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La longue procédure de désignation du – ou de la, ce qui serait une première – nouvel administrateur général de la RTBF touche à sa fin. On est entré dans la dernière ligne droite. Une ultime épreuve attend les trois candidats encore en lice (ils étaient neuf sur la ligne de départ) : l'audition par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).
Le rendez-vous des trois candidats – Caroline Franckx, Christophe Dujardin et Emmanuel Tourpe – avec le CSA est prévu ce jeudi. Ils disposeront chacun de deux heures pour défendre leur projet et répondre aux questions des neuf membres du Collège d'autorisation et de contrôle (lire, ci-après, les détails de la procédure). L'organe de régulation rendra un avis dans le mois au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Précision importante : cet avis n'est pas contraignant. La décision finale, qui devrait être prise dans le courant du mois de septembre, relève exclusivement de la compétence du gouvernement. La prise de fonction du nouveau boss de la RTBF est prévue au plus tôt le 1er novembre.
Ils sont donc trois, deux hommes et une femme, à vouloir prendre la succession de Jean-Paul Philippot, lequel a enchaîné quatre mandats successifs de six ans (avec une prolongation de 9 mois) et quittera définitivement l'entreprise publique le 31 octobre.
Qui sont ces trois prétendants à la direction générale de la RTBF ? Quelles sont leurs chances d'emporter la décision, finale, du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (lequel, rappelons-le, octroie un financement annuel de 378 millions d'euros) ? Voici ce qu'on peut en dire sur la base d'écrits et de témoignages recueillis par La Libre.
Christophe Dujardin : le favori
Christophe Dujardin ©OrangeSi l'objectif de la ministre des Médias, Jacqueline Galant (MR), et de ses collègues de gouvernement est de nommer un manager chevronné, capable de diriger des équipes de plusieurs centaines de personnes et doté d'une longue expérience dans un secteur étroitement lié à celui des médias audiovisuels, alors Christophe Dujardin coche toutes les cases. "Il est prêt à l'emploi", nous dit un cadre de la RTBF. "C'est un excellent manager, redoutablement malin, 100 % orienté résultat", ajoute un ex-collaborateur de M. Dujardin préférant garder l'anonymat. Lors du vote (secret) des administrateurs, le 17 juillet, Christophe Dujardin a fait le plein des 13 voix. Si nos interlocuteurs soulignent les qualités managériales de ce candidat de 54 ans, ils mettent tout de même deux bémols : il n'a ni l'ADN "service public" ni celui des contenus. C'est avant tout un homme qui parle finance, marketing, relations clients, marques et produits.
Cela fait plus de 25 ans que Christophe Dujardin évolue dans le secteur des télécoms belges (dont 20 chez Proximus et 6 chez Orange Belgique, où il occupe le poste de Chief Consumer Officer). Il a forcément acquis une forte connaissance du monde du numérique et des plateformes, ce qui est un atout alors que les médias traditionnels – radios et télés linéaires – sont en nette perte de vitesse.
Autre (gros) atout : même si on ne lui connaît aucune appartenance politique, il nous revient, à plusieurs sources, que Christophe Dujardin aurait le soutien du président du MR, Georges-Louis Bouchez.
Le fou du (futur) roi de la RTBFEmmanuel Tourpe : le challenger
Emmanuel Tourpe ©JC GuillaumeDes trois candidats en lice, Emmanuel Tourpe a incontestablement le CV qui colle le mieux à la direction d'un média de service public. Il en connaît les rouages et les enjeux. Entré à la RTBF quelques mois seulement avant l'arrivée de Jean-Paul Philippot, début 2002, ce Français de 56 ans, docteur en philosophie, connaît bien la maison RTBF pour y avoir travaillé pendant près de dix-sept ans (de 2001 à 2017). D'abord comme responsable des études, ensuite comme directeur de la programmation TV. Cela fait un peu moins de trois ans que M. Tourpe travaille à France Télévisions en tant que directeur des médias du pôle Outre-Mer. Auparavant, il avait occupé des fonctions de directeur à Arte (France) et LN24 (groupe IPM).
