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Depuis la mi-août et jusqu'en octobre, 461 romans vont déferler dans les librairies francophones. Est-ce trop? Oui, car certains passeront inaperçus malgré le travail titanesque de leur auteur ou autrice; et en même temps non, car cela permet à chacun et chacune de jeter son dévolu sur des sujets et des tonalités qui lui tiennent réellement à cœur.
Pour cette rentrée littéraire, nous vous proposons une sélection d'une vingtaine de romans méritant à coup sûr le détour. On ne dira rien des livres qui nous sont tombés des mains –il y en a un certain nombre–, pour mieux se concentrer sur les titres les plus appétissants, ceux qu'il a parfois fallu poser à contrecœur pour aller reprendre temporairement le cours de sa vie.
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«Je ne suis pas venu apporter la paix», de Nicolas Martin
«Ils se mettent à courir.
Le chemin se dérobe sous leurs pas, la boue éclabousse, les pierres roulent. Leurs cris se mêlent à leurs halètements. Derrière eux, ce qui les poursuit accélère. Des chocs dans le sous-bois, des foulées brusques, rapides, qui se resserrent, qui les frolent.
Parfois une bourrasque d'air chargée d'une odeur chaude et rance de pelage mouillé, une branche qui fouette, un grognement sourd, rocailleux, juste là, à portée de main. Jamais une forme claire. La menace imminente, de plus en plus proche.»
Dans une ferme située au fin fond des Pyrénées, une famille qui n'en a que le nom se retrouve au complet pour dire adieu au terrifiant patriarche, lequel ne va pas tarder à passer l'arme à gauche. Isolé géographiquement –les téléphones mobiles sont cadenassés dans une boîte–, le domaine va servir de théâtre à des règlements de compte salés et bientôt sanglants. C'est tout le brio du deuxième roman de Nicolas Martin: convoquer à parts égales la tragédie grecque et l'angoisse façon Stephen King ou Clive Barker, sans jamais hésiter à pousser les curseurs à fond.
On ne revient pas indemne de cette escale pyrénéenne réservant son lot de surprises. Brillamment construit, ce thriller en cinq actes montre un patriarcat tellement au bord du gouffre qu'il n'a plus rien à perdre. Pour le faire imploser –et tout simplement pour survivre–, les différents protagonistes devront foncer tête baissée dans des ténèbres inédites, où se mêlent des odeurs de sang, de boue et de fluides corporels. Talentueux et culotté, Nicolas Martin signe une réussite époustouflante.

Je ne suis pas venu apporter la paix
Nicolas Martin
Au diable vauvert
464 pages
23 euros
Paru le 3 septembre 2026
«Ceux qui nous frappent», d'Anaïs LLobet
«L'histoire aurait pu se terminer là. Or ce n'est pas le cas.
Car à un moment, Sara s'est fait déposséder de cette violence. Elle n'a plus utilisé ses poings. Et cette puissance imparfaite, interdite, ne l'a plus protégée? Elle a erré dans les rues, enjambé le parapet d'un pont et elle s'est jetée dans la Vilaine, l'un des fleuves qui traversent Rennes.»
On doit à l'avocate Yael Mellul la loi du 30 janvier 2020 portant sur le harcèlement moral exercé sur conjoint et ayant pour issue un suicide ou une tentative de suicide. L'avancée est indéniable, mais pour la justice, le casse-tête est total: puisqu'il n'y a apparemment pas de preuve matérielle, comment démontrer que ce sont les agissements du suspect qui ont directement poussé la victime à mettre fin à ses jours? Pour raconter ce qui semble être une impasse, Anaïs LLobet a choisi le roman: elle y décrit le procès de Charles, trentenaire respecté, accusé d'avoir causé le suicide de sa compagne Sara, championne de boxe.
Multipliant les points de vue, l'autrice dresse un état des lieux d'une subtilité absolue: à la barre se succèdent des protagonistes aux opinions et aux raisonnements contradictoires. La force physique et mentale de la sportive entre tout particulièrement en ligne de compte: beaucoup jugent impensable le fait qu'elle ait pu être poussée à bout par son conjoint. De cet imbroglio judiciaire savamment mené jusqu'à son terme, on tire un enseignement principal: il ne faut pas se réjouir trop longtemps des avancées en matière de lutte contre le patriarcat, car leur mise en application peut souvent s'avérer douloureuse.

