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La superstar loucherait sur une illustre bâtisse conçue par Jean Prouvé, l’un des designers les plus cotés à titre post-mortem, en France. Explications.

Gilbert Flores / WWD via Getty Images
Rihanna, ici au mois de février 2026, à New York.
Vous rêvez d’acquérir une belle bâtisse nichée au cœur des verdoyantes vallées vosgiennes ? Oubliez l’illustre maison du docteur Gauthier. D’après l’annonce du bien sur le site de l’agence immobilière Place Privée, celle-ci vient d’être vendue, ce lundi 30 mars. À qui ? Mystère, mais le nom de Rihanna circule.
Il y a quelques jours, la superstar de la musique a été aperçue sur le quai de la gare d’Épinal, commune située à moins de 40 kilomètres à vol d’oiseau de Saint-Dié-des-Vosges, où se trouve ladite demeure. Les raisons de sa présence, qu’un programmateur de la société Omega Spectacles a immortalisée, demeurent un mystère.
Mais l’édile de la préfecture des Vosges tient une hypothèse. « D’après ce que j’ai entendu et lu, elle serait intéressée par une belle villa, une maison d’architecte réalisé par un élève de Jean Prouvé dans le style des années 1950, sur les hauteurs d’Épinal », a témoigné Benoît Jourdain dans Le Parisien.
Classé au titre des monuments historiques, l’édifice « d’inspiration californienne », selon le quotidien, daterait en réalité de 1962, d’après l’annonce, toujours en ligne à ce jour. D’une surface habitable de 270 mètres carrés, celui-ci surplombe le paysage, auquel il se relie de par son architecture extérieure sobre en béton recouverte de végétation.
Les photos laissent à voir un intérieur spacieux et lumineux. Les plafonds sont en bois. Les sols, en tomette. À l’étage, l’imposant salon offre une vue impressionnante sur les alentours, tandis que le sous-sol comprend, lui, trois chambres, une salle d’eau, un débarras, une cave, une chaufferie, un atelier et un garage.
Les Vosges ont la cote, Jean Prouvé aussi
De quoi faire rêver Riri, son mari et leurs trois petits ? Il y a de quoi en tout cas. Non seulement la région a le vent en poupe chez les touristes (ce qui n’est toutefois pas sans conséquences dans l’accès au logement pour les habitants du coin, notamment à Gérardmer). Mais surtout : le constructeur, aujourd’hui décédé, est l’un des plus cotés en France.
Jean Prouvé, qui a élaboré cette maison avec les architectes Hélène Baumann et Edmond Remondino pour sa fille Françoise, son mari (le fameux docteur Pierre Gauthier) et leurs quatre enfants, n’est pourtant pas l’un des noms les plus identifiés dans le grand public.
Originaire du 14e arrondissement de Paris, où il est né en 1901, il est le fils d’une famille d’artistes nancéens : le sculpteur Victor Prouvé et la pianiste Marie Duhamel. Son parrain, le maître verrier Émile Gallé, a fondé l’École de Nancy, fer de lance de l’Art Nouveau en France. Le credo ? Associer l’art à l’industrie. « Il est avilissant pour un créateur de copier. Il faut toujours créer, et créer en fonction des moyens de son époque. Ne jamais regarder en arrière », racontait le digne héritier de cette doctrine en 1984, à l’antenne de FR3. Lui, c’est en 1924 qu’il part s’installer dans la ville natale de ses parents, Nancy.
Jean Prouvé dans la Résistance
Sur place, Jean Prouvé ne s’est pas tout de suite consacré à l’architecture. Après son service militaire, le passionné de métal y a d’abord inauguré un atelier de ferronnier d’art, dont les premiers travaux ont été réalisés pour l’hôtel Thiers et des devantures de magasins, y compris à Paris.
Mais une autre envie est petit à petit apparue chez lui, celle de construire, comme le raconte ce court documentaire sur lui signé France TV. « Passionné de mécanique et d’aviation, j’ai pensé qu’il était nécessaire d’harmoniser l’architecture à toutes ces productions scientifiques », expliquait-il, dans ce même document d’archive de FR3.
À l’image de la « chaise inclinable », qu’il a présentée lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels de 1925, Jean Prouvé s’est distingué dans la fabrication de meubles en tôle d’acier pliée. Une aventure qui l’a fait côtoyer plusieurs des designers montants de l’époque, dont Charlotte Perriand et Le Corbusier.
En 1929, il fonde en leur compagnie l’Union des artistes modernes, un mouvement avant-garde visant à défendre, là encore, les liens entre l’art et la production industrielle. Pour Jean Prouvé, qui venait de créer sa société, les commandes s’envolent, dont celles pour sa désormais emblématique chaise « Standard ».
Mais la Seconde Guerre mondiale met les projets, dont ses prémices architecturales, sur pause. Contrairement à certains de ses confrères (comme Le Corbusier), Jean Prouvé se range du côté des résistants, et met des bâtons dans les roues des nazis, désireux de se servir de certaines de ses machines qu’il aurait sciemment déboulonnées.
L’œuvre de Jean Prouvé réévaluée
Ses convictions font de lui une figure à Nancy, dont il devient le maire au sortir du conflit. À cette époque, il entreprend de grands desseins d’urbanisme dans l’urgence. Parmi eux, un projet de construction sans précédent de plus d’un million et demi de maisons préfabriquées pour réhabiliter les zones bombardées.
À mi-chemin entre l’habitat industriel et social, il prolonge l’effort en 1954 en répondant à un appel lancé par l’Abbé Pierre face à la vague de froid que connaît la France. L'architecte imagine alors un prototype de logement bon marché, composé de deux chambres, un salon, une cuisine, et une salle d’eau.
Baptisé « Maison des jours meilleurs », un prototype est monté en seulement quelques heures sur le pont Alexandre III à Paris, mais n’obtient pas le feu vert nécessaire, malgré son très faible coût et l’opinion publique favorable.
Un échec, qui n’en a jamais vraiment été un. Pendant les décennies suivantes, Jean Prouvé n’a cessé d’expérimenter. Enseignant au Conservatoire national des arts et métiers, il a aussi transmis son savoir et sa doctrine sociale au plus grand nombre, comme en parrainant l’École nationale supérieure de création industrielle.
Lui, qui n’a jamais eu très bonne presse de son vivant malgré son esprit progressiste, a vu son œuvre être réévaluée à sa mort en 1984. Ses meubles et créations sont exposés dans les plus grands musées. Ses constructions, pourtant pensées dans des matériaux abordables, séduisent les plus grosses fortunes. Dont Rihanna ?


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