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Rivalité passionnée : pourquoi un tel engouement?

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Succès surprise des dernières semaines, la série canadienne Rivalité passionnée (Heated Rivalry) fait sensation ici comme à l’international. Scènes torrides entre des hommes n'hésitant pas à ouvrir leur cœur, enthousiasme des fans de la première heure et besoin de réconfort ont fait de cette série en six épisodes un véritable phénomène.

Série la plus regardée pendant les Fêtes sur Crave, Rivalité passionnée, pourtant tournée avec un modeste budget, fait encore partie des séries les plus visionnées aux États-Unis sur HBO Max.

De Montréal à Toronto, ainsi qu'au sud de la frontière, des soirées de quiz, de danse ou encore de (re)visionnement de la série ont vu le jour dans des librairies et des bars, permettant aux fans de se réunir.

Les deux acteurs principaux, Hudson Williams et Connor Storrie, ont été invités à remettre un prix à la cérémonie des Golden Globes, le 11 janvier, et on a appris jeudi qu’ils feront partie des porteurs de la flamme olympique en février aux Jeux de Milan-Cortina.

Au-delà de ses excellentes cotes d’écoute, Rivalité passionnée a ouvert le débat sur l’homophobie dans le milieu du hockey, poussant le joueur Jesse Kortuem à dévoiler publiquement son homosexualité.

Un homme habillé en blanc pose sur le tapis rouge.

L'acteur canadien Hudson Williams, qui joue Shane Hollander dans la série, lors de la soirée des Golden Globes, le 11 janvier dernier.

Photo : Reuters / DANIEL COLE

Érotisme et sentiments

Rivalité passionnée suit la relation entre Shane et Ilya, deux athlètes d’équipes rivales qui tombent secrètement amoureux dans un milieu, celui du hockey professionnel, dont l’homophobie complique la sortie du placard.

Si l’amour naissant entre deux personnes ennemies a toujours été un ressort dramatique efficace, la série fait, depuis sa sortie, jaser pour son érotisme. En effet, les scènes d’intimité physique entre des hommes au torse sculpté ont marqué les esprits.

Toutefois, l’intérêt pour Rivalité passionnée, qui compte également l’acteur québécois François Arnaud dans sa distribution, ne se résume pas à la curiosité, voire à l’émoi, suscités par des corps d’Apollon bouillonnants de désir.

Oui, le sexe est central, mais la vulnérabilité des protagonistes est très intéressante pour le public, souligne Marta Boni, professeure titulaire au Département d'histoire de l'art, de cinéma et des médias audiovisuels de l’Université de Montréal.

S’il y a un premier effet choc avec le sexe, la série prend le temps de nous montrer les affects des personnages, leurs relations avec leur famille…, ajoute celle qui donne un cours intitulé « Le queer et les séries télé ».

Deux hommes s'embrassent.

Encore peu connus il y a quelques mois, Hudson Williams et Connor Storrie sont désormais des vedettes.

Photo : Bell Media

Et ce mélange entre érotisme et vulnérabilité séduit particulièrement des téléspectatrices aujourd’hui avides de représentations autres que les relations classiques et asymétriques de couples hétérosexuels souvent montrées dans les séries.

Beaucoup de femmes hétérosexuelles adorent la série parce qu’elles y trouvent une relation amoureuse sans femme objectifiée, une relation entre deux hommes très masculins, qui propose une alternative à la masculinité toxique, explique Marta Boni.

Il n’y a pas un homme plus riche que l’autre ou avec plus de pouvoir que l’autre, on voit des gens sur un pied d'égalité, renchérit Myriam Brouard. Cette professeure adjointe à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa, notamment spécialisée en consommation de médias numériques, mène une recherche sur la popularité fulgurante de Rivalité passionnée en étudiant la communauté de ses fans en ligne.

Besoin de réconfort

Non seulement voir des hommes qui explorent leurs émotions et qui s’aiment sans violence touche le public, mais cela lui fait du bien en ces temps anxiogènes, selon Claire Trottier.

Grande amatrice de livres romantiques, cette philanthrope a cofondé la librairie montréalaise Joie de livres, qui est notamment spécialisée dans ce genre littéraire souvent méprisé.

