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Sortez ce soir et comptez les étoiles : selon l’IAU, une partie de ce que vous voyez n’en est déjà plus

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Levez les yeux ce soir. Comptez une étoile. Puis une autre. Vous croyez observer un ciel millénaire, un tableau fixe hérité de l’humanité entière. Deux problèmes se posent pourtant : une partie de ces points lumineux sont des fantômes du passé cosmique, et une autre partie ne sont pas des étoiles du tout.

À retenir

  • La lumière des étoiles lointaines met des millénaires à nous parvenir : observez-vous vraiment le présent ?
  • Entre 6 000 et 7 000 satellites Starlink polluent déjà le ciel nocturne—SpaceX en prévoit 42 000
  • 40 % des images du télescope Hubble pourraient être contaminées d’ici 2035, menaçant les découvertes scientifiques

Sommaire

  1. Le ciel que vous voyez n’existe pas au présent
  2. Une partie du ciel n’est plus des étoiles, mais des satellites
  3. Quand les observatoires perdent des données, c’est de la science qui disparaît
  4. Un vide juridique dans un ciel de plus en plus encombré

Le ciel que vous voyez n’existe pas au présent

La lumière voyage rapidement, c’est la chose la plus rapide de l’univers, mais elle n’est pas infiniment rapide. À 300 000 kilomètres par seconde, il lui faut déjà plus de huit minutes pour aller du Soleil jusqu’à la Terre. on voit le Soleil dans l’état où il était il y a huit minutes. Pour les étoiles lointaines, le retard se chiffre en années, en siècles, parfois en millénaires.

Seules les étoiles les plus lumineuses peuvent être vues de grandes distances, comme Deneb (probablement entre 1 500 et 2 500 années-lumière d’ici) ou Rho Cassiopeiae (8 000 à 12 000 années-lumière). Quand vous regardez Deneb scintiller en été, vous percevez une lumière qui a quitté son étoile source pendant que les premières civilisations mésopotamiennes gravaient les premiers alphabets. L’étoile elle-même ? Elle a peut-être déjà explosé depuis.

Si une étoile brillante comme Bételgeuse dans la constellation d’Orion explose un jour, nous ne le saurons pas pendant des siècles. En fait, il se peut qu’elle ait déjà explosé et que nous ne l’ayons simplement pas encore vu. Il y a environ 6 000 étoiles visibles à l’œil nu, et la grande majorité d’entre elles sont à une distance d’environ 1 000 années-lumière du Soleil. Autant de témoignages du passé projetés simultanément dans notre champ de vision.

Le tableau mérite toutefois d’être nuancé. L’idée que toutes, ou même la plupart, ou même beaucoup des étoiles qu’on voit dans le ciel sont mortes est simplement fausse. Ça a l’air vrai, et ça semble coller avec les choses qu’on pense savoir, mais au final les faits l’emportent. Les étoiles vivent bien, bien plus longtemps que le temps que prend la lumière pour voyager. Le Soleil continuera ainsi pour des milliards d’années. Même les étoiles les plus lumineuses, qui utilisent l’énergie de leur noyau beaucoup plus rapidement, peuvent vivre pendant un million d’années ou plus.

Une partie du ciel n’est plus des étoiles, mais des satellites

Le paradoxe cosmologique sur les étoiles mortes reste un émerveillement philosophique. Le problème concret qui se glisse désormais dans ce spectacle nocturne est beaucoup plus récent et nettement moins poétique. Depuis un peu plus de cinq ans, les astronomes constatent un nouveau type de pollution lumineuse, venue non plus du sol mais du ciel : les satellites servant à fournir un accès à Internet à très haut débit, type Starlink.

Aujourd’hui, il y a entre 6 000 et 7 000 satellites Starlink en orbite autour de la Terre. Le projet initial de SpaceX vise à terme une constellation de 42 000 satellites. Pour donner l’échelle : la flotte totale d’avions commerciaux en service dans le monde entier plafonne à environ 25 000 appareils. La constellation Starlink prévue la dépasse donc presque du double.

Ces satellites ne sont pas lumineux en eux-mêmes, mais ils ont de grands panneaux solaires pour s’alimenter en énergie, et ils réfléchissent la lumière du Soleil. Cela crée des rayures systématiques dans toutes les images du ciel. Par ciel clair en mai, peu après le coucher du soleil, il est courant d’en voir défiler plusieurs en quelques minutes, progressant silencieusement comme des perles sur un fil.

