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Suspension des tarifs : un répit fragile pour l’Ontario

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Les négociations entre le Canada et les États-Unis se poursuivent dans la foulée de la suspension pour trois jours de la mise en place de droits de douane de 50 % sur un large éventail de produits canadiens. Les marchés sont peu ébranlés, mais ce nouveau délai prolonge l'incertitude pour l'économie ontarienne.

À Brockville, le vice-président des ventes chez Northern Cables, Dan Emond, profite de chaque heure de ce répit pour expédier aux États-Unis les câbles déjà fabriqués.

Ce sont seulement trois jours de plus pour envoyer des produits à des clients américains qui les attendent. C’est une bonne chose, mais on ne sait vraiment pas à quoi s’attendre d’ici vendredi, dit-il.

La fabrication des câbles exige du temps. L’entreprise avait donc accéléré ses livraisons avant l’échéance initiale. Entre quatre et six camions quittent maintenant ses installations chaque jour. Ils doivent franchir la frontière avant l’expiration du sursis.

Northern Cables dépend des États-Unis pour environ la moitié de son chiffre d’affaires.

Perdre 50 % de nos activités ferait beaucoup de dommages à l’entreprise, déplore M. Emond.

Depuis un mois, le fabricant n’accepte plus de nouvelles commandes de ses clients américains et ne leur transmet plus de prix. Il cherche d’abord à écouler les produits déjà commandés.

Même des tarifs beaucoup moins élevés seraient difficiles à absorber, puisque les marges bénéficiaires sont faibles dans cette industrie très concurrentielle.

Que le tarif soit de 7 %, de 12 % ou de 15 %, il y a une limite à ce qu’on est capable de gérer, explique-t-il.

Une récession technique en Ontario

Cette menace survient alors que le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario (BRF) confirme que la province a traversé une récession technique entre janvier et juin 2026.

Le PIB de l’Ontario a diminué de 0,1 % au premier trimestre de 2026, après un recul de 0,3 % au trimestre précédent.

Dominic LeBlanc regarde Mark Carney.

Dominic LeBlanc est à Washington pour un blitz de négociations. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Il s’agit de la première séquence de ce genre dans la province depuis la pandémie de 2020, causée par l’incertitude commerciale liée la guerre tarifaire avec les États-Unis.

Les exportations ont également retranché 0,4 point de pourcentage à la croissance pendant cette période.

Ian McLean, président-directeur général de la Chambre de commerce du Grand Kitchener-Waterloo, souligne que les tarifs déjà imposés ne touchaient qu’environ 5 % des marchandises échangées entre les deux pays. Leur effet peut néanmoins être considérable lorsqu’ils ciblent une industrie dont dépend toute une collectivité.

Si les commandes d’une entreprise sont réduites de moitié, les répercussions se font sentir dans toute la communauté, explique-t-il.

M. McLean rappelle que l’Ontario est particulièrement exposé en raison du poids de l’acier, de l’aluminium, de l’automobile (nouvelle fenêtre) et de la fabrication de pointe dans son économie.

Pour lui, les trois jours de répit ne valent que s’ils permettent d’obtenir une entente durable.

Nous avons besoin de certitude, mais pas à n’importe quel prix, affirme-t-il.

Si les négociations échouent, les gouvernements devront soutenir les secteurs et les travailleurs les plus touchés, ajoute-t-il.

Nous ferions mieux de rester unis. Nous allons gagner ensemble ou perdre ensemble, dit M. McLean.

Des marchés peu ébranlés

Hadiza Djataou, gestionnaire de portefeuille et responsable des stratégies macroéconomiques chez Placements Mackenzie, estime toutefois que le Canada n’aborde pas cette nouvelle période d’incertitude dans une position aussi fragile qu’on pourrait le croire.

Quand on regarde les trois derniers chiffres de l’emploi, ils sont quand même assez bons , observe-t-elle. Ces résultats permettent, selon elle, d’être plus optimiste quant à la capacité du pays à résister aux tensions commerciales.

Un écran de la bourse de Toronto.

L’indice composé S&P/TSX de la Bourse de Toronto est en hausse de 0,4% mercredi.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

À court terme, la suspension annoncée par Donald Trump a rassuré les investisseurs sans provoquer de mouvement spectaculaire. L’indice composé S&P/TSX de la Bourse de Toronto est en hausse de 0,4 % mercredi.

Pour l’instant, l’impact sur les portefeuilles est vraiment limité, résume Hadiza Djataou.

Le dollar canadien, qui s’était légèrement affaibli avant l’annonce, a aussi récupéré une partie du terrain perdu. Selon la gestionnaire, les marchés n’avaient pas pleinement intégré la possibilité que les droits de 50 % entrent en vigueur.

L’incertitude commerciale pourrait néanmoins ralentir la reprise en incitant les entreprises à reporter leurs investissements, leurs projets immobiliers et leurs embauches, estime Mme Djataou.

L’industrie automobile constamment dans l’incertitude

Les nouveaux droits de 50 % ne visent pas directement les véhicules. Ceux-ci demeurent assujettis à des tarifs distincts de 25 %, qui font toujours l’objet de négociations entre Ottawa et Washington.

Une ligne d'assemblage dans une usine automobile.

L'industrie automobile représente une grande partie de l'économie ontarienne. (Photo archives)

Photo : Radio-Canada / Emma Loop

Ce qui est vraiment dommageable pour l’industrie automobile, c’est le climat d’incertitude, surtout pour l’industrie ontarienne, affirme le journaliste automobile Samuel Lessard.

Près de 90% des véhicules fabriqués au Canada sont exportés vers les États-Unis, explique-t-il. Les constructeurs pourraient donc hésiter à investir dans de nouvelles usines ou décider de déplacer une partie de leur production au sud de la frontière.

Elle menace aussi les investissements liés aux véhicules électriques. Plusieurs projets d’usines de batteries ou de composantes ont déjà été ralentis ou suspendus en Ontario.

C’est très dommageable parce que ça réduit la marge de profit sur chaque véhicule vendu. Moins les constructeurs font de profits, moins ils peuvent investir dans les nouvelles technologies et dans la transition vers les véhicules électriques, explique Samuel Lessard.

Malgré le ralentissement de l’électrification en Amérique du Nord, cette transition se poursuit rapidement ailleurs dans le monde.

Les grands marchés ont le pied à fond sur l’accélérateur. Les profits moins élevés vont retarder la transition énergétique des constructeurs nord-américains, et ce retard sera de plus en plus difficile à rattraper, surtout face aux constructeurs chinois, prévient-il.

Avec les informations de Kim Tai Franco.

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