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Les manifestations pour s’opposer à l’arrivée de migrants par la Manche survenues à Dover, puis à Portsmouth, marquent-elles une nouvelle phase de la mobilisation contre l’arrivée de migrants par la Manche? Beaucoup de commentateurs britanniques estiment que oui. Les plus alarmistes perçoivent même les prémisses d’une guerre civile.
Le samedi 5 septembre en avant-midi, plusieurs centaines d’hommes en vêtements et cagoules noirs sont descendus sur le port de Dover en scandant « Stop the boats ». Du faux sang a été versé au sol, accompagné de l’inscription « blood on your hands » (« du sang sur vos mains »), destinée aux autorités portuaires et au gouvernement. Il ne s’agissait pas d’une manifestation classique déclarée à la police, mais d’un coup d’éclat pour bloquer les voies d’accès au port, notamment en se positionnant physiquement sur les routes.
Les protestataires voulaient envoyer un message clair pour signifier leur opposition aux débarquements de migrants, qui sont régulièrement assistés par les canots de sauvetage de la Royal National Lifeboat Institution (RNLI). La protestation était organisée par le réseau Patriot Platform, fondé en juin 2026 par l’activiste Danny Tommo (un ancien garde du corps de Tommy Robinson, qui milite contre l’islamisation du pays).
La police a été prise de cours par la protestation, qui a causé plusieurs kilomètres de bouchons mais au final, il n’y a eu aucune arrestation et la protestation s’est déroulée de façon pacifique. C’était une action de pression politique pour montrer la capacité de bloquer un port stratégique, et qui avait comme objectif de forcer le gouvernement à réagir sur la question des embarcations de fortune transportant des migrants.
L’accueil de demandeurs d’asile arrivant par de petites embarcations sur la Manche, majoritairement de jeunes hommes en provenance d’Afrique et d’Asie (principalement : Érythrée, Soudan, Afghanistan, Somalie et Iran), demeure une question brûlante au Royaume-Uni. Plus de 33,000 migrants sont arrivés par bateau durant l’année se terminant en juin 2026. Des dizaines de milliers de personnes sont actuellement prises en charge par le système d’asile britannique, qui assure leur subsistance et leur hébergement dans des hôtels au coût journalier élevé pendant l’examen de leur demande – lire : aux frais des contribuables. Cette politique suscite de vifs débats, notamment en raison de son coût pour les finances publiques et de plusieurs infractions sexuelles et crimes violents impliquant des migrants récemment arrivés, largement médiatisés ces dernières années.
Le dimanche 6 septembre, quand Danny Tommo a appris qu’une embarcation de migrants se dirigeait vers Portsmouth, il a sommé ses partisans de se rendre sur place. Le canot pneumatique géant parti des côtes de Normandie transportait environ 130 personnes. Contrairement aux trajets habituels vers Dover, celui-ci avait suivi une route plus longue vers l’ouest, ce qui a conduit les autorités à faire débarquer les migrants à Eastney Landing (près de Portsmouth).
En soirée, plusieurs centaines de manifestants, pour beaucoup vêtus de noir et le visage masqué, se sont rassemblés pour bloquer les routes d’accès à la marina et empêcher les autocars de transporter les nouveaux arrivants vers un centre de traitement. La soeur de Rhiannon Whyte (tuée en 2024 par un migrant soudanais arrivé par bateau) s’est également jointe à la manifestation.
Danny Tommo a souligné en direct l’absence de police antiterroriste pour vérifier les antécédents des arrivants. Certains protestataires (dont Tommo) sont allés jusqu’à se tenir dans l’eau jusqu’à la taille pendant des heures dans le but d’empêcher les canots de la RNLI de débarquer les migrants.
Des habitants se sont également joints à la mobilisation, certains venant prêter main-forte aux manifestants, d’autres simplement pour leur témoigner leur soutien. Une résidente d’âge mûr (Joy, décrite comme la « Portsmouth grandma ») est arrivée en kayak pour leur apporter de l’eau et des recharges de téléphone cellulaire.
