Sélection, manque de transparence, anxiété… La plateforme d’orientation post-bac est au cœur des revendications des lycéens et des étudiants.

Delphine Bancaud - Aujourd'hui à 06:18 | mis à jour aujourd'hui à 08:40 - Temps de lecture :

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« Nos rêves ne rentrent pas dans une case de Parcoursup », « Le tri sélectif c’est pour les déchets, pas pour les élèves », « La jeunesse emmerde Parcoursup ». Lors des manifestations des lycéens et des étudiants de mardi, de nombreuses pancartes visaient la plateforme d’orientation post-bac. Parmi les revendications communes de la Fage, de l’Union étudiante, de l’Unef, de Solidaires étudiant·es et de l’Union syndicale lycéenne (USL) figure notamment « la fin de la sélection via Parcoursup ». D’autres mouvements, comme Les Lycéens !, réclament pour leur part une réforme en profondeur de la plateforme.

Des doléances qui n’ont pas surpris Alban Mizzi, sociologue et auteur de Parcoursup, la grande épreuve (Ed.Le Bord de l'eau) : « La plateforme entraîne une concurrence explicite et généralisée qui les angoisse ». Depuis sa création en 2018, Parcoursup a pourtant régulièrement évolué, notamment sur le plan technique, mais aussi afin de fournir davantage d’informations aux candidats sur les formations ou de leur apporter des réponses plus tôt. Et selon le ministère de l’Enseignement supérieur, 94 % pour les néo-bacheliers inscrits sur Parcoursup en 2025 ont reçu au moins une proposition et 81 % en ont accepté une.

Il n’en reste pas moins qu’elle ne permet pas à tous les candidats de trouver une place dans l’Enseignement supérieur. En juillet, environ 130 000 candidats n’avaient encore reçu aucune proposition à l’issue de la phase principale. La phase complémentaire étant toujours en cours, on ne sait pas encore combien se trouveront sans solution. Par ailleurs, certains candidats qui ont accepté une proposition, l’ont parfois fait par défaut. « Certains se sont précipités pour accepter une place, de peur d’être refusés partout », a constaté Alban Mizzi dans ses travaux.

Des pistes pour améliorer la plateforme

D’autres critiques sur Parcoursup sont récurrentes : « La procédure paraît trop longue et opaque », souligne Alban Mizzi. Les algorithmes utilisés par chaque formation pour classer les dossiers des candidats (appelés algorithmes locaux) sont accusés de manquer de transparence. « Les lycéens ne disposent pas des critères utilisés, ce qui les empêche de savoir pourquoi ils ont été refusés », précise le sociologue. Ce qu’a reconnu le Premier ministre Sébastien Lecornu, dans une lettre adressée dimanche à plusieurs de ses ministres pour calmer la colère des lycéens : « Chaque candidat doit comprendre les critères retenus par les formations, leur importance respective, la place des notes et des spécialités, ainsi que le rôle des outils utilisés pour examiner et classer les dossiers. La transparence doit aussi permettre de comprendre la réponse reçue et les possibilités qui restent ouvertes ».

Mais pas question pour l’heure de supprimer la plateforme, comme le demandent certains manifestants ou comme le promettent des candidats à la présidentielle, comme Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin ou Dominique de Villepin. Demander la fin de Parcoursup est d’une « immense démagogie », a estimé mercredi sur BFMTV le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste. Et de rappeler qu’auparavant, c’était la plateforme Admission post-bac (APB) qui permettait l’inscription dans l’Enseignement supérieur. Avec des déçus en cascade, car quand il n’y avait pas assez de places, elle procédait par tirage au sort. Par ailleurs, si la plateforme était supprimée et remplacée par un autre système, cela ne résoudrait pas tous les problèmes. Comme le manque de places dans les universités, notamment dans les filières très demandées : licence de droit, psychologie, économie et gestion, Staps, ou encore Pass.

Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, estime que l’idée de supprimer Parcoursup « est d’une immense démagogie ». Photo Sipa /Gerard Bottino

Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, estime que l’idée de supprimer Parcoursup « est d’une immense démagogie ». Photo Sipa /Gerard Bottino

« On a brassé du vent pendant une heure »

Ce mercredi, Philippe Baptiste a reçu les organisations étudiantes pour commencer à discuter de Parcoursup, promettant de changer « tout ce qu’on peut corriger ». Un échec. « On a brassé du vent pendant une heure. Le ministre n’a retenu aucune proposition », a déclaré Clara Privé, porte-parole de l’Unef. Dans une mission flash publiée en février dernier, deux députés suggéraient des pistes d’amélioration pour Parcoursup : la publication par les formations de leurs algorithmes locaux servant à effectuer les préclassements, la suppression de la mention du lycée d’origine dans les dossiers transmis aux formations… Des idées qui pourraient inspirer les ministres chargés de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur qui se sont engagés à présenter, avant la fin octobre, des mesures destinées à améliorer le fonctionnement de Parcoursup.

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