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«Samuel Paty, Sanary-sur-Mer... En France, le prof a toujours tort»

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FIGAROVOX/HUMEUR - Les réactions suscitées après l’agression au couteau d’une enseignante par un élève à Sanary-sur-Mer (Var), comme les accusations de l’avocat Francis Vuillemin à l’encontre de Samuel Paty, laissent entendre que ces professeurs auraient un peu mérité leur sort, dénonce Ophélie Roque.

Une professeure «bienveillante » pour les uns ou « à l’ancienne » pour d’autres, entend-on à propos de la professeure poignardée à Sanary-sur-Mer.

« La décapitation de Samuel Paty est tellement horrible qu’elle écrase tout le dossier ». Et « Il y a un tabou, nous n’avons pas le droit de le dire, que [Samuel Paty] procédait à la discrimination des élèves musulmans», a de son côté déclaré Francis Vuillemin, qui défend le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui.

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Mais que se passe-t-il donc au sein des écoles de la République ? Quelle est cette petite mélodie qui, l’air de rien, monte en sourdine et s’infiltre - goutte à goutte - dans le débat public ?

Après le temps de la stupeur et de l’indignation, serait-ce celui des petits arrangements ?

En moins de quelques semaines, ces deux types de phrases émergent étrangement dans le discours, comme des immondices qui remonteraient du cloaque des égouts. Alors oui, décapiter ou poignarder un professeur ne sont en rien des gestes que l’on peut appeler «civils» mais (et le «mais», plus que jamais, est ici d’importance) malgré toute l’horreur du mal apparent, ces derniers ne l’avaient-ils pas, un peu - rien qu’un peu - cherché ?

Désormais tout est mis sur le même plan, un égorgement et un rappel à l’ordre, une éventration et un rapport d’incident. Tout est violence ! Songez à la douleur des agresseurs avant que de vous questionner sur le ressenti de la victime. Il est toujours plus facile de frapper quelqu’un que l’on n’estime plus être humain. Qu’est-ce qu’un Homme si ce n’est mon semblable ?

Et l’on se retrouve face à des discours hallucinants. Pourquoi signifier que la victime de Sanary-sur-Mer était «une professeure à l’ancienne» ? C’est-à-dire sévère, donc forcément peu à l’écoute des besoins profonds de ses élèves ? Cette précision reste sidérante en soi mais, au-delà de l’anecdotique, traduit surtout une méfiance ambiante, on se garde des professeurs comme l’on se défie des policiers. C’est qu’après tout il y en a des « mauvais ». Là où le bât blesse c’est que, quoique vous fassiez, vous êtes suspect. Enseignant strict, farouche défenseur de la laïcité et champion des valeurs communes à la République, vous sentez la vieille France, la personne arriérée, dépassée, qui confond les besoins primordiaux de l’enfant avec l’autoritarisme d’un camp militaire. Bref, vous êtes fautif. Si, à l’inverse, vous êtes laxiste, que vous ne parvenez pas à instaurer la discipline au sein de vos classes et que vous êtes trop coulant dans vos appréciations, vous participez passivement à l’effondrement de notre civilisation. Bref, vous êtes coupable.

On ira creuser votre passé, déterrer la faute. On interprétera vos propos et même vos silences seront scrutés. Passer la publicité

Le pauvre professeur se retrouve donc ici coincé dans un dilemme schizophrénique. D’un côté, on l’oblige à la bienveillance, à la fine compréhension des spécificités inhérentes à chaque enfant, à l’obligation de ne surtout pas heurter, à toujours être tout doux, tout coton… De l’autre, on lui enjoint de se montrer le ferme gardien des valeurs républicaines, de reprendre en main une jeunesse à la dérive, de rester ferme sur les acquis irremplaçables de la IIIe République. Il ne faut surtout pas démériter de cette grande époque, du temps où les écoles étaient construites en pierre et non pas en contreplaqué. C’est lui, le garant de l’institution, le Cerbère des routes possibles. Son rôle est grand, sa tâche est noble ! Irréprochable, il doit être.

Et comme ces deux injonctions se contrarient dans leur essence même ainsi que dans leurs principes, vous êtes certains de vous retrouver du mauvais côté de la barrière. «Ces profs, ça ne vaut pas grand-chose», «ce sont des fainéants qui ne savent rien faire d’autre que de mal enseigner»

Bref, vous vous retrouvez écartelé entre deux obligations et la machine folle, elle, a laissé aller ses chevaux. L’un tire à droite, l’autre à gauche et vous finissez écartelé en place publique. Devenu exemple pour le bien commun. La société autopsiera votre cadavre, êtes-vous un coupable de droite, un fautif de gauche ? Êtes-vous partisan de la guimauve ou adepte du fouet et du martinet ?

Et ne comptez pas trop sur les égards longtemps accordés aux victimes, ici personne ne viendra respecter votre indigne dépouille. On ira creuser votre passé, déterrer la faute. On interprétera vos propos et même vos silences seront scrutés. Un soupir peut-être compris hors contexte. Une remarque a priori bienveillante peut dissimuler un sous-texte, etc.

Soyez juste assuré d’une chose : la paix des braves n’est pas pour maintenant.

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