Dans la nuit, une confrontation avec la police anti-émeute a éclaté. La police a eu recours à des matraques et au gaz poivré pour disperser les protestataires. Des pierres et des briques ont été lancées contre les policiers, des véhicules de police et des garde-côtes. La police signale que plusieurs agents ont été légèrement blessés. Vers 2 heures du matin, la police a émis un ordre de dispersion (Section 14). Les manifestants se sont retirés, permettant aux autocars de partir sous escorte. Aucune arrestation n’a été signalée.
Dover et Portsmouth sont perçus comme une nouvelle étape parce qu’ils rompent avec le déroulement habituel des mobilisations : marches annoncées, rassemblements devant des hôtels avec discours. Ici, le but était de créer un problème concret aux autorités. En l’espace de vingt-quatre heures, la mobilisation a pris la forme du blocage opérationnel d’une infrastructure portuaire et d’une intervention directe face à l’arrivée de migrants, avec tentative d’empêcher leur transfert. Elle a également démontré la capacité d’un réseau organisé depuis seulement quelques mois à mobiliser rapidement ses militants au gré des événements.
Réactions politiques
Les manifestations ont été sévèrement critiquées à gauche, mais également du côté de la droite anti-establishment, par Nigel Farage, le chef de Reform UK, et Richard Tice, son numéro deux. Rupert Lowe, le leader de Restore Britain, a salué les « patriotes » mobilisés et dénoner une crise nationale dans laquelle l’État facilite l’entrée de migrants économiques. Ces réactions révèlent une fracture croissante au sein de la droite nationaliste.
Tandis que Farage condamne le port de cagoules, qu’il compare à l’attirail d’Antifa, Lowe répond que beaucoup les portent par crainte du doxxing ou de congédiements. Cette prudence n’est pas totalement irrationnelle : au Royaume-Uni, des citoyens ont déjà reçu des visites policières à domicile pour des propos non criminels tenus en ligne – y compris des critiques ou des blagues sur l’identité de genre. La droite se sent particulièrement ciblée.
Farage reproche aux Conservateurs leur bilan en matière d’immigration. Malgré un discours souvent ferme sur le sujet, le gouvernement Conservateur a supervisé une immigration massive. La « Boris Wave » (qui désigne l’explosion migratoire après la mise en place du système post-Brexit de Boris Johnson) représente environ deux millions d’arrivées. Pourtant, Farage a depuis 2024 accueilli une vingtaine de parlementaires Conservateurs, actuels ou anciens, au sein de Reform UK. Son discours parfois conciliant et le refus de tendre la main à certains patriotes jugés trop radicaux (notamment Tommy Robinson) alimentent ainsi la crainte qu’il reproduise, une fois au pouvoir, le manque de courage politique reproché aux Conservateurs.
Une partie de la droite nationaliste s’est dès lors tournée vers Rupert Lowe, ancien député de Reform UK expulsé du parti par Farage. Là où Farage semble encore soucieux de conquérir l’approbation et la respectabilité de l’establishment politico-médiatique, Lowe répond aux accusations de racisme par un simple « I don’t care ». Cette attitude rappelle celle qui a fait la force d’un Donald Trump : pour combattre l’establishment, il faut cesser de se soumettre à son cadre moral politiquement correct. Farage réserve désormais à Lowe et Restore Britain une forme de diabolisation comparable à celle dont il se plaint lorsqu’elle le vise.
Les derniers sondages agrégés placent Reform UK autour de 23% des intentions de vote, contre 20% pour les Conservateurs (qui représentent la droite de l’establishment). Restore Britain reste autour de 4%, mais le parti n’est pas systématiquement proposé dans les sondages nationaux. La droite britannique se retrouve ainsi fragmentée, ce qui réduit sa capacité électorale et peut induire un sentiment d’impuissance politique.
Dover et Portsmouth marquent un basculement : il ne s’agit plus seulement de manifester, mais de signifier que les opérations qui facilitent l’afflux migratoire peuvent désormais rencontrer une résistance concrète. Les mobilisations de la fin de semaine n’ont pas arrêté les bateaux, mais elles ont brisé la perception que la seule réponse patriotique consiste à attendre et à voter. Pour une partie du pays, l’attente en une solution par les urnes est désormais perçue comme une forme de capitulation.


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