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«Rosemead»: Lucy Liu en mère courage

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Irene, une immigrante chinoise installée en Californie depuis de nombreuses années, fait face non pas à une, mais deux épreuves terribles. En effet, alors qu’elle en est encore à se remettre du décès de son mari, Irene apprend qu’elle est atteinte d’un cancer en phase terminale. Cela, au moment même où son fils unique de 17 ans, Joe, qui souffre de schizophrénie, devient de plus en plus instable. Plus préoccupée par l’avenir de Joe que par sa fin prochaine, Irene ne s’est jamais sentie aussi seule. Dans le bouleversant Rosemead, un film inspiré de faits réels et lauréat du Prix du public à Locarno, Lucy Liu livre une performance inoubliable.

Avec pareil résumé, on pourrait craindre une plongée en apnée dans la misère humaine ou, pire, un mélodrame larmoyant. Avec sensibilité, intelligence et grâce, le scénario de Marilyn Fu, la mise en scène d’Eric Lin et le jeu de Lucy Liu (également productrice) évitent l’une et l’autre de ces approches faciles. En effet, ce que Rosemead propose est certes très dur sur le plan émotionnel, humain, mais extrêmement bien observé et jamais bassement manipulateur.

Plus qu’un récit du sort qui s’acharne, le film peint le portrait complexe et nuancé d’une immigrante dont le double malheur exacerbe l’isolement. Un isolement qui représentait auparavant une normalité « rationalisée » pour la principale intéressée, mais qui, à présent, constitue un facteur aggravant dans un contexte d’ores et déjà désespéré.

Profondément empathique

Directeur photo de formation, Eric Lin signe là sa première réalisation de long métrage. S’il soigne discrètement la forme (avec l’aide du directeur photo Lyle Vincent : A Girl Walks Home Alone at Night), Lin a le bon sens de ne jamais donner dans les effets de mise en scène tape-à-l’œil, s’en tenant plutôt à une grammaire visuelle simple et efficace (dans la modulation de l’échelle de plans, dans le niveau de nervosité de la caméra à l’épaule, etc.).

Toute l’attention est ainsi focalisée sur le drame et sur la protagoniste. D’ailleurs, le regard posé sur Irene s’avère profondément empathique.

Empathique, Lucy Liu (Kill Bill/Tuer Bill ; Elementary/Élémentaire ; Presence/Présence), qui a peaufiné son mandarin pour le film, l’est tout autant. Toujours excellente, mais s’étant rarement fait offrir des premiers rôles à la mesure de son talent, l’actrice est ici exceptionnelle. De la retenue à l’explosion, sa composition est déchirante : une interprétation à laquelle on se trouve privilégié d’avoir pu assister.

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