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Sur les plages de Cornouailles s’échouent depuis 1997 de petits dragons en plastique tombés d’un seul cargo, qu’on pourrait encore ramasser dans 1 300 ans

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Le 13 février 1997, une vague scélérate a envoyé 62 conteneurs par-dessus bord du cargo Tokio Express, au large de la pointe de Cornouailles. L’un d’eux renfermait 4 756 940 pièces Lego. Près de trente ans plus tard, des dragons noirs continuent de s’échouer sur les plages de Cornouailles et du Devon, surtout après les tempêtes, et une étude de l’université de Plymouth laisse entendre que ce plastique pourrait y traîner jusqu’à 1 300 ans.

Un dragon de 1997 peut encore finir dans un seau d’enfant.

À retenir

  • Une vague scélérate a fait tomber 62 conteneurs du Tokio Express en février 1997
  • Plus de 33 000 dragons noirs faisaient partie du chargement perdu
  • Une étude de Plymouth estime que ces pièces Lego peuvent persister entre 100 et 1 300 ans

Sommaire

  1. Une vague, 62 conteneurs, des millions de pièces
  2. Presque trente ans plus tard, la marée continue son tri
  3. Ce que l’étude de Plymouth dit vraiment des 1 300 ans

Une vague, 62 conteneurs, des millions de pièces

Le Tokio Express, cargo sous pavillon allemand, reliait Rotterdam à New York lorsque la vague l’a frappé à environ 20 milles (32 km) de Land’s End. Son commandant a parlé d’un phénomène qui n’arrive qu’une fois par siècle, selon la BBC citée par Live Science : le navire aurait gîté de 60 degrés d’un côté, puis de 40 degrés de l’autre. Dans la foulée, 62 conteneurs ont basculé à la mer. L’un d’eux, parti du Danemark pour les États-Unis, contenait près de 5 millions de pièces.

D’après le manifeste tel que le rapporte la presse britannique, 3 178 807 de ces pièces étaient assez légères pour flotter, soit environ les deux tiers du chargement. Dans les jours suivants, des pilotes d’hélicoptère ont signalé à la surface une nappe de Lego.

Le contenu du conteneur tenait du catalogue maritime : pièces de séries comme Aquazone ou Pirates, palmes de plongée, bouteilles de scaphandre, fleurs, gilets de sauvetage jaunes. Les dragons y figuraient en bonne place, avec plus de 33 000 exemplaires noirs et quelques centaines de verts selon les décomptes repris par la presse (les chiffres varient un peu d’une source à l’autre). Les pieuvres noires, elles, n’étaient qu’environ 4 200.

Des enfants en auraient rempli des seaux, revendus 10 pence sur les vide-greniers.

Presque trente ans plus tard, la marée continue son tri

Tracey Williams ramassait ses premières pièces en 1997, lors de séances de beachcombing dans le sud du Devon avec ses enfants, alors âgés de 6 et 5 ans. Elle a fini par comprendre qu’elles venaient d’un cargo, puis a lancé le projet LEGO Lost at Sea pour recenser les trouvailles, avec l’aide de plongeurs, d’océanographes et de pêcheurs. Sa page est devenue une sorte de registre collectif de la dérive.

La rareté a créé ses propres légendes. En 2014, elle disait ne connaître que trois pieuvres retrouvées, dont une par elle-même, dans une grotte de Challaborough, dans le Devon. Un dragon vert suffit, selon elle, à rendre le voisin jaloux.

Tout ne flotte pas, et c’est un point que les titres accrocheurs oublient souvent. La plus grande partie du déversement serait au fond de l’eau, selon Great British Life, et ce qui se dépose sur le sable correspond surtout à la fraction légère, remuée par les tempêtes. Certaines pièces ont voyagé loin : un morceau en forme de plante a été trouvé en 2018 sur la plage de St Bees, en Cumbria, et des experts cités par la presse estimaient qu’il avait pu parcourir jusqu’à 62 000 miles. L’océanographe Curtis Ebbesmeyer avait même prédit que les courants emporteraient des pièces vers l’Arctique, voire au-delà du Pacifique. Aucun comptage vérifié des échouages de 2026 n’existe en revanche : on sait que les trouvailles continuent, pas combien il y en a chaque année.

Ce que l’étude de Plymouth dit vraiment des 1 300 ans

Le chiffre vient d’un article de Andrew Turner, Rob Arnold et Tracey Williams, publié le 29 février 2020 dans la revue Environmental Pollution, sous le titre « Weathering and persistence of plastic in the marine environment: Lessons from LEGO ». L’équipe a étudié 50 pièces récoltées sur les plages du sud-ouest de l’Angleterre. Elle les a pesées, mesurées, analysées chimiquement pour estimer leur âge, puis comparées à des pièces neuves conservées depuis les années 1970 et 1980.

Résultat : entre 100 et 1 300 ans.

La fourchette est large, et sa borne haute est celle que retient le titre de cet article. Elle concerne les briques Lego en général, en plastique ABS, et non spécifiquement les dragons du Tokio Express : l’université de Plymouth rappelle que d’autres pièces ramassées ont pu être perdues par des visiteurs ou arriver par les déchets ménagers. Ramasser un dragon dans 1 300 ans reste donc une hypothèse haute, pas une promesse.

Les pièces testées étaient lissées et décolorées, certaines fracturées. Turner y voit le signe qu’elles pourraient, en plus de durer, se fragmenter en microplastiques. Les bénévoles de Rame Peninsula Beach Care et de LEGO Lost at Sea ont déjà retiré des milliers de pièces et d’autres déchets plastiques lors de nettoyages réguliers, sur la décennie précédant l’étude.

Pour qui passe sur ces côtes, le geste est simple : après une tempête, regarder la laisse de mer, noter où l’on a trouvé la pièce, la photographier et l’envoyer au projet LEGO Lost at Sea. Tracey Williams, elle, consulte chaque matin les horaires de marée et file sur la plage à 5 h.

Sources : beachcombingmagazine.com | pressreader.com

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