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C’est vrai. Ça n’a pas de bon sens d’avoir 10 000 enseignants non qualifiés par année au Québec. Et il faut encore ajouter à ce chiffre les qualifiés qui ont droit à ce statut par le simple fait d’avoir entamé un programme de formation rapide. Ça fait du monde. Beaucoup trop de monde.
Depuis sept ans, ces statistiques parlent de moi. Je suis une « fausse prof déguisée en vraie ». Et j’ai envie de rappeler que nous ne sommes la cause de rien, mais bien la conséquence du grand tout. Il n’y a rien à réglementer de notre côté, mais il y a la maison qui brûle.
Je ris chaque fois que je lis cette blague : « Une tolérance d’engagement peut être renouvelée 10 ans avant qu’un enseignant ne soit contraint d’entamer une démarche qualifiante menant à l’obtention d’un brevet. »
Prenez une seconde pour y penser. C’est vraiment très drôle. On aura toléré mon inexpérience durant mes premières années d’embauche, mais on m’obligera à me former au bout de dix ans quand j’aurai survécu à la maison qui brûle en sauvant tous les enfants que j’aurai pu. À ce stade, ce ne sera pas une formation que je mériterai, ce sera un brevet ! Il sera temps de me reconnaître comme une vraie !
Au minimum, 20 % des jeunes enseignants quittent la profession au cours de leurs cinq premières années de pratique. Ce chiffre, je me l’explique aisément par ma connaissance du milieu.
Passe le temps que tu voudras à l’université à réfléchir aux pratiques pédagogiques les plus probantes, mets en place des situations d’apprentissage stimulantes, imagine-toi dans ta classe, habité par un désir de transmission qui t’emballe, entouré de tes élèves prêts à apprendre… Puis tombe dans la réalité du terrain. Galère au milieu des besoins toujours plus grands des enfants aux parcours divers qui composent des classes de plus en plus difficiles à gérer.
Il se peut que la réalité soit passablement loin du rêve. Il se peut que tu te retrouves en perte de sens. Il se peut que tu décides d’aller faire autre chose pour ne plus avoir à supporter cette boule au creux du ventre, ce sentiment d’incompétence qui s’installe quand on n’arrive pas à répondre aux besoins de tout le monde en même temps.
En ma qualité de fausse prof, j’enseigne là où c’est tough. J’enseigne en milieu d’immigration récente, classé au sommet des cotes de défavorisation. Il m’est souvent arrivé de penser que je ne voudrais pas que mes enfants soient dans mes classes. Pas par un sentiment d’incompétence, mais parce que, dans mes classes, les petits loulous qui vont bien comme les miens, je n’ai pas le temps de m’en occuper. Pas comme je le voudrais, en tout cas.
Je n’ai pas l’espace disponible pour donner vie à mes grands rêves pédagogiques. Je n’y arrive pas. Je suis trop occupée à éteindre des incendies.
La présence grandissante des enseignants non qualifiés dans nos écoles est comparable à l’augmentation spectaculaire des nids-de-poule sur nos routes. Elle n’est qu’une conséquence à une problématique bien plus large. Pourtant, on ne fait que colmater les brèches.
A-t-elle lieu quelque part, la grande réflexion qui nous permettrait de refaire de l’école un milieu plus attrayant pour ceux qui s’imaginent y faire leur vie ? Est-ce qu’on s’intéresse aux raisons réelles qui font que les enseignants désertent les milieux scolaires, à bout de force ?
Il est où, l’espoir d’une école attrayante qui ne sent pas la fumée partout ? Et d’ici là, combien de temps réussirons-nous à tenir la patente ensemble, à bout de force, enseignants qualifiés et non qualifiés dans un élan commun, tous investis d’une même mission : sauver les enfants de la maison qui brûle ?


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