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Pendant des mois, Joris aurait subi des insultes racistes avant de mettre fin à ses jours.
« Sale bicot », « sale bougnoule » : ce sont les insultes que Joris a entendues lorsqu’il participait à des fêtes et à des rassemblements dans les environs de Châtonnay et de Saint-Jean-de-Bournay. D’après son avocate, Maître Élise Rey-Jacquot, ces propos n’auraient pas été prononcés qu’une seule fois. Le jeune homme a raconté à son père qu’ils revenaient régulièrement lorsqu’il sortait.
Le 13 juillet 2026, Joris, âgé de 21 ans, a mis fin à ses jours. Son corps a été retrouvé le lendemain à Châtonnay, avec une carabine à ses côtés. L’examen médico-légal a conclu à un suicide par arme à feu. Quatre jours plus tard, le 17 juillet, ses parents ont déposé plainte pour les insultes, les menaces et les humiliations que leur fils disait subir depuis 2024.
Deux enquêtes ouvertes par le parquet de Vienne
Une première enquête de flagrance a été ouverte pour déterminer précisément les causes de la mort. Une seconde procédure a été engagée après la plainte de la famille. Elle concerne des faits présumés de harcèlement moral, de menaces de mort répétées en raison de la race, de provocation au suicide, de bizutage et d’injures racistes.
Le parquet de Vienne a confié les investigations à la brigade de recherches de Vienne. Les enquêteurs devront vérifier les témoignages, rechercher d’éventuels messages et identifier les personnes qui auraient participé aux humiliations décrites par les proches de Joris.
La famille a également lancé un appel à témoins après le suicide de Joris. Elle souhaite notamment savoir ce qui s’est passé pendant la fête organisée le 30 juin à Saint-Jean-de-Bournay, moins de deux semaines avant sa mort.
« Il regrettait la couleur de peau qui était la sienne »
Selon Me Élise Rey-Jacquot, Joris s’était confié à plusieurs reprises à son père. Il lui aurait parlé de jeunes de la région qui se moquaient de ses origines algériennes pendant des fêtes de village et d’autres événements locaux.
« Il y avait en permanence des “sale bicot”, “sale bougnoule”, des propos rapportés constamment dès qu’il sortait à n’importe quel événement organisé dans le village », affirme l’avocate de la famille.
Ces mots ne sont pas un détail secondaire. Ils donnent la nature exacte du harcèlement dénoncé : Joris n’aurait pas simplement été victime de plaisanteries déplacées ou de disputes entre jeunes. D’après le récit transmis par son avocate, il aurait été directement attaqué sur ses origines et sa couleur de peau.
Maître Élise Rey-Jacquot affirme que cette situation avait profondément affecté le jeune homme.
« Il avait même pu avoir l’occasion de regretter la couleur de peau qui était la sienne », rapporte-t-elle.
Les proches de Joris devront désormais être entendus par les gendarmes. Leurs déclarations devront être confrontées à celles des témoins et des personnes susceptibles d’être mises en cause. À ce stade, les insultes sont rapportées par la famille et son avocate. Il appartient à l’enquête d’en déterminer les auteurs, la fréquence et les circonstances exactes.
Le tee-shirt « DZ Pagu » porté lors d’une fête
Un autre épisode aurait particulièrement blessé Joris. Pendant une fête de conscrits, des jeunes lui auraient demandé de porter un tee-shirt spécialement préparé pour lui. Dans son dos figurait l’inscription « DZ Pagu ».
Selon l’avocate, « DZ » faisait référence à l’Algérie et l’expression entière signifiait « l’Algérien paysan ». Présenté comme une plaisanterie par certains participants, ce tee-shirt aurait été vécu par Joris comme une nouvelle humiliation liée à ses origines.
La famille affirme que les moqueries étaient le fait de jeunes de Châtonnay et de Saint-Jean-de-Bournay, dont certains seraient membres du club de rugby local ou proches de son entourage. Aucun élément ne permet toutefois, en l’état, de mettre en cause le club en tant qu’institution.
Un ami décrit un jeune joyeux mais très réservé
Lucas, un proche de Joris, dit n’avoir jamais assisté personnellement aux insultes. Lorsqu’il retrouvait son ami, les deux jeunes passaient de bons moments. Joris ne parlait pas facilement de ses difficultés et semblait mettre ses problèmes de côté.
« Je veux que la justice soit faite pour mon Jojo. C’est inhumain ce qu’il s’est passé. Surtout des propos racistes », témoigne Lucas.
Il décrit son ami comme un garçon souriant, joyeux, mais aussi timide. Cette réserve pourrait expliquer pourquoi une partie de son entourage ignorait l’ampleur de ce qu’il disait subir.
Dans le village, plusieurs habitants ont également fait part de leur colère. Brigitte, une retraitée qui ne connaissait pas directement Joris, pense à ses parents et à son propre fils.
« Je ne trouve pas normal qu’à notre époque cela se passe comme cela. Je suis désolée pour les parents. J’ai un fils de 22 ans, cela aurait pu être lui. En 2026, cela suffit. »
Le maire refuse que le club de rugby soit accusé collectivement
Franck Pourrat, maire de Saint-Jean-de-Bournay, connaissait Joris et son père. L’élu dit attendre les résultats de l’enquête, mais refuse que l’ensemble du club de rugby soit désigné comme responsable en raison de la proximité supposée de certains jeunes avec cette structure.
« Contrairement à ce qui est dit, le club de rugby n’est pas en cause. C’est à la justice maintenant de dire quels sont les faits avérés de plaisanterie stupide, peut-être, de harcèlement aussi, de racisme », déclare-t-il.
Le maire indique que les images enregistrées lors de la fête du 30 juin sont en cours d’analyse. Elles pourraient permettre de savoir si Joris a été pris à partie, insulté ou humilié au cours de cette soirée.
La justice devra établir le lien entre les faits et le suicide
Les enquêteurs cherchent désormais des témoins présents lors des différentes fêtes de village fréquentées par Joris. Toute personne disposant d’informations sur les insultes, les menaces ou les humiliations qu’il aurait subies est invitée à se manifester auprès des autorités.
En cas de détresse ou de pensées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.


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