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L’Orchestre symphonique de Montréal et Rafael Payare, associés au Chœur du Festival d’Édimbourg, « ressuscitaient » mercredi soir au Festival d’Édimbourg The Song of Hiawatha («Le chant de Hiawatha»), ensemble de trois cantates composées entre 1898 et 1900 par le premier musicien britannique noir, Samuel Coleridge-Taylor, œuvre très populaire avant la Deuxième Guerre mondiale, quasiment disparue depuis.
Pourquoi ne pas commencer carrément par affronter, après écoute du Song of Hiawatha, la question posée en conclusion de notre article présentant l’œuvre mercredi : « Résurrection d’une grande œuvre oubliée ou simple feu de paille ? »
« Résurrection d’une grande œuvre oubliée », certainement pas, à moins que l’acceptation de « grande » englobe les dimensions et effets de masse. « Feu de paille », ce serait ingrat, car le concert a révélé que la meilleure cantate (qui, avec l’Ouverture, ne vaut pas l’oubli) n’est pas du tout celle restée au répertoire.
Engagement
Avant d’analyser plus avant l’œuvre et ses problématiques, il est facile d’évoquer un certain nombre de points qui ne posent aucun débat. Tout d’abord le sérieux et la générosité sans limites avec lesquels Rafael Payare et l’OSM ont approché ce projet qui sortait de leurs sentiers balisés. On espère qu’ils se sont mérités de se voir offrir le Requiem de Berlioz la prochaine fois !
Payare a porté l’œuvre à bout de bras et on ne saurait imaginer meilleur défense de Coleridge-Taylor, d’autant plus que la brochette de solistes — la touchante Francesca Chiejina, le brillant et imposant Nicky Spence et l’autoritaire Christopher Maltman en Hiawatha — était elle aussi idéale. La succession des trois cantates, avec interpolation de l’Ouverture avant la troisième, nous valait un concert de 2 h 20 de musique impliquant très majoritairement le chœur. C’est donc une prouesse du Chœur du Festival d’Édimbourg d’avoir assumé ce projet marathon.
La tâche du chœur est d’autant plus ingrate que l’esprit de synthèse n’est pas ce qui caractérise Coleridge-Taylor et que le texte n’est pas de tout repos. Archétype du délayage propre au compositeur, la première cantate, Le festin de noces de Hiawatha, la seule restée au répertoire, notamment parce qu’elle « en jette » et qu’elle est la plus facile à chanter, tourne passablement en boucle sur un thème de huit notes.
Autre problème : la complaisance servile par rapport au texte. En collant au poème de Longfellow, Coleridge-Taylor pose au chœur des problèmes en surjouant les clichés par une accumulation de termes en langue ojibwée. Dans la 3e cantate, la manière d’aligner des noms d’animaux en anglais et ojibwé vire au maniérisme pédant.
Bijou inattendu
Alors que la postérité a sauvé Le festin de noces de Hiawatha, c’est de loin la 2e cantate, La mort de Minnehaha, qui sort du lot. Elle évoque l’hiver, le froid et la famine et se distingue par un terreau thématique plus divers et moins de condescendance et de frivolités folklorisantes dans le texte.
Dans les faits, la 3e cantate Le départ de Hiawatha est difficile à « digérer » aujourd’hui, avec ces missionnaires venus du « Pays de la lumière » (« For the Master of Life has sent them from the Land of light and morning » !) accueillis par les joyeux Autochtones répétant à qui mieux mieux « merci d’être venus » ! Certaines œuvres vieillissent et périment tout simplement en raison du texte mis en musique. Entendre ce plaidoyer pour la colonisation heureuse amène d’ailleurs des questions inattendues et déroutantes dans un concert promouvant la musique du premier grand compositeur noir du Royaume-Uni.
En termes de comparaisons flatteuses (« Dvořák noir » ou « Mahler africain ») accolées à Coleridge-Taylor, nous n’avons rien entendu de tel mercredi. The Song of Hiawatha est un archétype choral de musique anglaise édouardienne (1890-1914), ainsi nommée parce qu’elle correspond peu ou prou au règne d’Édouard VII (1901–1910). Ce style est marqué par le faste impérial, mais aussi — bonheur ! — une certaine tendance à la nostalgie, ce qui nous vaut les plus beaux passages de The Song of Hiawatha (douleur de la 2e cantate ; chant du « sweet musician » Chibiabos dans la 1re cantate).
L’ultime problème de The Song of Hiawatha, ce sont tout simplement les limites de l’inspiration et du concept de Coleridge-Taylor. L’œuvre reste tout le temps sur le plan de la narration. Le chœur décrit et raconte des choses, par exemple que Pau-Puk-Keewis danse. Mais, contrairement à Daphnis et Chloé, on n’entend jamais de danse.
Même si la présence des solistes s’accroît dans les cantates 2 et 3, ils ne chantent pas d’airs. Eux aussi racontent. Il n’y a donc pas d’action vécue ou mise en musique. En ce sens, The Song of Hiawatha est une œuvre datée qu’il était intéressant de redécouvrir pour faire le point, s’agissant de la deuxième œuvre chorale la plus populaire en Angleterre, derrière Le Messie dans les années 1920. En faisant ceci, on se rend rendre compte que, malgré un savoir-faire dans le déploiement choral spectaculaire, le « tube » de Coleridge-Taylor n’a pas vocation à (re)devenir un classique.
Christophe Huss est l’invité de l’OSM pour la tournée européenne


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