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Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux, décrypte la mobilisation des lycéens à l’aune des précédents mouvements.
Propos recueillis par Charlotte Murat - Aujourd'hui à 06:08 | mis à jour aujourd'hui à 06:47 - Temps de lecture :
« Il rappelle les mouvements de 1990 et de 1998 par plusieurs aspects, à commencer par la grande diversité des revendications et leur contenu. Les lycéens évoquaient déjà la question des moyens, des remplacements de professeurs, des classes surchargées, des locaux dégradés. Cela montre d’ailleurs que le mouvement actuel est né de difficultés qui ne cessent de s’accumuler depuis trente ans et que l’on est bien face à des problèmes structurels. On pourrait également s’acheminer vers un scénario comme en 2006 contre le CPE, lorsque les organisations syndicales de salariés s’étaient greffées au mouvement des lycéens et des étudiants et avaient elles-mêmes appelé à des journées d’action. »
« La société de 2026 n’est pas la même que celle de 1968 »
Mai-68 reste la référence absolue des manifestants. Peut-on imaginer que le mouvement s’étende à toute la société comme il y a cinquante-huit ans ou prenne une tournure semblable aux gilets jaunes ?« Il est normal que Mai-68 soit une référence. Comme le Front populaire de 1936, c’est une date légendaire pour les mouvements sociaux. Sauf que la société de 2026 n’est pas la même que celle de 1968. On s’acheminait alors vers la fin des Trente Glorieuses, la massification des études supérieures s’engageait, mais n’avait rien à voir avec aujourd’hui et le pouvoir gaulliste apparaissait campé sur sa rigidité face aux changements sociétaux. Mai-68 a également touché le monde du travail, avec au moins sept millions de grévistes, ce qui était du jamais-vu. On est encore loin de ce stade. Quant aux gilets jaunes, j’aurais dû compter le nombre de fois où on a annoncé leur résurgence. Il y a cependant un point commun avec eux, c’est le côté spontané et l’auto-organisation permise par les réseaux sociaux, qui facilitent également la construction d’un contre-récit au récit dominant. »
« Il est normal que Mai-68 soit une référence, mais la société n’était pas le même », estime Stéphane Sirot. Photo Sipa /Gerard Bottino
« À partir des années 2000, les fins de manifestations ont été marquées par des affrontements avec les forces de l’ordre. Mais la réponse de l’État n’était pas la même.
« On observe un durcissement des doctrines de maintien de l’ordre »
Depuis une dizaine d’années, on observe un durcissement des doctrines de maintien de l’ordre. Quand la police dispose d’armements quasi de guerre, cela participe à la violence des mouvements sociaux, car la violence appelle la violence. Avant 2018 et le mouvement des gilets jaunes, il n’y avait pas de manifestants éborgnés, de mains arrachées. C’étaient des choses inimaginables. Que les organisations syndicales mettent leur service d’ordre au service des jeunes et que des parents se mobilisent pour les protéger comme on l’a vu mardi, c’est d’ailleurs inédit et cela en dit long sur les craintes qu’il peut y avoir vis-à-vis de la force publique. »
« Comment un gouvernement, dont on sait qu’il ne sera plus là dans sept mois, pourrait apporter des réponses structurelles à un problème de fond ? C’est pour cela qu’il n’apporte que des réponses minimalistes, au coup par coup, qui paraissent très insatisfaisantes aux yeux de ceux qui sont mobilisés. Il donne aussi l’impression de vouloir réactiver la vieille recette des gilets jaunes, avec l’organisation de débats qui n’avaient débouché sur rien. Je pense aussi que la date de vendredi [prochain, le 16 octobre, NDLR], début des vacances, est dans tous les esprits. Parce qu’une interruption de quinze jours peut être fatale à une mobilisation.»


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