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Dans son discours devant les malades à Lourdes, le pape a mené une charge extrêmement lourde contre l’euthanasie, deux mois après l’adoption de la loi par le Parlement.
Charlotte Murat - Aujourd'hui à 18:39 | mis à jour aujourd'hui à 18:39 - Temps de lecture :
« Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort » : le pape Léon XIV a prononcé dimanche à Lourdes un véritable réquisitoire contre l’euthanasie, dans ce qui est apparu comme le discours le plus ferme depuis son arrivée en France. Le souverain pontife avait déjà évoqué plusieurs fois le respect de la vie et la dignité humaine ces derniers jours - notamment vendredi, lors de son discours à l’Élysée face à Emmanuel Macron, qui avait porté cette réforme. Cette fois, le message est plus offensif.
Aux malades auxquels il s’adressait, le souverain pontife a assuré : « Aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité. Au contraire, c’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée. »
« Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral », a affirmé le pape Léon XIV Photo Sipa /Gregorio BorgiaMise en œuvre de la loi attendue en 2027
« Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral », a martelé Léon XIV, en référence directe à la loi instaurant une aide à mourir, définitivement adoptée le 15 juillet au terme d’un très long parcours législatif. Elle donne le droit à des malades majeurs en fin de vie de demander une aide à mourir. Le texte privilégie le recours au suicide assisté. Cela signifie que le patient s’administre lui-même le produit létal, en présence d’un médecin ou d’un infirmier. Si le patient est dans l’incapacité physique de s’autoadministrer le produit, il reviendra au soignant de le faire. Cela devient alors une euthanasie.
La mise en œuvre de la loi est attendue pour 2027, le temps que la haute Autorité de Santé définisse les conditions de son application, comme la composition des substances létales ou les pratiques détaillant la prescription et l’administration des produits.
« J’appelle toute la communauté des soignants à se souvenir du sens profond de sa vocation : veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. […] Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée », a poursuivi le pape, réaffirmant au passage son opposition à l’IVG, dont le droit est inscrit dans la Constitution française depuis le 8 mars 2024. Léon XIV a en revanche plaidé pour développer « sans relâche » les soins palliatifs et la recherche médicale et « accompagner avec tendresse les malades ».
« Il n'y a aucune surprise »
« Le discours du pape était très offensif, mais il n’y a aucune surprise. C’est son rôle de rappeler la position de l’Église sur les sujets de société. Cependant, il se place du point de vue de la moralité. Dans la République française, nous nous plaçons du point de vue de la justice et de l’injustice », réagit Jonathan Denis, président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité, qui milite pour le droit à mourir.
« Est-ce qu’il est juste que des personnes doivent partir en Suisse ou en Belgique pour être accompagnées dans leurs derniers instants parce qu’elles souffrent ? Est-ce qu’il est juste ou injuste qu’il y ait des euthanasies clandestines qui se pratiquent en France ? La loi s’est battue pour rendre juste ce qui ne l‘était pas. Ce qui me gêne, ce n’est pas l’avis du pape. C’est l’avis de Philippe de Villiers, c’est l’avis de Jordan Bardella, c’est l’avis de Bruno Retailleau qui disent la même chose dans le champ politique ». Signe que le sujet fait encore débat.


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