Ceux qui nous frappent
Anaïs LLobet
Les Léonides
384 pages
21,90 euros
Paru le 26 août 2026
«Fille paumée et perroquet», de Sara Levine
«“Ne me dis pas que tu es en train de le lire”, m'avait-elle dit, comme si je faisais subir quelque chose au livre, alors que c'était lui qui s'était emparé de moi. J'ai vingt-cinq ans et cela s'est produit un lundi où, n'étant pas attendue à l'Animothèque, je n'avais pas d'autres projets que dormir et laver mon soutien-gorge à la main, et encore, cette dernière étape s'accompagnait d'un gros point d'interrogation. Les oiseaux pépiaient, des ombres s'étiraient sur le linoléum et au loin une débrousailleuse couinait. Quand je suis arrivée au passage où la bande de Long John Silver capture Jim Hawkins dans le fortin désert, Lars, mon mec, a laissé un message sur mon répondeur en me demandant si j'avais envie de sortir manger un burrito.
C'est donc cela ma vie, ai-je pensé.»
En cette rentrée, La Croisée a l'excellente idée de publier ce premier roman états-unien datant de 2012, drôle et désespérant à la fois. S'inscrivant quelque part entre Melissa Broder (So sad today) et Ottessa Moshfegh (Mon année de repos et de détente), Sara Levine y met en scène une jeune femme si fascinée par L'Île au trésor (écrit par Robert Louis Stevenson en 1882) qu'elle ne lit que ce livre, en boucle, rédigeant d'ahurissantes fiches de lecture et abordant chaque pan de sa vie en se demandant comment réagirait le mousse Jim Hawkins, jeune héros du roman. Ce postulat improbable est idéalement exploité par l'autrice.
Travaillant pour une improbable entreprise de location d'animaux, bientôt flanquée d'un perroquet nommé Richard et à la porte (le zeugma, c'est cadeau), la jeune fille paumée du titre va enchaîner les mauvais choix et les revers de fortune, sous le regard consterné de ceux et celles qui l'entourent. L'ensemble est tout à fait chaotique, ce qui le rend hilarant: si l'héroïne de Sara Levine n'est pas fréquentable pour deux sous, elle est immensément drôle, maniant le sarcasme et le jugement biaisé avec un humour qui ne cache pas son statut de politesse du désespoir.

«Abdallah superstar», d'Iman Ahmed
«Je laisse généralement leur peau aux courgettes. Aujourd'hui, j'ai décidé de les peler. Mon ordinateur est sur le plan de travail quand on cuisine. Une vidéo amateur d'Abdallah Lee se lance. Elle est datée de mars 1998, postée par un autre compte YouTube. Chaque fois que la chaîne joue, j'ai l'impression que quelque chose remonte. La surface de la cuisine change. Depuis quelque temps, chez les autres aussi j’ouvre la chaîne YouTube, elle s'installe dans l’historique d'autres ordinateurs. Depuis plusieurs mois, quand Iris et Maria découpent leurs légumes, elles acceptent qu'Abdallah répète avec nous. Elles s’habituent à cette musique, qui souvent grésille, s’interrompt brusquement.»
On pourrait croire à une succession de chroniques, mais c'est pourtant bien un roman que bâtit Iman Ahmed, l'autrice d'Abdallah superstar. Elle y décrit comment, deux ans après la mort de son père, elle va exhumer la chaîne YouTube du défunt et y découvrir mille merveilles: des vidéos, musicales pour beaucoup, tournées à Djibouti, le tout petit pays dont sa famille est originaire. Avec un talent fou, elle décrit le moment fatidique de la réactivation du compte de son père, la découverte des premières vidéos et l'épiphanie qui suivra.
Drôle et délicat, Abdallah superstar est le récit d'une redécouverte, voire d'une rencontre: à travers ces vidéos, Iman Ahmed va faire connaissance avec des facettes inconnues de son père et même entendre enfin sa voix –l'homme est devenu aphasique après un accident vasculaire cérébral. L'écrivaine possède un sens assez incroyable de la métaphore et de la digression poétique, se demandant entre autres pourquoi le monde pèse le même poids avant et après la disparition d'un être cher. L'ensemble est tout à fait précieux.

