Ni champignon, ni pollution, ni vieillissement du patrimoine arboré : si Séoul arrache une partie de ses ginkgos, c’est à cause de leur fruit. Un relevé de l’association KFEM, établi sur les plans des 25 arrondissements de la capitale sud-coréenne, compte au moins 792 ginkgos retirés en 2026. Le responsable tient dans une pulpe qui, une fois écrasée sur le trottoir, dégage l’odeur du beurre rance.
Le ginkgo est pourtant l’arbre officiel de la ville depuis 1971.
À retenir
- Seuls les ginkgos femelles produisent les fruits à l’origine de l’odeur.
- Un test ADN mis au point en 2011 permet d’identifier le sexe des arbres.
- Songpa ramasse environ 6 tonnes de fruits par jour pendant la saison.
- Au moins 792 ginkgos ont été retirés en 2026, soit moins de 1 % du parc.
Sommaire
Presque un arbre de rue sur trois
Fin 2025, la ville de Séoul recensait 287 684 arbres d’alignement. Parmi eux, 83 673 sont des ginkgos, soit 29,1 % du total, un peu plus que le nombre d’habitants de La Rochelle. L’espèce a de solides arguments : elle résiste bien aux maladies et retient les particules fines, deux qualités précieuses pour des arbres plantés au bord de la chaussée. Cinquante-cinq ans après son adoption comme arbre officiel, le ginkgo domine toujours le paysage des rues.
Le fruit change la donne, et seul l’arbre femelle en produit. Or un ginkgo ne révèle souvent son sexe que tardivement, ce qui donne tout son intérêt au test ADN de sexage mis au point en 2011 par l’Institut national des sciences forestières. Fin 2025, la ville comptait 15 359 ginkgos femelles, soit 5,3 % des arbres d’alignement, environ 1 sur 19.
Le test rend possible un tri : repérer les femelles parmi les arbres déjà plantés, puis les remplacer par des mâles de la même espèce. Ces derniers gardent le feuillage doré de l’automne et la robustesse de l’espèce, mais ne portent aucun fruit.
À Songpa, 6 tonnes de fruits par jour
À Songpa, on ramasse environ 6 tonnes de fruits par jour.
L’arrondissement compte 9 490 ginkgos, dont 1 313 femelles, soit à peu près 1 sur 7. Ces 1 313 arbres suffisent à remplir environ 600 sacs de 10 kg chaque jour de ramassage. Sur une saison, le total dépasse 100 tonnes, ce qui représente au moins 76 kg de fruits par femelle en moyenne (un calcul simple à partir de ces chiffres).
Dix-sept jours de ramassage sont programmés à l’automne 2026. Multipliés par 6 tonnes, ils donnent 102 tonnes, un chiffre cohérent avec le bilan de plus de 100 tonnes par saison. Mis en sacs de 10 kg, cela fait plus de 10 000 sacs à manipuler. Six tonnes, c’est aussi à peu près le poids d’un grand éléphant d’Afrique, ramassé chaque jour dans un seul arrondissement.
Songpa regroupe à lui seul 1 313 femelles, soit environ 8,5 % des 15 359 de la ville, alors qu’il n’est qu’un des 25 arrondissements. Les 6 tonnes quotidiennes représentent en moyenne 4,6 kg de fruits par femelle et par journée de ramassage. Le ratio y est pourtant plus bas qu’à l’échelle de la ville : 1 313 femelles sur 9 490 ginkgos, soit environ 14 %, contre environ 18 % pour l’ensemble de Séoul.
L’odeur obéit à une chimie précise : la chair du fruit, la sarcotesta, contient de l’acide butyrique, molécule associée au beurre rance. Elle se libère surtout quand les fruits tombent, pourrissent et s’écrasent sur les trottoirs, qu’ils salissent au passage.
Un éditorial du Korea Herald comparait cette odeur à celle du vomi. Quiconque a rapporté un fruit écrasé sous sa semelle, à Séoul ou sous un ginkgo de nos villes, sait combien elle s’accroche. Le contraste est rude pour un arbre dont les feuilles virent à un jaune d’or vif chaque automne.
792 ginkgos en moins, une association en désaccord
L’information est sortie en juillet 2026 dans la presse sud-coréenne, avant d’être reprise début octobre avec les chiffres complets du parc d’arbres de la ville. Elle arrive au moment où les arrondissements préparent leurs ramassages d’automne.
Le relevé de l’association KFEM, établi à partir des plans des 25 arrondissements, recense au moins 792 ginkgos retirés en 2026. Yongsan arrive en tête avec 254 arbres, suivi de Dobong (87), puis de Guro et Yeongdeungpo (71 chacun). Gwangjin choisit une autre voie : 115 femelles y seront remplacées par des mâles. À eux cinq, ces arrondissements totalisent 598 arbres, soit environ les trois quarts du total.
Les 194 autres relèvent d’autres arrondissements.
Tous ne sont pas des femelles : certains arrondissements ne remplacent pas un sexe par l’autre mais changent carrément d’essence. Le chiffre de 792 est de plus un minimum, tiré des plans, et ne constitue pas un décompte d’arbres abattus.
Face à ces projets, l’association KFEM conteste les abattages et les ramène aux « plaintes de quelques voix fortes ». Sa position oppose deux lectures de la rue. D’un côté, une espèce appréciée pour sa résistance aux maladies et sa capacité à retenir les particules fines ; de l’autre, une nuisance qui revient chaque automne avec la chute des fruits.
Pour qui compte visiter Séoul à cette saison, la lecture est simple : les rues bordées de mâles offrent le jaune sans l’odeur, alors que celles où dominent les femelles se reconnaissent aux fruits écrasés au sol. Les ramassages comme ceux de Songpa, 17 jours cet automne, limitent la gêne sans la supprimer. Les riverains, eux, connaissent deux scénarios : subir le ramassage chaque automne, ou voir l’arbre remplacé. Les arrondissements n’ont pas tous tranché de la même façon, de Gwangjin, qui échange 115 femelles contre des mâles, à Yongsan, qui en retire 254.
À l’échelle du parc, le chiffre reste modeste : 792 arbres, c’est moins de 1 % des 83 673 ginkgos recensés fin 2025. Et à Gwangjin, grâce au test ADN de 2011, c’est le sexe de 115 arbres qui change, pas l’espèce qui disparaît.
Sources : naturewalk.yale.edu | koreaherald.com | en.sedaily.com


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