Le bilan devrait s'élever à des dizaines de millions d'euros : des pirates informatiques se sont attaqués dans la nuit aux installations frigorifiques de nombreux supermarchés français, forçant leurs gérants à détruire des produits frais et surgelés.

Léa Guyot avec AFP - Aujourd'hui à 12:43 | mis à jour aujourd'hui à 14:29 - Temps de lecture :

Les pirates ont activé une fonction dégivrage pour réchauffer de manière prolongée les produits frais et surgelés. Photo Sipa/Seba Les pirates ont activé une fonction dégivrage pour réchauffer de manière prolongée les produits frais et surgelés. Photo Sipa/Seba

C'est une cyberattaque inédite que viennent de subir les enseignes françaises de la grande distribution. Comme le révèle BFMTV, les installations frigorifiques de nombreux supermarchés ont été ciblées par des pirates dans la nuit de dimanche à lundi. 150 à 200 magasins Intermarché et moins d'une centaine de points de vente de Coopérative U sont notamment touchées. C'est aussi le cas d'établissements d'E.Leclerc selon BFMTV, et des magasins Carrefour Market et Monoprix, d'après le site spécialisé Je bosse en grande distribution. 

Selon BFMTV, des pirates auraient réussi à contrôler à distance les réfrigérateurs connectés de magasins de distribution alimentaire. Ces derniers seraient dotés d'anciennes versions du logiciel de régulation frigorifique Danfoss, qui dispose d'un programme de dégivrage. Les pirates auraient détourné cette fonctionnalité et fait monter la température jusqu'à 50°C pendant une durée prolongée, ce qui aurait réchauffé les produits alimentaires frais et surgelés.

Les dégâts s'annoncent considérables

Deux supermarchés sont par exemple touchés à Haguenau (Bas-Rhin). C'est aussi le cas d'un E.Leclerc à Cernay (Haut-Rhin), selon Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Antoine Bresson, à la tête d'une douzaine de magasins de la grande distribution implantés en région parisienne, fait également partie des concernés. Un de ses Super U (à Montgeron) et deux de ses Monoprix (à Paris et au Perreux-sur-Marne) ont été touchés. Ses équipes ont reçu une alerte « aux alentours de trois heures du matin », raconte-t-il aux journaux du groupe EBRA.

« Ils [les pirates, NDLR] ont poussé à pleins feux les dégivrages », ce qui a contraint ses équipes à fermer temporairement ses magasins, le temps de jeter les produits à risque sous constat d'huissier. Il chiffre le préjudice « au doigt mouillé » à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Intermarché déplore le « gaspillage alimentaire » et la « perte » financière entraînée par cette attaque. « L'un des points durs » aura trait aux assurances qui ne « couvrent pas ce type » d'incident en magasin, observe l'enseigne.

On ne connaît pas encore le nombre exact de magasins affectés en France, mais les dégâts s'annoncent considérables. Il faut en effet « jeter l’ensemble des produits », affectés, souligne Intermarché. Si les frigos de « quelques milliers de magasins » ont été attaqués, cela pourrait par ailleurs poser un problème d'approvisionnement, pointe Antoine Bresson. Il faudra « 4-5-6 jours pour remonter en charge », prévient-il.

Ce contenu est bloqué car vous n'avez pas accepté les cookies et autres traceurs.

En cliquant sur « J’accepte », les cookies et autres traceurs seront déposés et vous pourrez visualiser les contenus (plus d'informations).

En cliquant sur « J’accepte tous les cookies », vous autorisez des dépôts de cookies et autres traceurs pour le stockage de vos données sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.
Gérer mes choix

Twitter PlaceHolder

Une enquête ouverte

Pour le chef d’entreprise, cette cyberattaque « pose de vraies questions sur toute la domotique qui nous entoure ». Sur X, Dominique Schelcher, le patron de Coopérative U, évoque un acte « inacceptable ». « S’attaquer à des équipements essentiels à la conservation des produits frais et à l’approvisionnement alimentaire des Français est d’une extrême gravité et est inédit ». « Une enquête devra permettre de faire toute la lumière sur cette attaque », ajoute-t-il.

Le parquet de Paris a annoncé le lancement d'une enquête de sa propre initiative. Il a précisé qu'il y avait aussi eu des « départs de feu ». L’enquête, dirigée par la section anticybercriminalité et « confiée à l’Office anticybercriminalité (OFAC), doit permettre de recenser les victimes et d’établir le lien avec les dégâts rapportés par celles-ci ». 

Le ministère du Commerce a indiqué être « en lien avec les distributeurs », sans avoir à ce stade « d'informations supplémentaires ». Contactés, ni E.Leclerc, ni le groupement Les Mousquetaires, ni le groupe Casino ne nous ont répondu pour le moment. 

Articles les plus lusFaits-divers - Justice