«Piège à miel», d'Imani Thompson
«Elle a un petit jeu.
Le jeu est le suivant. Repérez un homme. Posez-vous la question: si vous deviez le tuer, comment procéderiez-vous? Posez-vous la question: quelles sont les difficultés de ce plan?
C'est un jeu formidable car on peut y jouer n'importe où. À l'arrêt de bus, en faisant la queue au supermarché, par la fenêtre de sa chambre.
Lui, là, avec sa calvitie et son pull immonde, comment procéderiez-vous?
Lui, là, qui promène son beagle.
Elle a essayé d'y jouer avec des filles, mais c'est moins rigolo.»
Sur une échelle filmique allant de Sorry, baby (d'Eva Victor) à Promising young woman (d'Emerald Fennell), le premier roman d'Imani Thompson se trouve sensiblement plus près du second. Yrsa, son héroïne, thésarde à Cambridge, y est confrontée à toutes sortes d'individus déplaisants –euphémisme– qui n'hésitent pas à étaler leur misogynie, voire à en faire un étendard. Sur une impulsion inattendue, elle expédie une abeille au fond de la canette d'un de ses professeurs, qui couche avec sa meilleure amie tout en lui volant ses travaux. Le décès soudain de l'enseignant fait office de révélation: et s'il était facile de débarrasser la planète de tous ces hommes qui pourrissent la vie des femmes?
D'une ironie mordante, Piège à miel (Honey en version originale) va bien au-delà du simple jeu de massacre, interrogeant la notion de vengeance d'un point de vue féministe et se gardant bien de plonger la tête la première dans l'hémoglobine. Comme son Yrsa, Imani Thompson est noire et a étudié à Cambridge. Sa description du milieu universitaire, où les jeux de pouvoir profitent toujours aux mêmes catégories, crée une sensation de proximité et de complicité avec la protagoniste: quand un petit meurtre en douce peut faire plus que des années de lutte, on comprend que la perspective soit tentante. Un bonbon au poivre, doux et piquant à la fois.

Imani Thompson
Traduction: Clément Baude
Mercure de France
416 pages
24 euros
Paru le 10 septembre 2026
«Les Brebis égarées», de Madeline Cash
«La plante avait pris la première place de sa Liste des Raisons de ne pas Aimer Mlle Winkle. Dans la Liste des Raisons de ne pas Aimer Mile Winkle, on trouvait également le fait qu'elle n'ait jamais fait de donation à la levée de fonds caritative trimestrielle réparons-les-cloches-de-l'église, mais se plaignait trimestriellement de l'absence de cloches à l'église. Et puis, elle avait cette habitude de dire “c'est bien ce que je dis”, quand elle n'avait, en fait, absolument rien dit du tout. Elle n'avait jamais, de mémoire, apporté un point de vue original ni enrichi une conversation.»
Dès ses premières pages, Les Brebis égarées fait preuve d'un mauvais esprit et d'une causticité qui en font un candidat naturel au titre de roman le plus drôle de cette rentrée littéraire 2026. Le deuxième roman de Madeline Cash est un festival, une galerie de portraits acerbes, d'une rare puissance humoristique. Bravo à Barbara Tajan et Alexandre Civico pour la traduction aux petits oignons: si cette brochette de personnages dysfonctionnels est un absolu régal en version française, c'est forcément beaucoup grâce à leur tandem.
Dans la famille Flynn, je demande les parents, qui décident d'ouvrir leur relation comme si c'était la solution à tous leurs problèmes, mais aussi leurs trois filles, auxquelles ils semblent avoir transmis leur amour des mauvaises décisions et des relations toxiques –qui se dit que c'est une bonne idée de sortir avec un type donc le surnom est «Wes Crimes de guerre»? Au bout du compte, Les Brebis égarées ne jette pas le modèle familial à la benne, Madeline Cash préférant tenter de trouver une forme de beauté dans le fait d'échouer toutes et tous ensemble.