La situation a franchi un seuil symbolique en 2025. Une étude publiée dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society par Mallama et Cole conclut que la quasi-totalité de ces engins dépassent la limite de magnitude 7+ établie par l’IAU pour la recherche professionnelle, et que la plupart dépassent également la limite de magnitude 6 à partir de laquelle ils perturbent l’appréciation esthétique du ciel nocturne. Traduction concrète : l’IAU a recommandé des limites de luminosité pour les satellites, conçues pour garantir qu’ils ne soient jamais visibles à l’œil nu. Ces limites ne sont pas respectées.

Quand les observatoires perdent des données, c’est de la science qui disparaît

La détection d’une exoplanète repose souvent sur la mesure de l’infime baisse de luminosité d’une étoile lorsque la planète passe devant. Une traînée lumineuse peut complètement masquer ce signal, privant les chercheurs de découvertes fondamentales sur les mondes qui nous entourent. Un calcul simple : une nuit d’observation avec les télescopes les plus avancés revient à environ 50 000 euros. Chaque cliché contaminé représente du temps, de l’argent, et des données scientifiques irrémédiablement perdus.

La contamination touche maintenant le spatial. Alors que les contaminations d’images de Hubble étaient de 4,3 % entre 2018 et 2021, ce taux pourrait grimper à près de 40 % d’ici 2035, selon des simulations publiées dans Nature. Le problème devient encore plus critique pour la sécurité planétaire. Les traces laissées par les satellites sont visuellement identiques à celles d’astéroïdes passant à proximité de la Terre. Dans un ciel saturé de ces fausses alertes, le risque de manquer un véritable géocroiseur est démultiplié.

La menace n’est pas que visuelle. Une équipe australienne, analysant pas moins de 76 millions d’images du ciel issues d’une station prototype du Square Kilometre Array, a découvert que jusqu’à 30 % de certaines séries de clichés présentent des traces d’interférences radio liées à Starlink. Parmi les satellites analysés, 703 émettent à 150,8 MHz, une fréquence pourtant réservée à la radioastronomie. Les réglementations actuelles ne couvrent que les émissions volontaires, laissant un vide juridique pour ces signaux parasites.

Un vide juridique dans un ciel de plus en plus encombré

L’Union astronomique internationale a publié ses recommandations pour préserver le ciel face à l’afflux de satellites en orbite, qu’elle juge dangereux par leur impact sur l’astronomie. De nombreux opérateurs de satellites commerciaux travaillent volontairement à réduire les impacts sur l’astronomie au sol, en peignant, masquant ou faisant pivoter les satellites. Mais il n’existe aucune limite réglementaire sur les émissions ou la réflectivité des satellites en dehors du spectre radio, et la plupart des satellites LEO commerciaux ne respectent pas les seuils de luminosité recommandés.

Pour protéger le ciel astronomique de façon large et cohérente, les gouvernements devront probablement adopter des politiques restrictives. SpaceX a déployé des visières antireflets sur une partie de sa flotte, en réponse aux inquiétudes des astronomes, avec des modèles DarkSat et VisorSat. Depuis 2020, les nouveaux satellites Starlink sont devenus bien plus sombres, atteignant des magnitudes autour de 5 à 7 une fois en orbite opérationnelle. Progrès réel, mais insuffisant face à une flotte qui ne cesse de croître. Et Starlink n’est plus seul : Amazon a commencé à lancer sa constellation en 2025 et prévoit de la porter à plus de 3 200 satellites.

On est passé de 5 000 satellites en orbite en 2019 à plus de 15 000 aujourd’hui, et les projections évoquent un chiffre vertigineux de 560 000 engins d’ici dix ans. Un astronome de l’Université de Washington résume la situation sans ambages : « personne ne veut zéro satellite, mais en ce moment c’est une situation plutôt non réglementée, un véritable Far West. » Le ciel nocturne, patrimoine commun de l’humanité depuis que les premières peintures rupestres représentaient des constellations, est en train de devenir un espace disputé entre la science et le commerce. Et contrairement aux étoiles mortes dont la lumière met des millénaires à disparaître, ce changement-là se produit en temps réel.

Sources : geneve.ch | fr.ambath.info

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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