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Sous un champ de l’Oise dormait depuis 2 000 ans un atelier de potiers complet dont la vaisselle partait jusqu’en Écosse

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Un four capable d’accueillir des dizaines de pièces simultanément, une cinquantaine de tours de potiers alignés sous la terre, et des céramiques qui filaient il y a deux mille ans jusqu’au nord de l’Écosse. Voilà ce que les archéologues de l’Inrap viennent de mettre au jour en bordure d’une départementale près de Noyon, dans l’Oise, à l’occasion des fouilles préventives menées avant le passage du canal Seine-Nord Europe. Un site si complet qu’il tient presque du miracle archéologique pour cette période.

Tout commence par un simple sondage. L’histoire commence en 2025, quand des sondages révèlent des traces sous un champ jouxtant la route, à l’endroit où un grand atelier composé de plusieurs potiers réalisait des céramiques à Noyon deux mille ans plus tôt. S’ensuivent neuf mois de fouilles, menées jusqu’en juin 2026, durant lesquels les archéologues de l’Inrap ont travaillé sur ce site dont l’état de préservation est rare. En ce mois de juillet 2026, le chantier est bouclé. Les équipes ont plié bagage, direction les laboratoires, avant que les engins de terrassement ne prennent le relais.

À retenir

  • Pourquoi cet atelier antique est-il considéré comme un miracle archéologique ?
  • Comment des potiers d’Oise ont-ils réussi à exporter jusqu’en Écosse ?
  • Que révèlent les centaines de milliers de tessons découverts sur ce site ?

Sommaire

  1. Un atelier presque intact, un cas d’école pour les archéologues
  2. De la vaisselle picarde jusqu’aux confins de l’Empire
  3. Détruire pour comprendre, avant l’arrivée des bulldozers

Un atelier presque intact, un cas d’école pour les archéologues

La plupart des sites antiques ne livrent qu’un morceau du puzzle : un four par-ci, une fosse d’argile par-là. À Noyon, c’est différent. La plupart des ateliers antiques ne livrent qu’un fragment de la chaîne de fabrication : un four ici, une fosse d’argile là. À Noyon, tout y est. Louis Florin, responsable d’opération archéologique à l’Inrap, souligne qu’on retrouve, sur une très grande surface, des vestiges associés à toute la chaîne opératoire de fabrication de la céramique, de l’extraction de la matière première jusqu’à la cuisson finale. Une continuité qui, selon lui, reste vraiment rare à observer sur un même terrain.

Le four principal, lui, ne passe pas inaperçu. Il s’agit d’un four capable d’accueillir des dizaines de pièces à cuire, une capacité hors norme pour l’époque, qui trahit une production pensée à grande échelle plutôt qu’un artisanat isolé. Autour de cette structure centrale, une cinquantaine de structures de tournage ont été mises au jour, soit une cinquantaine de tours de potiers découverts sur place. De quoi imaginer plusieurs artisans travaillant côte à côte, presque à la chaîne, sur un site qui ressemble davantage à un atelier collectif qu’à l’échoppe d’un artisan solitaire.

Le volume de matière première extraite du sol donne le tournis. Les équipes ont récolté des centaines de milliers de tessons, dont certains parfaitement conservés, un butin qui promet des années d’analyse aux céramologues de l’institut. Chaque fragment est photographié, catalogué, avant de rejoindre les réserves où l’étude scientifique, elle, ne fait que commencer.

De la vaisselle picarde jusqu’aux confins de l’Empire

Ce qui distingue vraiment ce site, c’est sa portée commerciale. Le céramologue Victor Viquesnel-Schlosser a identifié plusieurs catégories de production sur place. On y trouvait de la vaisselle fine, dite terra nigra, ainsi que des pâtes plus claires destinées à l’exportation, qui se sont diffusées à l’échelle de l’Europe, jusqu’au nord de l’Écosse et en Suisse. une petite poterie picarde a voyagé plus loin que la plupart des Français ne voyagent aujourd’hui en une année.

La distance donne le vertige quand on la rapporte à l’échelle antique. Depuis un champ de l’Oise jusqu’aux confins du monde romain, cela représente plus de 900 kilomètres à vol d’oiseau, sans compter les détours par voies terrestres et maritimes de l’époque. Ce succès commercial n’a rien d’un hasard géographique. Le site est planté exactement là où passait autrefois l’un des grands axes routiers de la Gaule romaine : la voie reliant Boulogne-sur-Mer à Reims et Besançon se trouvait à la place de la route qui jouxte aujourd’hui le site de fouilles. Et Boulogne-sur-Mer, ce n’est pas n’importe quel port : c’était la porte d’entrée vers la Bretagne insulaire, l’actuelle Grande-Bretagne. Un potier de Noyon profitait ainsi d’un accès direct aux routes commerciales les plus fréquentées de l’Empire, sans avoir à batailler pour écouler sa marchandise.

Cette vocation artisanale ne date d’ailleurs pas d’hier, ni ne s’est arrêtée avec la chute de Rome. La région, propice à l’exploitation de l’argile, était déjà connue comme une terre de potiers dès l’époque romaine, et cette tradition artisanale s’est prolongée jusqu’à l’époque médiévale, comme l’ont confirmé d’autres fouilles menées en centre-ville de Noyon. Deux millénaires de savoir-faire ininterrompu sur le même sol : peu de territoires français peuvent se targuer d’une telle constance.

Détruire pour comprendre, avant l’arrivée des bulldozers

Kateline Ducat, cheffe de projet archéologie préventive, résume avec une formule presque brutale la logique de ce type de chantier. « Pour comprendre, il faut détruire », explique-t-elle, mais « c’est fait avec minutie, de manière à collecter un maximum de données scientifiques, contrairement à la phase de terrassement qui va suivre ». Une course contre la montre où chaque semaine de fouille compte, puisque le chantier du canal doit reprendre ses droits.

La région garde en mémoire un précédent douloureux qui justifie cette urgence. En 2010, une importante villa gallo-romaine qui venait d’être découverte à Noyon avait été abondamment pillée à l’aide de détecteurs de métaux, une perte de connaissance irrémédiable qui rappelle à quel point ces vestiges restent vulnérables face à la curiosité mal intentionnée. Cette fois, les archéologues n’ont pas laissé traîner les choses : sondages, fouilles, prélèvements systématiques, tout a été mené tambour battant en neuf mois.

Le canal Seine-Nord Europe, lui, poursuit son chemin. Sa mise en service est actuellement prévue pour 2032, après de nombreux reports, et il doit relier la Seine au réseau fluvial du nord de l’Europe. D’ici quelques mois, des engins de chantier passeront exactement là où s’activaient des artisans il y a vingt siècles. Le champ retrouvera son apparence banale, traversé par une voie d’eau moderne qui n’aura plus rien à voir avec l’ancienne route romaine. Mais dans les réserves de l’Inrap, des centaines de milliers de fragments d’argile cuite continueront, tesson après tesson, à raconter comment un atelier picard a nourri les tables d’un continent entier. Reste à savoir combien d’autres sites de cette ampleur dorment encore sous le tracé des 107 kilomètres de canal restant à creuser.

Sources : france3-regions.franceinfo.fr | letribunaldunet.fr

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Rédigé par L'équipe Sciencepost

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