Les chercheurs d’une récente étude affirment que l’apnée du sommeil réorganise l’horloge biologique du foie et donc, modifie les rythmes quotidiens de son activité métabolique. Selon les auteurs, ces résultats concernant un aspect méconnu de la maladie ouvrirait la voie vers une optimisation des traitements.
Des changements concernant l’activité métabolique hépatique du foie
Touchant environ un milliard de personnes dans le monde, l’apnée du sommeil est un trouble respiratoire nocturne se caractérisant par une répétition des pauses respiratoires, en raison d’un affaissement du pharynx. Plus précisément, il est ici question d’hypoxie intermittente, c’est à dire une alternance de périodes de manque d’oxygène (hypoxie) et de réoxygénation. Les symptômes sont les suivants : ronflements, micro-réveils et fatigue durant la journée. Sur le long terme, les individus ont davantage de risque de présenter de l’hypertension, du diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires (infarctus) et des accidents vasculaires cérébraux (AVC).
Dans le cadre d’une étude publiée dans la revue Science Advances le 25 février 2026, des chercheurs de l’Inserm et de l’Université Grenoble Alpes (France) ont focalisé leur attention sur le foie, qui n’est autre que l’organe central de la régulation énergétique. A l’aide d’un modèle murin (souris) d’hypoxie intermittente chronique, les auteurs ont analysé – sur l’ensemble du cycle jour/nuit – les effets du stress respiratoire induit par l’apnée du sommeil, sur l’organisme. Ces travaux ont combiné des approches transcriptomiques, métabolomiques et physiologiques afin de suivre les adaptations de l’activité métabolique hépatique, c’est à dire l’ensemble des fonctions vitales que le foie assure : la détoxification, la synthèse de protéines, le stockage de nutriments et la production de bile, entre autres.
Selon les résultats, l’hypoxie intermittente altère certains processus au niveau du foie, notamment le métabolisme du glucose et des lipides mais pas seulement. En effet, il est ici question d’une reprogrammation profonde de l’organisation circadienne du foie. Habituellement, 50% des métabolites hépatiques présentent un rythme sur 24 heures mais sous hypoxie intermittente, un tiers de ces derniers adoptent un nouveau rythme. Il s’agit donc d’une véritable reprogrammation temporelle de l’activité hépatique.
Crédit : Tommaso79 / iStock
Vers une meilleure prise en charge de l’apnée du sommeil
Comme l’indiquent les chercheurs, leurs travaux mettent en exergue une dimension qui jusqu’à aujourd’hui, était largement méconnue en ce qui concerne l’apnée du sommeil. Pour les auteurs, les résultats obtenus pourraient mener vers de nouvelles perspectives en termes de chronomédecine, une approche médicale dont le but est d’optimiser l’efficacité des traitements et de réduire leurs effets secondaires en les administrant à des moments précis de la journée, en accord avec l’horloge biologique (rythmes circadiens) des patients.
L’étude suggère que cette reprogrammation profonde de l’organisation circadienne du foie pourrait modifier la réponse de l’organisme à certains médicaments. Ceci pourrait concerner les substances agissant sur la glycémie et surtout le métabolisme lipidique, c’est à dire les processus biochimiques via lesquels l’organisme gère ses graisses afin de produire de l’énergie, constituer des membranes cellulaires ou stocker des réserves. Ainsi, l’efficacité de ces traitements pourrait varier selon le moment de la journée, avec des moments optimaux d’administration qui différeraient de ceux concernant les personnes non touchées par l’apnée du sommeil.
En somme, ces travaux prometteurs permettent de souligner l’importance de la dimension temporelle dans le cadre de la prise en charge de l’apnée du sommeil, en particulier chez les personnes suivant un traitement pour leur foie


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