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- Solvants, acides... les étonnants chiffres de l’impact des drogues sur l’environnement
L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives s’est penché sur l’angle, peu exploré jusqu’ici, des conséquences environnementales globales de la fabrication de stupéfiants comme la MDMA ou les amphétamines. Un sujet qui se pose avec d’autant plus d’acuité que les laboratoires clandestins se multiplient en Europe.
Aurélien Poivret - Aujourd'hui à 07:00 - Temps de lecture :
Il y a les victimes de règlements de comptes sur les points de deal, les overdoses et tous les habitants de quartiers dont la vie est pourrie par le deal, mais le trafic de stupéfiants, ce sont aussi des dégâts sur l’environnement. Surtout quand il s’agit de drogues de synthèse - MDMA, GHB, amphétamines, kétamine ou cocaïne par exemple. Quelle est leur ampleur ? Impossible à dire à l’heure actuelle, tant les données manquent. Mais une étude inédite de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), compilant les données scientifiques sur le sujet et publiée ce lundi, fait état d’un panorama peu rassurant, chiffres à l’appui.
Premier constat : « La production clandestine de drogues de synthèse génère 5 à 30 fois leur volume en déchets chimiques. » Par exemple, fabriquer un kilo d’amphétamines, c’est rejeter entre 20 et 30 kg de substances chimiques comme des solvants, des acides ou des produits de réaction - le chiffre monte à 58 kg pour la MDMA selon un rapport européen. Des rejets bien évidemment non contrôlés, car issus de laboratoires illégaux clandestins - de plus en plus souvent présents en Europe, y compris en France - qui abandonnent derrière eux des fûts « dans des forêts, des fossés ou des zones rurales, sources de contaminations durables des sols et des eaux souterraines ».
Résultat, pas moins de 1 631 incidents de pollution liés à ces laboratoires de production de drogues de synthèse qui ont été recensés entre 2016 et 2020 aux Pays-Bas - l’un des seuls pays d’Europe, avec la Belgique, à avoir étudié en profondeur l’impact environnemental de ces installations. Et cela a un coût pour la collectivité : près de 16 000 euros par site à démanteler et nettoyer, relève l’OFDT.
« L’ampleur des dégradations peut être considérable »
En fin de course, c’est dans les eaux (courante, de baignade ou celle dans laquelle sont élevés poissons et fruits de mer) que se déversent tous ces produits toxiques. À tel point que l’analyse des eaux usées est devenue un marqueur fiable de la présence de drogue sur un territoire. Et ce n’est pas sans conséquences, car « l’ampleur des dégradations peut être considérable », explique l’étude de l’OFDT, qui donne l’exemple d’une petite station d’épuration néerlandaise où il a fallu, en 2016, « réintroduire 40 % du volume total de boue » de nettoyage de l’eau pour éliminer une « acidification importante » provoquée par « le déversement de déchets issus de la synthèse d’amphétamines ». Dans ce type d’installation, quelques dizaines de kilos à peine de cette drogue peuvent provoquer un dysfonctionnement majeur. Et aux États-Unis, le nombre d’habitations contaminées par la méthamphétamine « au-delà des normes sanitaires moyennes » est estimé à… « 5 millions ». Soit 4 % du parc total de logements.
Certes, l’impact environnemental des drogues de synthèse pâtit encore d’« incertitudes critiques », notamment sur les questions de biodiversité ou des effets sur la santé humaine d’une exposition prolongée à ces produits. Il n’est pas non plus la priorité des pouvoirs publics en matière de narcotrafic, qui y voient avant tout un sujet d’ordre, de sécurité et de santé publics. Mais avec la multiplication d’ateliers de production clandestins, cet aspect du problème ne peut plus être occulté. « La fabrication illicite de drogues en laboratoire est en augmentation en Europe et constitue désormais un facteur avéré de dégradation environnementale », prévient l’OFDT.


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