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Comment enrayer la forte mortalité infantile en France ? Discrètement publié en ce début août, un rapport officiel avance quelques pistes, sans juger forcément pertinente la poursuite d’une politique de fermeture des petites maternités. Décryptage de la situation avec un spécialiste.
Propos recueillis par Octave Odola - Aujourd'hui à 08:30 - Temps de lecture :
La France se classe en queue de peloton européen (23e sur 27) en matière de mortalité infantile avec 4 décès de bébés pour 1 000 naissances. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), rendu public par l’exécutif après huit mois de tergiversations, dresse une vingtaine de recommandations pour endiguer ce problème de santé publique.
Le Professeur Olivier Morel, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) et chef du pôle gynécologie-obstétrique du CHU de Nancy déplore un manque de prise en compte dans le rapport “du déficit de ressources humaines” et alerte face à un système qui s’essouffle.
« Le système de santé des maternités françaises est en déliquescence totale. Une étude parue cette année montre qu’il manquait déjà près de 1 000 gynécologues-obstétriciens à temps plein dans les maternités en 2021 pour qu’elles puissent fonctionner normalement. Environ 70 % d’entre elles ne disposent pas des effectifs minimaux nécessaires pour assurer la permanence des soins en toute sécurité ; pour les petites maternités (type 1), ça monte à 90 %. »
« Il n’y a pas assez de professionnels pour faire fonctionner toutes les maternités »
Vous pointez l’absence de mise en avant du déficit de ressources humaines dans le rapport de l’Igas. Que faut-il mettre en place pour améliorer la situation ?« Le nombre de professionnels augmente parmi les gynécologues-obstétriciens et les sages-femmes formés en France. Mais l’Igas refuse de voir que les jeunes professionnels formés à ces métiers fuient les maternités pour exercer dans d’autres cadres. Les décrets régissant l’organisation des soins en maternité sont archaïques et doivent évoluer. Un exemple : dans les maternités de moins de 1 500 naissances (plus de 60 % des maternités françaises) il n’y a pas d’obligation d’avoir un obstétricien de garde dans l’établissement 24 heures sur 24. Il suffit qu’il soit d’astreinte, c’est-à-dire mobilisable, mais hors les murs.
Or, en cas d’urgence majeure et de césarienne en code rouge, par exemple, on doit agir dans les 15 minutes. Ce qui n’est pas possible lorsque le professionnel n’est pas sur place. Il est donc urgent de revoir ces décrets, ce que, d’ailleurs, préconise l’Igas. Mais cela engendrera forcément des besoins supplémentaires en effectifs. Or, il n’y a déjà pas assez de professionnels pour faire fonctionner toutes les maternités. Il faut donc regrouper nos forces au sein d’établissements offrant des conditions de travail attractives pour les professionnels et une garantie maximale de sécurité pour les mères et les enfants. Les deux sont indissociables. »
« Si vous interrogez les internes en gynécologie-obstétrique, les perspectives sont catastrophiques. Moins de 30 % d’entre eux souhaitent travailler en salle d’accouchement, car les conditions de travail y sont fortement dégradées. En raison des sous-effectifs, les gynécologues-obstétriciens travaillent souvent plus de 50 heures par semaine et assurent plus de 5 gardes par mois. Les jeunes ne veulent pas travailler dans ces conditions, incompatibles avec l’état de vigilance requis pour assurer les soins.
Ils ne veulent surtout pas travailler dans les petites maternités où, le plus souvent, l’organisation des soins ne garantit pas la sécurité. La Lorraine compte 18 maternités pour 16 000 naissances ; seulement trois établissements réalisent plus de 1 500 naissances. Les gynécologues formés en Lorraine sont regroupés essentiellement dans les trois plus grandes maternités de la zone et dans les établissements privés ; les autres maternités ont le plus souvent des équipes très instables, avec un recours important à l’intérim et à des recrutements de collègues qui n’ont pas reçu la même formation à l’étranger. »
«Depuis 2022, il existe un large consensus médical quant à la nécessité de regrouper les maternités. Malgré cela, on n’avance pas »
Il est donc nécessaire de fermer les plus petites maternités, malgré les réticences de la population ?« Quand il manque 1 000 gynécologues-obstétriciens à plein temps dans les maternités pour assurer la permanence des soins, le seul moyen d’assurer la sécurité des mères et des enfants, c’est de regrouper ses forces sur des plateaux d’accouchement où la sécurité est garantie. Les pays du nord de l’Europe comme la Finlande et la Suède, qui ont des taux de mortalité infantile deux fois plus faible qu’en France, ont regroupé leurs maternités depuis déjà longtemps. Non seulement la sécurité des femmes et des nouveau-nés est mieux assurée, mais les conditions de travail sont attractives et les jeunes s’orientent vers les métiers de la périnatalité. »
« Une mission sur la périnatalité a été lancée par le ministère en février, mais il n’y a pas eu de volonté de travailler avec les sociétés savantes et les professionnels de terrain. Il n’y a eu qu’une concertation de façade, ce qui a conduit le CNGOF et d’autres organisations à se retirer de ces travaux. On reste étonné par la défiance de l’État à l’égard de ces questions. Depuis 2022, il existe un large consensus médical quant à la nécessité de regrouper les maternités. Le Sénat et la Cour des comptes ont également publié des rapports qui rejoignent nos conclusions. Mais malgré cela, on n’avance pas. »


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