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Soudan : pourquoi n'avons-nous pas pu mettre fin au choléra ?

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Une opinion de Micaela Serafini, docteure et présidente de Médecins Sans Frontières Suisse

Le choléra existe depuis des siècles. Nous savons comment en prévenir les épidémies et traiter la maladie. Pourtant, en 2024 et 2025, le Soudan a été frappé par la flambée de choléra la plus meurtrière jamais enregistrée dans son histoire moderne.

Pour la première fois, la maladie s'est propagée dans l'ensemble des 18 États du pays, causant plus de 124 000 cas et 3 500 décès, selon l'Organisation mondiale de la Santé.

Ces conflits qui n'intéressent pas notre monde

J'ai passé une grande partie de ma vie professionnelle dans le domaine des urgences. Ce qui me révolte dans cette épidémie, ce n'est pas seulement qu'elle ait eu lieu, mais que tant de cas et de décès auraient pu être évités.

Le Soudan a connu au moins 16 épidémies de choléra depuis les années 1960, notamment des épisodes majeurs en 2006, de 2016 à 2018 et en 2019. Les pluies saisonnières et la fragilité des infrastructures ont aggravé ces épidémies.

Suivant les lignes de front

Au cours des deux dernières années, la guerre a modifié la donne. Depuis le début des combats entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide en avril 2023, nos équipes constatent que le choléra suit les lignes de front. Il se propage notamment dans les camps de déplacés, où les conditions de vie sont précaires. Le nombre de cas a fortement augmenté à Port-Soudan, Gedaref, Khartoum et Kosti pendant la saison sèche, soit plusieurs mois avant les pluies qui accélèrent généralement la transmission de la maladie.

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Cette maladie est évitable.

Le choléra ne s'est pas propagé de manière fortuite. Le conflit a créé et aggravé les conditions qui ont permis sa propagation : des réseaux d'approvisionnement en eau et d'électricité endommagés, des déplacements massifs de population, un accès humanitaire bloqué et une réponse sous-financée. Cette maladie est évitable. Les échecs répétés observés par le passé en matière de prévention résultent de choix politiques : ne pas protéger les civils, cibler les infrastructures civiles, entraver l'acheminement immédiat de l'aide et réduire les financements nécessaires aux actions préventives.

Les bénévoles en première ligne

Médecins Sans Frontières n'était pas seule à intervenir lors de cette dernière réponse à l'épidémie de choléra. Les organisations humanitaires ont dû faire face à des contraintes extraordinaires. Là où les équipes internationales ne pouvaient pas se rendre, les "Emergency Response Rooms" (réseau d'initiatives et associations communautaires) soudanaises, gérées par des bénévoles, ont souvent été les premières à intervenir. Elles ont mis en place des points d'eau, alerté les autorités sanitaires de l'apparition de nouveaux cas et contribué à maintenir les personnes en vie avant l'arrivée d'une aide à plus grande échelle. Une grande partie de l'intervention a été menée par les professionnels de santé soudanais et les communautés elles-mêmes.

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Quelles leçons en avons-nous tirées ? Les intervenants soudanais, les autorités sanitaires et les organisations humanitaires sont tous mobilisés, chacun à sa mesure, pour se préparer à de futures épidémies. Ce qui fait encore défaut, c'est la réactivité : tout retard se paie en vies humaines. Deux choses doivent désormais se produire simultanément.

La première est le sentiment d'urgence : nous devons agir aussi vite que l'exige cette épidémie. Mon message à la communauté des bailleurs de fonds, au ministère de la Santé soudanais et aux autres acteurs humanitaires est simple : la réactivité est tout aussi importante que l'investissement lui-même. La surveillance doit être renforcée afin de détecter les cas à un stade précoce. La réponse ne peut rester centralisée. Nous avons besoin de travailler de manière décentralisée afin de renforcer la surveillance sur le terrain et de devancer la propagation. Cela implique d'investir de toute urgence dans la préparation.

Des leçons claires

La deuxième est la responsabilité. Les parties au conflit, ainsi que les acteurs qui exercent une influence sur elles, doivent respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et des Conventions de Genève visant à protéger les infrastructures civiles, telles que les réseaux d'approvisionnement en eau et en électricité, essentiels à la survie des populations. Il ne s'agit pas là de mesures de protection accessoires. Lorsqu'une centrale électrique ou une station de traitement des eaux sont prises pour cibles, les conséquences vont bien au-delà de la destruction d'infrastructures : elles se manifestent à l'hôpital, dans les unités de traitement du choléra, surchargées de patients, dont certains mourront.

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Les leçons que nous avons tirées de la dernière épidémie de choléra ne sauraient être plus claires. La seule véritable question qui se pose désormais est de savoir si les acteurs concernés sont enfin disposés à tirer les enseignements de cette expérience. Il s'agira alors de mettre en œuvre une action humanitaire qui finance et accélère la préparation aux épidémies, ainsi qu'une volonté politique qui protège les civils et les infrastructures, avant que l'histoire ne se répète.


Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

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