NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Faites défiler les portraits des Habsbourg d'Espagne, une dynastie régnant de 1516 à 1700 sur la monarchie espagnole, et vous observerez un trait familial assez déroutant: une mâchoire proéminente qui s'accentue au fur et à mesure que les générations se succèdent. Les experts appellent cette difformité «prognathisme mandibulaire» et elle semble particulièrement prononcée chez le dernier représentant, Charles II d'Espagne.
Dernier-né d'une lignée crépusculaire, Charles II d'Espagne fait peine à voir. On le surnomme «el Hechizado» –«l'Ensorcelé»– comme si une mauvaise fée s'était penchée sur son berceau pour l'encombrer de toutes les tares possibles et imaginables. «Petit et contrefait, d'une laideur affreuse, il a de gros yeux turquoise et des cheveux roux qu'il porte peignés en arrière ce qui fait ressortir ses oreilles décollées, observe un envoyé du pape en 1680. Il ne peut se tenir debout seul à moins de s'appuyer sur une table. Il a parfois des éclairs de lucidité, mais le plus souvent il est somnolent, lent et indécis.»
NEWSLETTER
Recevez le meilleur de Slate directement dans votre boîte mail.
Les chroniqueurs n'y vont pas de main morte, s'attardant sur ses lacunes de croissance: Charles II ne parlait pas avant l'âge de 4 ans, ne savait pas marcher avant 8. Il est chétif, «mélancolique», impuissant. Hypertrophiée, son encombrante mâchoire paralyse sa diction et sa langue énorme conduit à une abondante production de salive. Il peine même à avaler sa nourriture: «Il a un appétit vorace et avale tout ce qu'il mange d'un seul coup, car sa mâchoire inférieure est tellement proéminente que ses deux rangées de dents ne peuvent se rejoindre», rapporte un envoyé britannique en 1696.
Sa laideur impressionne: on évoque une emprise diabolique. On hésite même à l'exorciser. Précaution inutile, toutefois, car aucun mauvais sort n'est responsable de ses inaptitudes, qu'il doit à la remarquable tendance consanguine de ses ancêtres (ses propres parents étaient oncle et nièce). En 2019, des généticiens lui trouveront un coefficient de consanguinité de l'ordre de 0,25… soit autant que si ses géniteurs étaient frère et sœur.
Mauvais sangs
En effet, chez les Habsbourg d'Espagne, l'arbre généalogique ne ressemble pas vraiment à un arbre; c'est plutôt une plante grimpante dont les branches s'entremêlent de génération en génération. Tout avait pourtant bien commencé: sous le règne de Charles Quint, au début du XVIe siècle, la monarchie est la plus puissante du continent, renouant avec un rayonnement jamais vu depuis l'Empire romain. Son royaume s'étend d'Amérique du Sud aux Indes orientales en passant par la péninsule ibérique, l'Italie et les Pays-Bas.
Toutefois, pour maintenir un territoire aussi vaste sous l'emprise de la dynastie, il faut s'assurer des unions favorables entre les membres des familles princières en vue. Comment procéder sans diluer le noble sang des Habsbourg? En guerre contre la France, la dynastie refuse les unions francophiles ainsi que les mariages protestants, la monarchie espagnole étant exclusivement catholique. Résultat, on se marie généralement entre cousins. Charles Quint a épousé sa cousine germaine, inaugurant une mode qui allait, en deux siècles, dessécher sa lignée entière.
L'usage se perpétue aux règnes suivants. Philippe II, le fils de Charles Quint, épouse sa nièce, tandis que leur fils Philippe III se joint à une cousine au second degré. Au fil des années et des unions consanguines, la lignée s'étiole, rongée par les mélanges hasardeux. Mortalité infantile élevée, maladies mentales, stérilité et impuissance compromettent l'avenir de la lignée habsbourgeoise. Un contemporain italien qui rend visite à Charles Ier d'Espagne en 1517 lui trouve déjà «un visage long et cadavérique et une bouche de travers (qui s'entrouvre lorsqu'il baisse sa garde)».
Car la dégénérescence est également physique: sur les portraits royaux, une mâchoire de plus en plus saillante gâte le visage des souverains, qu'ils dissimulent tant bien que mal sous une barbe touffue (et que les peintres royaux, soucieux de ne pas froisser leurs mécènes, arrangent un peu). Au bout de cette misérable chaîne humaine, on trouve le faciès caricatural de Charles II d'Espagne, résultat malheureux de deux siècles de consanguinité. Vu l'état général du bonhomme, les ambitieux s'attendaient à une mort aussi précoce que foudroyante. Il demeurera pourtant sur le trône pendant trente-cinq ans.
Le 1er novembre 1700, après des semaines d'agonie, «l'Ensorcelé» rend son dernier souffle au palais de l'Alcázar de Madrid, vaincu par des hallucinations et des crises épileptiques à répétition. «Il avait le cœur de la taille d'un grain de poivre, les poumons rongés, les intestins pourris et gangreneux, un seul testicule, noir comme du charbon, et la tête pleine d'eau» aurait déclaré –sans doute exagérément– le médecin chargé de son autopsie. Incapable de produire une descendance malgré deux épouses, Charles II sera le dernier des Habsbourg: la dynastie cède aussitôt la couronne aux Bourbons, qui règnent sur l'Espagne depuis lors.





























.jpg)






French (CA)