Malgré un CV béton, Emmanuel Tourpe présente deux points faibles. "Il n'a pas du tout le profil du manager capable de diriger une entreprise de 1 900 personnes", dit-on à propos de sa candidature. Il n'a pas laissé que de bons souvenirs là où il a dû gérer des budgets. Depuis l'annonce de sa candidature, M. Tourpe a été la cible d'attaques, parfois virulentes, pour ses prises de position jugées très conservatrices dans le débat public. En réponse, Emmanuel Tourpe répète que le débat démocratique n'a rien à gagner "aux procès d'intention ou aux campagnes de désinformation".
La personnalité d'Emmanuel Tourpe et son "œuvre" (sic) académique divisent. Lors du vote du conseil d'administration, mi-juillet, il n'avait d'ailleurs recueilli "que" 8 voix positives (celles, plus que probablement, des administrateurs MR et Engagés) et 5 voix négatives.
Notons, enfin, que M. Tourpe est présenté, depuis plusieurs semaines, comme le candidat de la présidente du CA de la RTBF (Joëlle Milquet).
Caroline Franckx : l'outsider
Caroline Franckx ©F. RaevensElle est celle non seulement qu'on n'avait pas vu venir, mais aussi qu'on n'attendait pas forcément à voir figurer dans la liste des trois prétendants. Avec 12 voix en sa faveur et une abstention, la candidature de Caroline Franckx a fait la (quasi) unanimité au sein du CA de la RTBF.
Cette ingénieure de gestion d'une quarantaine d'années dirige, depuis 2021, le CHU Brugmann. Soit le plus grand hôpital public bruxellois (plus de 3 000 collaborateurs répartis sur trois sites). Après avoir travaillé plusieurs années dans le conseil international chez Accenture, elle avait rejoint le secteur de la santé via les Cliniques de l'Europe (où elle a été en charge, notamment, de la stratégie et de la transformation).
"Ma première mesure si j'étais au pouvoir serait… de faire entrer l'hôpital à l'école pour recréer de vraies vocations"Sa candidature, alors qu'elle est active dans le secteur hospitalier bruxellois, avec un profil managérial, fait immanquablement penser à celle de Jean-Paul Philippot. Tout comme ce dernier à son arrivée à Reyers, Caroline Franckx n'a aucune expérience dans le secteur des médias. En revanche, on lui a accolé à tort, semble-t-il, une étiquette PS en raison du fait que Laurette Onkelinx présidait le conseil d'administration du CHU Brugmann lors de sa nomination comme CEO.
En février, Caroline Franckx a reçu le Bold Woman Award (Belgique) décerné, depuis quelques années, par Veuve Clicquot, pour "son authenticité, sa créativité et son élan collectif". On lui reconnaît, dans le milieu, d'avoir remis CHU Brugmann sur de bons rails financiers tout en prêtant beaucoup d'attention aux relations humaines.
Auditions à huis clos au CSA
Les auditions des trois candidats au poste d'administrateur général de la RTBF, organisées à huis clos ce jeudi au siège du CSA, sont une première. La disposition relative à ces auditions par les neuf membres du Collège d'autorisation et de contrôle (CAC) du CSA a en effet été adoptée postérieurement à la désignation de Jean-Paul Philippot en 2002. Elle n'avait donc encore jamais été mise en œuvre dans les faits.
La compétence du CSA, dans le cadre de cette procédure, est consultative. Le choix final revient au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, contrairement à la France où le régulateur, l'Arcom, a un pouvoir décisionnel.
La configuration des auditions, elle, est similaire à celle de l'Arcom. Dans une première partie, chaque candidat disposera d'une heure (maximum) pour présenter son projet culturel et de gestion. Dans une deuxième partie, de même durée, les membres du Collège pourront interroger les candidats.
Au terme de ces auditions, le Collège entrera en délibération. "Les membres tenteront, autant que possible, d'arriver à un consensus. Si ceci s'avère impossible, ils voteront alors à bulletins secrets", précise le règlement arrêté en avril.
Un avis motivé, avec un classement des candidats, sera transmis au gouvernement dirigé par Élisabeth Degryse (Les Engagés) dans le courant septembre. Il reviendra à la majorité MR-Les Engagés de trancher.
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