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En descendant à 734 m sous les Pyrénées en 1953, des spéléologues lyonnais ont littéralement trouvé une salle où tiendrait un immeuble de 60 étages

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Il existe en France un vide souterrain si colossal qu’il faudrait empiler un immeuble de soixante étages pour en toucher le plafond, et pourtant, la majorité des Français n’en soupçonne pas l’existence. Nichée au cœur du massif de la Pierre-Saint-Martin, dans les Pyrénées-Atlantiques, cette cavité s’appelle la Salle de la Verna. Creusée par l’eau depuis des millions d’années, à plus de 700 mètres sous la surface, elle continue aujourd’hui encore de fasciner autant les scientifiques que les amateurs de sensations fortes. Son histoire mêle drame humain, prouesses techniques et records géologiques, et mérite qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour mesurer à quel point le sous-sol pyrénéen recèle encore des trésors insoupçonnés.

À retenir

  • La Salle de la Verna, découverte en 1953 après la mort du spéléologue Marcel Loubens en 1952, mesure 194 mètres de haut pour un volume de 3,6 millions de mètres cubes.
  • Formée par l’érosion karstique, elle appartient à un réseau souterrain de 86 km de long et 1 410 mètres de profondeur comptant quatorze entrées.
  • Grâce à une galerie de 600 mètres percée par EDF, la salle est ouverte au public depuis 2010, y compris aux personnes à mobilité réduite.

Un gouffre qui a failli coûter la vie à ses découvreurs

L’histoire de la Salle de la Verna commence par un drame. En 1952, le spéléologue Marcel Loubens trouve la mort après une chute dans le gouffre Lépineux, alors en cours d’exploration. Ses blessures lui seront fatales, et son décès marque durablement la communauté spéléologique française. C’est en son hommage que la salle découverte peu après portera son nom.

Ce n’est que l’année suivante, le 13 août 1953, qu’une équipe composée de Jimmy Théodor, Georges Lépineux, Daniel Epelly, Michel Letrône et Georges Ballandraux parvient enfin à percer le mystère de cette immensité souterraine. Les cinq hommes, progressant dans l’obscurité totale à plusieurs centaines de mètres sous terre, débouchent soudain dans un espace dont l’ampleur dépasse tout ce qu’ils avaient pu imaginer. Ce moment reste, encore aujourd’hui, l’une des découvertes les plus marquantes de la spéléologie française, tant par son ampleur que par le contexte tragique qui l’a précédée.

Une cathédrale de pierre assez vaste pour y glisser un gratte-ciel

Les chiffres donnent le vertige. La Salle de la Verna affiche un diamètre de 245 mètres, une hauteur de 194 mètres et une surface au sol équivalente à quatre hectares et demi, soit à peu près la taille de six terrains de football réunis. Son volume total atteint 3,6 millions de mètres cubes, ce qui en fait un espace suffisamment vaste pour y loger, à la verticale, un immeuble de soixante étages sans que son sommet ne touche le plafond de la grotte.

Pendant plusieurs décennies, cette cavité fut d’ailleurs considérée comme la plus grande salle souterraine connue au monde, un titre qu’elle conserva longtemps avant que d’autres découvertes, notamment en Asie, ne viennent redistribuer les cartes. Elle demeure néanmoins un cas d’école pour les géologues, un exemple presque irréel de ce que peut engendrer l’érosion karstique lorsqu’elle dispose d’assez de temps et d’eau pour agir.

L’eau, sculptrice patiente d’un vide vieux de millions d’années

Comment un tel gouffre a-t-il pu se former? La réponse tient en un mot : l’eau. Pendant des millions d’années, les eaux d’infiltration ont dissous patiemment le calcaire du massif pyrénéen, créant peu à peu des cavités, des galeries, puis des salles toujours plus vastes. La Verna appartient à un réseau souterrain d’une ampleur exceptionnelle : le système du Gouffre de la Pierre-Saint-Martin et du Gouffre des Partages s’étend sur environ 86 kilomètres, plonge jusqu’à 1 410 mètres de profondeur et compte quatorze entrées répertoriées à ce jour.

Ce travail d’érosion, invisible à l’échelle d’une vie humaine, illustre à merveille la puissance tranquille de la nature. Là où l’œil ne voit qu’un ruisseau souterrain modeste, le temps géologique a façonné l’une des cavités les plus impressionnantes d’Europe. Un rappel utile, à l’heure où l’on cherche souvent des phénomènes spectaculaires ailleurs, que le sous-sol français regorge lui aussi de curiosités hors normes.

De la première descente à la centrale électrique souterraine

Dès 1956, l’entreprise EDF s’intéresse au potentiel hydraulique du site et fait forer un tunnel pour tenter de capter l’eau qui circule dans la salle. Le projet est toutefois abandonné, faute de débit suffisant, des erreurs de relevés ayant faussé les estimations initiales lors de la construction des galeries. Il faudra attendre 2006 pour que ce chantier, entamé un demi-siècle plus tôt, soit enfin mené à son terme.

C’est justement cette galerie industrielle qui a permis, quelques années plus tard, d’ouvrir la Verna au grand public. Longtemps réservée aux spéléologues aguerris, la salle est devenue accessible dès 2010, y compris aux personnes à mobilité réduite, grâce à une galerie de 600 mètres percée par EDF. La même année, une équipe de recherche du Muséum National d’Histoire Naturelle a commencé à suivre l’évolution des espèces animales remarquables qui peuplent cet écosystème souterrain si particulier. Plus étonnant encore, en 2003, une montgolfière transportant quatre personnes a réalisé un vol dans l’enceinte même de la salle, une image presque irréelle qui témoigne à elle seule de l’ampleur du lieu.

De la découverte tragique de 1953 à l’ouverture touristique d’aujourd’hui, la Salle de la Verna raconte une histoire à part, celle d’un vide immense apprivoisé peu à peu par l’homme, sans jamais perdre de sa dimension mystérieuse. Entre exploit scientifique, prouesse industrielle et curiosité naturelle, ce gouffre pyrénéen rappelle que les plus grands spectacles ne se trouvent pas toujours à ciel ouvert. Alors, la prochaine fois que vous traverserez les Pyrénées-Atlantiques, saurez-vous résister à l’envie de descendre sous vos pieds pour découvrir ce que la roche y dissimule depuis des millénaires?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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