, soit pour les revendre, soit pour les adapter.

Un "super-cycle" à venir

"Nous devons nous reconcentrer sur notre spécialité, les matériaux (comme l'activité autour des polymères, qui permettent la création de pièces solides et légères, NdlR), où il y a des facteurs de croissance importants, comme dans l'aviation civile", lance-t-il. Selon lui, il y a plus de croissance à aller chercher dans ce domaine plutôt que de vouloir se diversifier à tout prix, de miser sur plusieurs chevaux.

Mike Radossich, CEO de SyesnqoMike Radossich, CEO de Syesnqo ©cameriere ennio

L'aéronautique commerciale représente environ 20 % de Syensqo, et il veut en faire une part plus importante.

"Cela va être un super-cycle de croissance. Et nous sommes bien positionnés auprès des trois"

Il cite les carnets de commandes du groupe américain Boeing et de l'européen Airbus, mais aussi la montée en puissance de Comac, le constructeur chinois qui pourrait donner du fil à retordre aux leaders occidentaux et déjà client du groupe.

"Cela va être un super-cycle de croissance. Et nous sommes bien positionnés auprès des trois", glisse-t-il.

Il se dit confiant dans la capacité des matériaux composites à générer "une croissance à deux chiffres des ventes". Pas de crise de l'aviation à venir donc, à l'entendre. Rappelons que les besoins du secteur aéronautique en matériaux composites légers et résistants sont forts, puisqu'ils permettent d'optimiser les performances, réduire la consommation et tenter de s'approcher des objectifs de décarbonation, très complexes à atteindre pour le secteur.

Refonte de la direction

Dès ses premiers mois, Mike Radossich a donc modifié l'équipe dirigeante. Il a par exemple supprimé le poste de Chief Operating Officer et créé une fonction de Chief Strategy and Transformation Officer.

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Ce changement de gouvernance opérationnelle est aussi une réponse implicite à la défiance. "Je ne suis pas satisfait de la performance de notre action en Bourse, et c'est un indicateur. L'ampleur de la correction nous a surpris, il fallait agir", reconnaît-il. Il continue : "Je veux générer de la croissance. Livrer. Et le cours de Bourse devrait suivre avec le temps." Il ajoute que son passé indique son implication. "Partout où je suis passé, j'ai délivré. Je ne suis pas là pour rester brièvement et partir. J'accomplirai la mission", explique-t-il.

Syensqo joue gros

Le symbole le plus fort de ce nouveau chapitre est la "revue stratégique" de Performance & Care (chimie pour produits nettoyants, industrie et cosmétiques), l'activité chimique du groupe, qui représente "environ 40 % du chiffre d'affaires et 30 % des bénéfices". Dans les pistes, une potentielle revente, même si "aucune décision n'a encore été prise", à l'instar de ce que Syensqo a fait récemment pour ses activités Oil and Gas et s'apprête à faire d'ici fin juillet pour l'activité "Aroma". Syensqo joue gros donc, très gros. C'est d'autant plus sensible que Mike Radossich y a passé l'essentiel de sa carrière. "Ce sont effectivement des activités que j'ai dirigées par le passé", reconnaît-il. "C'est l'une des décisions les plus difficiles que j'ai eues à prendre dans ma jeune carrière de CEO", confie-t-il. Mais elle répond à une conviction : Syensqo doit devenir davantage une entreprise de matériaux avancés.

"Les constructeurs automobiles occidentaux se font battre par l'Asie, et on le ressent"

Il fixe également un objectif : réduire le cycle de réponse aux besoins des clients.

"Cela prend aujourd'hui environ 24 mois. J'ai demandé à l'équipe, entre autres grâce à l'IA, de ramener ce cycle d'innovation à 12 mois."

Une efficacité qui doit répondre à la concurrence internationale de plus en plus féroce, en particulier en provenance de Chine dans le secteur automobile, client du groupe.

"Les constructeurs automobiles occidentaux se font battre par l'Asie, et on le ressent", explique-t-il à ce propos.

Des investissements réduits pour le moment

Côté discipline financière, Syensqo annonce revoir les investissements (Capex) à la baisse. Le groupe devrait diminuer ceux-ci de 50 millions d'euros cette année, pour atteindre 450 millions d'euros d'investissements. La logique pourrait changer à l'avenir, mais il faut d'abord "colmater la fuite" de l'argent mal utilisé, dans des investissements non "cruciaux" pour l'entreprise.

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La défense offre aussi des perspectives pour Syensqo, même si le marché est irrégulier. "Entre 2023 et 2025, notre activité liée à la défense a progressé de 20 % ", indique-t-il. Les applications vont des drones aux matériaux utilisés dans des environnements de très forte chaleur. "Tout ce qui nécessite une résistance à la température, comme les missiles", illustre-t-il.

Comment voit-il, par ailleurs, les discours politiques européens qui, après avoir affiché la volonté de s'aligner sur les objectifs de l'Otan d'atteindre 5 % de PIB d'investissements dans la Défense et la sécurité dans les prochaines années, affichent désormais des signes de volonté de limitation à 2 % ? "Pour l'instant, c'est un peu incohérent. Et vous avez 27 États membres qui doivent s'aligner. Mais nous sommes prêts. Et la demande est forte", affirme-t-il.


Quid depuis la déclaration d'Anvers ?

En 2024, la Déclaration d'Anvers des industriels pour plus de compétitivité en Europe, suivie d'un sommet d'Anvers de l'industrie chimique en février 2026 avec la présence d'Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Bart De Wever, exigeaient des changements rapides au niveau européen.

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"Plus vous attendez, plus cela va être difficile."

"Voyons-nous des choses concrètes ? Pas encore. Mais c'est encourageant", lance-t-il. "Il ne s'agit pas de protectionnisme, mais l'Europe doit défendre, comme tous les autres pays, certaines chaînes de valeur stratégiques et en garantir la compétitivité. Le moment venu de faire certains choix. Plus vous attendez, plus cela va être difficile", assène-t-il.

La Chine, selon lui, construit vite, automatise vite, subventionne, sécurise ses matières premières et adopte l'IA dans ses usines. "Vous entrez dans une usine, tout est automatisé […]. Et en Europe, il faut plus de temps pour obtenir un permis pour une usine que pour la construire. Le temps, c'est de l'argent. Nous ne pouvons pas attendre."

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Concernant les attentes au niveau des politiques belges, elles restent limitées. Pas de message particulier au premier ministre Bart De Wever. Syensqo dispose de très nombreux sites de production dans le monde, mais seulement deux sites en Belgique. Il y a environ 500 emplois en Belgique pour 13 000 en tout dans le monde. "La Belgique est un tout petit client", plaisante-t-il. "On a notre QG, on a été fondé ici, l'innovation est ici, mais on a peu de clients en Belgique", explique-t-il. Le marché américain (Amérique du Nord et du Sud) représente 41 % des recettes de Syensqo, et 31 % d'entre elles sont réalisées aux États-Unis.

"J'aime cette entreprise et je veux la voir réaliser son potentiel. Et attirer les talents pour. Et je suis très transparent : ce que vous voyez, c'est ce que vous obtenez ("What you see is what you get")", termine-t-il. Pas de mauvaise surprise à attendre, donc ?

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