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En 2018, Jeffrey Epstein racontait à Ariane de Rothschild une anecdote historique aussi troublante que méconnue.
Jeffrey Epstein raconte une histoire étonnante à Ariane de Rothschild
Le 31 décembre 2018, Jeffrey Epstein écrit à Ariane de Rothschild pour lui raconter une anecdote qu’il affirme avoir entendue lors d’un cours consacré à Hitler à Harvard.
Selon lui, alors que le futur dirigeant nazi vivait dans la misère à Vienne, il aurait trouvé refuge dans un établissement financé par trois familles : les Gutmann, les Epstein et les Rothschild.
Epstein assure que l’information est exacte. Son interlocutrice accueille cette histoire avec nettement moins d’enthousiasme.
Elle juge « assez pathétique » qu’une telle anecdote puisse servir à démontrer que la générosité n’est pas récompensée, ou alimenter une théorie du complot.
Le financier insiste : selon lui, l’histoire serait « vraie à 100 % ». Ariane de Rothschild précise alors que cette anecdote est régulièrement utilisée pour prétendre que les Rothschild auraient préparé ou soutenu les destructions commises par Hitler afin d’accroître leur pouvoir.
Un échange surprenant entre deux personnalités dont les relations ont fait l’objet de nombreuses interrogations dans les dossiers consacrés aux réseaux de Jeffrey Epstein.
Hitler à Vienne : un foyer financé par les Rothschild et les Gutmann
Revenons au début du XXe siècle. Avant les discours de Nuremberg, les rassemblements nazis et la Seconde Guerre mondiale, Adolf Hitler est un jeune homme sans réussite artistique, qui peine à gagner sa vie dans la capitale autrichienne.
Du 9 février 1910 au 24 mai 1913, il réside au 27 Meldemannstraße, dans un foyer pour hommes ouvert en 1905.
L’établissement est financé par une fondation philanthropique créée à l’occasion du jubilé de l’empereur François-Joseph Ier. Parmi les contributeurs figurent notamment le baron Nathaniel Rothschild et la famille Gutmann, comme le rapporte l’historienne Brigitte Hamann dans ses travaux sur la jeunesse viennoise d’Hitler.
Autrement dit, le futur dictateur nazi a effectivement vécu dans une institution ayant bénéficié de dons de riches familles juives. Voilà pour le fait historique, aussi ironique soit-il.
Reste le troisième nom cité par Epstein. Une riche famille de banquiers Epstein a bien existé à Vienne. Le Parlement autrichien retrace notamment l’histoire de Gustav von Epstein, philanthrope décédé en 1879, et de son palais viennois.
En revanche, les éléments historiques consultés ne permettent pas d’établir que cette famille a participé au financement du foyer de Meldemannstraße. Jeffrey Epstein affirme davantage que ce que les sources permettent actuellement de confirmer. Et rien ne démontre un lien familial entre le financier américain et ces banquiers autrichiens.
L’accord Haavara : un autre épisode controversé de l’histoire
Cette histoire rappelle un autre épisode méconnu : l’accord Haavara, conclu en août 1933 entre des organisations sionistes et les autorités économiques de l’Allemagne nazie.
Son fonctionnement reposait sur un mécanisme commercial permettant à des Juifs allemands émigrant vers la Palestine, alors sous mandat britannique, de récupérer une partie de leurs avoirs grâce à l’exportation de marchandises allemandes.
L’arrangement présentait des intérêts contradictoires. Les autorités nazies souhaitaient favoriser le départ des Juifs d’Allemagne et développer leurs exportations. Les organismes sionistes concernés cherchaient à faciliter l’émigration et le transfert de capitaux vers la Palestine.
Cette coopération économique avec le régime hitlérien suscita de vives critiques au sein des communautés juives, notamment parmi les défenseurs du boycott des produits allemands. Les travaux historiques conservés par Yad Vashem documentent ces désaccords.
L’accord contribua à l’immigration juive et à l’apport de capitaux vers la Palestine mandataire, quinze ans avant la création de l’État d’Israël en 1948.
Entre archives authentiques et interprétations hasardeuses
Les correspondances d’Epstein présentent un intérêt certain pour comprendre ses fréquentations, ses discussions et sa manière de cultiver ses relations dans les milieux financiers.
Jeffrey Dupont-Epstein a évoqué un cours à Harvard sur Hitler, certifiant que cette info d’un Hitler hébergé par Gustav Ritter von Epstein dans son palais était vraie. Quoique fils d’un jardinier et d’une femme de ménage, tous deux nés aux États-Unis de parents originaires de Pologne et de Biélorussie, Jeffrey pensait que s’appeler Epstein donnait un accent de crédibilité à une rumeur sur un Hitler hébergé par un banquier autrichien. Or Epstein est un nom juif ashkénaze aussi répandu que Dupont en France, mais, face à une Rothschild, Jeffrey savait faire oublier ses modestes origines.
Le Média en 4-4-2 s’est déjà intéressé à d’autres échanges entre Jeffrey Epstein et Ariane de Rothschild, notamment ceux concernant Dieudonné.
Le plus déroutant reste finalement ce contraste : un homme devenu l’incarnation de la barbarie nazie a bénéficié, dans sa jeunesse, d’une institution soutenue par des philanthropes juifs, avant que son régime ne conclue, vingt ans plus tard, un accord économique avec des organisations sionistes pour favoriser l’émigration juive vers la Palestine et les exportations allemandes.


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