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Sous Paris courent 280 km de galeries qu’un service de l’État surveille sans interruption depuis 1777

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Deux cent quatre-vingts kilomètres de galeries, de vides et d’anciennes tailles de pierre s’étendent sous les rues de la capitale. Depuis 1777, un service de l’État français les cartographie, les consolide et les surveille sans interruption. Ce service s’appelle l’Inspection Générale des Carrières, l’IGC, et il n’a jamais cessé son travail depuis sa création sous Louis XVI.

L’histoire commence par un paradoxe que peu de Parisiens connaissent. La pierre qui a permis de bâtir la ville, ses immeubles haussmanniens, ses églises, ses monuments, provient directement de son propre sous-sol. Depuis l’époque gallo-romaine et jusqu’au 19e siècle, Paris est un gruyère, sa magnificence se forgeant grâce à la richesse de son sous-sol. En creusant pour construire au-dessus, les carriers ont vidé la terre en dessous.

À retenir

  • 280 kilomètres de galeries et de vides d’anciennes carrières s’étendent sous Paris et sa petite couronne
  • L’IGC a été créée le 4 avril 1777 après des effondrements spectaculaires menaçant la stabilité de la ville
  • Le gypse du nord de Paris se dissout dans l’eau et crée des cavités imprévisibles, tandis que le calcaire lutétien du sud pose des risques de consolidation

Sommaire

  1. Rue d’Enfer, 1774 : le sol s’effondre sous une maison
  2. Cartographier, consolider, surveiller : le travail continu de l’IGC
  3. Le sud craint le calcaire, le nord redoute le gypse
  4. Carrières, catacombes officielles, réseaux interdits : trois réalités différentes

Rue d’Enfer, 1774 : le sol s’effondre sous une maison

Le 17 décembre 1774, un événement change tout. Rue d’Enfer, l’actuelle avenue Denfert-Rochereau, un effondrement spectaculaire dû à une ancienne carrière souterraine engloutit les habitations à trente mètres de profondeur. Ce n’est pas un cas isolé. Une série d’effondrements survient à Paris entre 1774 et 1776, révélant que la ville tient debout sur un réseau de vides largement oublié.

Les pouvoirs publics réagissent. Une commission ordonne en 1776 une visite générale et le relevé des plans de toutes les excavations connues. Le constat est alarmant : les monuments, les églises et la plupart des voies publiques des quartiers sud de Paris étaient menacés d’effondrement en de multiples endroits, l’Observatoire, le Val de Grâce et le Luxembourg en premier lieu.

L’Inspection générale des carrières, l’IGC, a été créée le 4 avril 1777 par un arrêt du conseil du roi Louis XVI, suite à une série d’affaissements et d’écroulements d’immeubles sur le territoire parisien. Charles-Axel Guillaumot devient le premier inspecteur général. L’urgence de sa tâche se manifeste dès le premier jour : le jour même de sa nomination, le 4 avril 1777, une maison de la rue d’Enfer disparaissait dans une ancienne carrière à 40 mètres au-dessous de la surface du sol. Guillaumot dirigera le service jusqu’à sa mort, en 1807.

Cartographier, consolider, surveiller : le travail continu de l’IGC

Le roi lui avait alors confié deux missions essentielles, que l’Inspection réalise toujours : établir une cartographie de l’ensemble des carrières et mettre en sécurité tous les espaces publics. Concrètement, cela signifie creuser des galeries de reconnaissance sous les rues, consolider les anciennes excavations avec des piliers maçonnés, et documenter chaque vide découvert. Le travail de Guillaumot consista avant tout à rechercher les anciennes carrières soit en utilisant et en consolidant les excavations apparues à la surface, soit en ouvrant sous les voies publiques des galeries de reconnaissance.

Le service existe toujours aujourd’hui. Depuis 1968, il est rattaché à la Ville de Paris, au sein de la Direction de la voirie et des déplacements. Son périmètre d’action dépasse désormais la seule capitale : par ses différentes missions, l’Inspection Générale des Carrières gère les risques liés aux anciennes carrières et à la dissolution du gypse antéludien à Paris, dans les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis.

L’outil central de ce travail est un atlas. L’Inspection Générale des Carrières met à jour l’atlas des anciennes carrières de Paris et de la petite couronne qui comprend 458 cartes au 1/1.000, les cartes géologiques de Paris et de la banlieue au 1/5.000 et les bases de données liées au sous-sol. Chaque fontis signalé, chaque affaissement de chaussée, chaque sondage géotechnique vient enrichir cette base de données vieille de plus de deux siècles.

Le sud craint le calcaire, le nord redoute le gypse

Tous les quartiers de Paris ne sont pas égaux face au risque. Deux roches, deux histoires géologiques distinctes expliquent cette carte du danger. Au sud de la capitale, dans les 5e, 6e, 12e, 13e, 14e, 15e et 16e arrondissements, c’est le calcaire lutétien, dit « grossier », qui s’arrache. C’est cette pierre qui a servi à élever Notre-Dame.

Au nord et au nord-est, un autre minéral domine, avec un comportement bien plus imprévisible. Le gypse se trouvait en masse importante dans les 18e, 19e et 20e arrondissements, où l’exploitation de couches de 10 à 20 mètres de puissance se faisait parfois à l’explosif dans des galeries de 6 mètres de large. Le problème avec le gypse ne s’arrête pas à l’extraction. Ce minéral compte parmi les plus solubles dans l’eau : suite à des infiltrations, à une variation du niveau des nappes ou à des circulations d’eau souterraine, il est susceptible de se dissoudre et de créer des cavités parfois très volumineuses. Une fuite de canalisation mal détectée peut ainsi, des décennies plus tard, provoquer un affaissement de rue.

Montmartre illustre le cas extrême. Un effondrement survenu en juillet 1778 fera 7 morts. Depuis, les carrières de Montmartre ont été intégralement foudroyées, et l’Inspection générale des carrières mène, depuis 1980, une campagne d’injection de béton dans les vides encore restants. Malgré ce travail, des incidents ponctuels persistent encore aujourd’hui.

Carrières, catacombes officielles, réseaux interdits : trois réalités différentes

Il faut distinguer trois choses que le grand public confond souvent. Le réseau de carrières compte plusieurs centaines de kilomètres de galeries sous Paris et sa petite couronne. Une infime partie seulement, un tronçon situé sous le 14e arrondissement, constitue les catacombes officielles ouvertes au public, l’ossuaire municipal où reposent les restes de millions de Parisiens transférés à la fin du 18e siècle.

Le reste du réseau reste fermé. Y pénétrer est interdit par arrêté préfectoral, et les cataphiles qui s’y aventurent le font hors de toute autorisation, au risque de se perdre ou de provoquer un effondrement localisé dans une zone non consolidée. L’IGC continue d’ailleurs à combler certains vides avec du béton, ce qui réduit chaque année un peu plus la surface accessible aux explorateurs clandestins comme aux inspecteurs eux-mêmes.

Sources : paris.fr | annales.org

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