Je pense que les gens ont vraiment besoin d'espoir et d’histoires qui apportent de la joie, dit-elle au sujet de cette série adaptée du roman du même nom de l’autrice canadienne Rachel Reid.

Pour elle, cette histoire d’un amour triomphant de l’adversité émeut d’autant plus les téléspectateurs qu’elle est racontée avec authenticité par le réalisateur montréalais Jacob Tierney, lui-même conquis par le roman Rivalité passionnée.

Souvent, il y a beaucoup de cynisme dans ce qu'on voit à la télévision, note Claire Trottier. C’est donc rafraîchissant d'avoir quelque chose de vraiment sincère.

Un homme touche un homme qui conduit.

La force de « Rivalité passionnée » est notamment d'offrir une image de la masculinité éloignée des représentations traditionnelles.

Photo : Crave

Selon Marta Boni, Rivalité passionnée fait aussi du bien au public queer, en lui montrant que l'espoir est possible malgré le recul social et politique observé sur les enjeux touchant les personnes LGBTQ+.

Il y a vraiment un plaisir dans le fait de voir une histoire d'amour entre deux hommes développée avec richesse et complexité, et ponctuée de scènes de sexe explicites se faisant rares à l’écran, alors que la réalité devient de plus en plus dure pour les personnes queers.

Des ambassadrices passionnées

Si le public s’est rapidement enflammé pour Rivalité passionnée, c’est aussi parce que la série comptait déjà des fans avant même la diffusion du premier épisode.

Faisant elle-même partie de cette communauté en ligne, Claire Trottier a pu constater une frénésie chez les lecteurs et les lectrices de Rachel Reid à l’approche du lancement de la série. En novembre, le festival montréalais Image+Nation a organisé une projection, en avant-première, de Rivalité passionnée.

Il y a des gens qui sont venus du Canada, des États-Unis et même d’Europe pour assister à la première dans un amphithéâtre de l'Université Concordia, raconte-t-elle.

Une femme brune porte des lunettes.

Myriam Brouard, professeure adjointe à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa, s'intéresse à la communauté des fans de la série.

Photo : Université d'Ottawa

Depuis, ce nombre grandissant d’admirateurs, ou plutôt d’admiratrices, participent à nourrir l’intérêt pour Rivalité passionnée en publiant du contenu sur les réseaux sociaux, mais aussi des histoires mettant en scène Shane, Ilya et les autres personnages sur des sites de fanafiction.

Rivalité passionnée ne serait pas à ce point virale s’il n’y avait pas des fans super engagés.

Je n’ai jamais vu une série être réécoutée autant de fois dans un laps de temps aussi court, ajoute cette professeure qui a fait son doctorat sur le phénomène du visionnement en rafale. Je connais des gens qui l'ont réécoutée huit fois!

Le pouvoir de l’érable

Autre ingrédient du succès de Rivalité passionnée : sa canadianité. Entièrement produite au Canada et tournée en bonne partie en Ontario, cette série, qui se déroule notamment à Montréal, est vraiment canadienne.

En plus de mettre en valeur le sport-roi au Canada qu’est le hockey sur glace, elle mise sur une musique originale composée par l’artiste de Québec Peter Peter et sur une bande sonore truffée de chansons québécoises, dont Une journée parfaite, de Dumas, et Lumière, d’Alfa Rococo.

Cette identité canadienne assumée rend la série singulière, voire exotique, aux yeux du public étranger et fait la fierté du public de ce côté-ci de la frontière, dans un contexte où les ambitions expansionnistes du président Trump font planer une menace sur le pays et où les États-Unis se font plus conservateurs.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens sont très fiers que cette série ait été faite avec des fonds du gouvernement du Canada, observe Myriam Brouard. Ils disent : "Nous, au Canada, on promeut des histoires queers de hockey avec nos taxes."

Je pense qu'on est fiers au Canada d'avoir une société ouverte, même si on a encore beaucoup de chemin à faire, ajoute Claire Trottier.

Cette fierté n’a pas fini de s’exprimer puisque Rivalité passionnée bénéficiera d'au moins une deuxième saison. En attendant, le tournoi olympique de hockey masculin pourrait, le mois prochain, entretenir la flamme pour les amours entre Shane et Ilya.

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