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Il suffit de se souvenir de la manière dont on "consommait" la télévision voici une dizaine d'années pour que l'évidence saute immédiatement aux yeux : les habitudes de vision ont énormément changé. Grâce aux plateformes de streaming, non seulement les séries et fictions sont dévorées à un rythme accéléré et à un horaire qui convient à chacun sans se soucier des contraintes imposées par les chaînes de télévision, mais le niveau d'exigence a aussi considérablement augmenté. Tout comme l'impatience.
Toutes les études le démontrent : désormais, les cinéastes ne disposent plus que de très peu de temps pour convaincre. Voire… pas du tout. Des enquêtes réalisées par le Guardian ou par l'institut de référence en la matière, NPAW, montrent en effet que de 3 à 5 % des abonnés des plateformes ont déjà changé d'avis avant même la projection de la première image. Un taux désormais considéré comme "normal", et qui devient vraiment inquiétant lorsqu'il atteint les 8 %.
Quelles sont les plateformes de streaming les plus utilisées en Belgique ?Très peu de spectateurs vont jusqu'au bout de leur programme
Une fois le film lancé, il faut accrocher le spectateur durant les vingt premières minutes. Les analyses montrent en effet que dans ce court délai, 40 % des personnes ont déjà zappé vers un autre programme. Un personnage qui déplaît, une intrigue décevante, un spectacle trop lent et la fiction passe à la trappe. Le jugement se fait rapidement et définitivement, vu l'abondance de l'offre.
Si le cap des 20 minutes se révèle crucial, le franchir ne garantit pour autant… à peu près rien pour la suite. Les travaux menés en juillet par Octane Seating révèlent qu'à peine 11 % des Américains suivent jusqu'à leur terme les programmes proposés en streaming.
Certains genres s'en tirent mieux que d'autres
Les fictions s'en tirent mieux dans ce domaine. Mais avec des nuances selon les genres. Selon What's On Netflix, les drames, les films d'auteur ou fantastiques perdent entre 50 et 56 % de leur public en cours de route. Un taux qui tombe entre 25 et 35 % pour les longs métrages familiaux, d'animation ou d'action très rythmés. Rien de vraiment surprenant : ces différences de pouvoir d'attraction se retrouvent aussi dans les salles de cinéma pour ces mêmes catégories.
Streaming: les séries les plus attendues de la rentrée sur Netflix, Disney+, HBO Max et Prime VideoLe comportement de vision a donc fort évolué, en grande partie sous l'influence d'Internet. Selon une étude menée par Visible Measures, en matière de vidéo sur la toile, 20 % du public, atteint du phénomène du "zapping compulsif", a disparu au bout de seulement… dix secondes. Un chiffre qui passe à 33 % à l'approche des 30 secondes et 44 % dès qu'une minute s'est écoulée. En clair, un clip qui aurait fait dix millions de vues à déjà perdu en chemin 4,4 millions de spectateurs au terme de 60 secondes. Cela relativise un peu certaines audiences faramineuses.
Pas trop difficile, dès lors, de comprendre le désarroi des réalisateurs, parfois absorbés pendant des années sur une œuvre que la plupart des streamers ne visionneront qu'une poignée de minutes. Et on ne voit pas trop comment même l'IA pourrait y changer quoi que ce soit.
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