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REPORTAGE. "Si c'est possible, j'irai me réinventer une vie ailleurs" : un Népalais témoigne après avoir perdu sa femme et ses trois enfants dans la crue

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Une semaine après la crue qui a dévasté une vallée du Tibet au Népal, près de 4 000 personnes sont encore portées disparues. Dans le village de Betrawati, tout est englouti sous la boue.

Publié le 02/09/2026 12:36

Temps de lecture : 2min

Birendra Koumar, un Népalais de 55 ans, regarde en direction de ce qui était sa maison et sa boutique, à Betrawati. (BENJAMIN THUAU / RADIO FRANCE) Birendra Koumar, un Népalais de 55 ans, regarde en direction de ce qui était sa maison et sa boutique, à Betrawati. (BENJAMIN THUAU / RADIO FRANCE)

La crue survenue mercredi 26 août au Népal, dans les montagnes de l'Himalaya, a fait plus de 1 114 morts et près de 4 000 disparus du côté népalais, selon le dernier bilan des autorités. Un torrent de glace et de terre a inondé et dévasté toute une vallée du Tibet. Comment les survivants se relèvent-ils dans ces paysages changés à jamais ? Birendra Koumar est l'un de ces survivants, il a perdu tous les siens à Betrawati, un village englouti sous la boue et où la moitié de la population a péri.

La route qui permettait d'accéder à Betrawati a été emportée par la rivière. Désormais, il faut emprunter une piste de montagne caillouteuse et détrempée pour le rejoindre. De retour dans son village, Birendra Koumar reste stoïque face à ce paysage, tout en nuances de gris et de marron, qui ont désormais remplacé les couleurs des maisons et la verdure des rizières. Il ne reste que quelques ruines, engluées dans la boue, et la rivière qui a changé de lit.

Birendra Koumar a perdu sa femme et ses trois enfants dans la crue qui a touché le Népal le 26 août 2026. (BENJAMIN THUAU / RADIO FRANCE) Birendra Koumar a perdu sa femme et ses trois enfants dans la crue qui a touché le Népal le 26 août 2026. (BENJAMIN THUAU / RADIO FRANCE)

Le Népalais de 55 ans montre du doigt ce qui était sa maison et, non loin, sa petite épicerie. C'est là qu'il se trouvait, au travail, quand le fracas a commencé. "La vague est arrivée d'un coup, très haut, bien au-dessus du toit des bâtiments", se rappelle-t-il. Birendra a alors bondi hors de sa boutique et couru vers les siens : "J'ai dû m'accrocher à un arbre pour ne pas tomber. Et de là, j'ai vu ma maison emportée, avec dedans toute ma famille, ma femme et mes trois enfants". Ils avaient 10 ans, 3 ans, et 10 mois.

"En quelques secondes, plus rien."

Birendra Koumar habitait Betrawati avec sa famille

à franceinfo

Derrière lui, une dame sanglote tout en filmant la vallée défigurée avec son téléphone. Birendra, lui, n'a pas de larmes. Il a perdu dix de ses proches et il commence à l'admettre. Cet hindou ne comprend pas pour autant ce terrible karma : "Je suis en vie, mais sans ma famille, ce n'est plus une vie", estime-t-il.

Betrawati, village commerçant d'un millier d'habitants, est figé dans la gadoue et a comme un air de Pompéi. Ici, 600 personnes sont présumées mortes. Les lieux sont quasi déserts. Seul un petit groupe de militaires est présent. Venus à pied, à travers la montagne, ils aident à évacuer des corps. Un policier a notamment découvert 24 cadavres d'un coup. "Ce sont des gens qui s'étaient réfugiés dans un commerce et qui ont été piégés par le déluge d'eau et de terre", explique Shankar Tharu, le commandant de ce groupe de militaires.

Au moins 600 personnes sont mortes dans le village de Betrawati. (BENJAMIN THUAU / RADIO FRANCE) Au moins 600 personnes sont mortes dans le village de Betrawati. (BENJAMIN THUAU / RADIO FRANCE)

La crue a déplacé le bâtiment, encore à moitié sur pied, de plusieurs dizaines de mètres. Sur le toit, les corps sont alignés dans des sacs blancs. Tout autour, l'odeur est intenable. "Nous avons déjà évacué neuf corps aujourd'hui, par hélicoptère, mais cela prend du temps. On n'a pas assez d'appareils, d'autant que les hélicoptères sont encore mobilisés pour rechercher d'éventuels survivants. Secourir les vivants, c'est même la priorité numéro un", souligne ce militaire.

L'évacuation des dépouilles est problématique car elles sont souvent trop abîmées pour être identifiées et elles sont transportées vers des morgues déjà pleines. Les autorités népalaises ont donc débuté des inhumations collectives. De son côté, Birendra partira dans quelques jours à Katmandou pour organiser une cérémonie selon le rite hindou, en hommage à ses proches, malgré l'absence de corps. Il dit qu'il ne reviendra sans doute jamais vivre ici, et de toute façon, le décor ne le permet pas. "J'y ai trop de souvenirs, et je n'ai plus personne. Alors si c'est possible, j'irai me réinventer une vie ailleurs"

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