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Sous la poussière rouge de Mars dort depuis plus de 3 milliards d’années une plage entière qu’aucun rover n’avait jamais aperçue avant celui de la Chine

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Imaginez planter un parasol sur une plage, sentir le sable chaud sous vos pieds, écouter le clapotis des vagues, puis apprendre des milliards d’années plus tard que ce rivage a disparu sous une épaisseur de poussière rougeâtre, sur une planète devenue glaciale et aride. C’est un peu ce scénario, digne d’un roman de science-fiction, que des chercheurs américains et chinois viennent peut-être de confirmer en creusant, au sens propre, sous la surface de Mars. Grâce à un rover chinois et à des images radar inédites, une équipe de scientifiques affirme avoir mis la main sur les vestiges d’une plage fossilisée, enfouie depuis une période très ancienne de l’histoire de la planète rouge. Une découverte qui pourrait enfin trancher un débat scientifique vieux de près de cinquante ans.

À retenir

  • Le rover chinois Zhurong a détecté par radar, sous Utopia Planitia, des dépôts en pente dont l’angle correspond à celui des sédiments côtiers terrestres.
  • Les chercheurs ont écarté volcanisme, rivières et dunes pour ne retenir que l’hypothèse d’un ancien rivage façonné par des vagues et marées.
  • Cette découverte apporte une preuve structurelle supplémentaire de l’existence passée d’un vaste océan ayant recouvert les plaines nordiques de Mars.

Un rover chinois vient peut-être de mettre fin à un débat vieux de 50 ans sur l’histoire de Mars

Un rover chinois vient peut-être de mettre fin à un débat vieux de 50 ans sur l'histoire de MarsCrédit : © Interprétation artistique de ce à quoi la surface de Mars primitive aurait pu ressembler, d'après des données géologiques.

Depuis les années 1970, une théorie fascine et divise la communauté scientifique : Mars aurait-elle un jour été recouverte, au moins en partie, par un véritable océan? L’idée n’est pas née d’un simple fantasme d’astronome rêveur. Elle a émergé après le passage de la sonde Mariner 9, de la NASA, qui avait alors renvoyé des images intrigantes des plaines nordiques de Mars, laissant penser que ces vastes étendues avaient pu, un jour, être immergées. Depuis, chaque nouvelle mission martienne a apporté son lot d’indices, sans jamais offrir de preuve définitive.

C’est dans ce contexte qu’intervient une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, menée conjointement par des chercheurs américains et chinois, sous la direction de Jianhui Li, de l’université de Guangzhou. Leur terrain d’investigation n’est autre qu’Utopia Planitia, une plaine gigantesque logée au cœur d’un bassin d’impact de plus de 3 200 kilomètres de diamètre. C’est précisément là que le rover chinois Zhurong, lancé en 2020 par l’Agence spatiale nationale chinoise (CNSA), a mené ses investigations entre 2021 et 2022.

Un radar a percé le sol martien et a trouvé autre chose que prévu

Pour explorer ce qui se cache sous la surface martienne, sans avoir à creuser physiquement le sol, Zhurong s’est appuyé sur un instrument redoutablement efficace : un radar capable de sonder le sous-sol et de révéler des structures invisibles à l’œil nu. En analysant les échos renvoyés par le terrain, les chercheurs ont pu observer des structures géologiques inattendues. Ce qu’ils ont découvert s’est révélé bien plus surprenant.

Les images radar ont mis en évidence des dépôts en pente, que les scientifiques appellent des dipping deposits. Or, ces formations présentent une architecture étonnamment proche de celle que l’on observe dans les sédiments côtiers terrestres, ceux qui se forment lorsque des vagues et des courants façonnent patiemment le littoral au fil des millénaires. Autrement dit, le radar n’a pas simplement révélé une structure géologique quelconque : il a mis à jour ce que les chercheurs décrivent comme un véritable paléorivage, une plage figée dans le temps, enfouie sous des couches de poussière martienne depuis des milliards d’années.

L’angle qui trahit une plage plutôt qu’une dune

Une plage ne se résume pas à du sable : elle se caractérise avant tout par la manière dont les sédiments s’organisent, en fonction du mouvement de l’eau. Et c’est justement ce détail qui a mis les chercheurs sur la voie. L’angle d’inclinaison des dépôts détectés par Zhurong, orientés vers les basses terres environnantes, correspond de façon frappante à celui que l’on retrouve sur les plages terrestres, sculptées par les vagues et les marées.

Selon Benjamin Cardenas, co-auteur de l’étude et chercheur à la Penn State University, les données radar montrent même quelque chose d’encore plus troublant : cette plage se serait déplacée au fil du temps, s’étendant progressivement vers le nord, en direction de ce qui aurait alors été un océan. Une telle dynamique n’a rien d’anodin. Elle implique nécessairement l’existence passée de marées, de vagues, mais aussi d’une rivière à proximité, capable d’alimenter continuellement ce rivage en sédiments, et cela sur une période suffisamment longue pour laisser une empreinte géologique aussi nette.

Mille scénarios écartés, un seul qui colle aux données

Face à une découverte aussi importante, la prudence scientifique impose de ne pas se précipiter sur la première explication séduisante. Avant de conclure à l’existence d’une plage fossile, les chercheurs ont donc pris soin d’écarter méthodiquement toutes les autres hypothèses géologiques envisageables. Le volcanisme, par exemple, aurait pu produire des structures en couches, mais pas avec cette organisation si spécifique. Les dépôts liés à des rivières classiques ne correspondaient pas non plus au schéma observé, tout comme les dunes de sable, dont l’architecture interne suit des logiques bien différentes de celles observées ici.

Une fois ces pistes écartées les unes après les autres, il ne restait plus qu’une seule explication cohérente avec l’ensemble des données radar : la présence d’un ancien rivage, façonné patiemment par un environnement aquatique actif. Ce processus d’élimination, rigoureux et systématique, renforce considérablement la crédibilité de cette découverte, qui ne repose pas sur une simple ressemblance visuelle, mais sur une analyse structurelle poussée.

Ce que cette plage fossile raconte sur l’eau de Mars

Cette découverte ne fait pas que confirmer une intuition vieille de plusieurs décennies : elle vient enrichir un puzzle scientifique bien plus vaste concernant l’histoire de l’eau sur Mars. On sait déjà, grâce à l’analyse de météorites, que de l’eau était présente sur la planète il y a environ 4,5 milliards d’années. D’autres recherches suggèrent par ailleurs la présence de glace sous la surface actuelle, tapie dans les entrailles martiennes.

La plage fossile détectée sous Utopia Planitia vient donc s’ajouter à ce faisceau d’indices, en apportant une preuve tangible et structurelle d’un vaste océan qui aurait recouvert les plaines nordiques de Mars durant une période prolongée. Loin d’être un simple caprice géologique, cette découverte suggère que la planète rouge a connu, dans un passé extrêmement lointain, des conditions bien plus proches de celles de la Terre qu’on ne pourrait l’imaginer aujourd’hui en observant son sol désertique et ses tempêtes de poussière.

Reste une question qui continue de hanter les esprits curieux : si Mars a bel et bien abrité un océan, quelles autres surprises son sous-sol garde-t-il encore secrètement, à l’abri du regard des rovers et des sondes envoyées depuis la Terre?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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