Madeline Cash
Traduction: Alexandre Civico et Barbara Tajan
Denoël
384 pages
23 euros
Paru le 26 août 2026
«Les Agitées», de Camille Zabka
«Au crépuscule, dans ces instants où le jour tombait derrière les grands arbres, les enfants s'agitaient soudain. Ils pleuraient. Josépha se sentait elle aussi gagnée par l'inquiétude. L'heure bleue qui descendait sur le parc, juste avant la nuit, noyait son cœur d'une tristesse qu'elle ne pouvait expliquer. Elle se souvenait qu'Inès aussi, au crépuscule, se mettait à pleurer sans raison quand elle était bébé. Depuis toujours, quelque chose avait lieu, à la tombée du jour, qui touchait les enfants, les nourrissons, les mères.»
Enceinte de son deuxième enfant, Olga s'installe avec son mari psychiatre et leur fille dans un appartement de fonction de la Haute-Île, le singulier hôpital psychiatrique dans lequel il exerce depuis quelque temps. Poussée de manière presque inexplicable à mener un travail d'archives sur les femmes internées là au début du XXe siècle, elle retracera notamment le parcours d'une certaine Camille Claudel. Dans le même temps, Josépha est nommée auxiliaire de puériculture de la crèche du secteur, là même où, quelques mois plus tard, des enfants feront d'étranges malaises en série.
Une inquiétude permanente plane sur le roman de Camille Zabka, désormais éditée par La Tribu après être passée par L'Iconoclaste. Quelle que soit l'époque dans laquelle elles vivent et presque indépendamment de leur condition, ses protagonistes féminines sont en proie à l'isolement et à l'enfermement psychique. Sans basculer dans le polar ou le thriller psychologique, Les Agitées dépeint la façon dont les lieux, chargés d'histoires et de traumatismes, vont faire catalyser la détresse d'Olga, Josépha et les autres. La description minutieuse de la Haute-Île en fait un personnage à part entière, tragique et palpitant.

«Darya & Dounya», de Diaty Diallo
«Parfois j'essaie d'égrener les bonnes choses que je sais de nous, des perles ébréchées sur un chapelet. Et je crois que je me souviens de rien, de rien, de rien, à peine qu'un jour, j'ai pu être toi, que nous formions une seule et même humaine.
Tu te caches où? Dans quelle partie de moi? Et moi je suis devenue qui?»
Prenant la plume pour faire le point, Dounya, la trentaine, décide de se confier à une interlocutrice bien particulière: il s'agit de Darya, qui n'est autre que la version adolescente d'elle-même. Quoi de mieux pour dresser un bilan temporaire de ses jeux années d'adulte, prendre conscience de ce qu'on a accompli ou non, réaliser à quel point on s'est reniée. Le procédé a beau ne pas être tout à fait neuf –le cinéma regorge particulièrement de face-à-face entre des adultes et leur «moi» du passé–, l'écriture ultra inventive de Diaty Diallo fait toute la différence.
Procurant un plaisir de lecture immédiat et permanent, le roman stupéfie par son énergie de tous les instants: même quand il s'agit de parler de rupture, de non-sexualité non désirée ou du racisme qui vient se nicher n'importe où, l'autrice fait contre mauvaise fortune bon cœur. Ses courriers bien sentis, adressés aux hommes (agresseurs, manipulateurs, profiteurs) que le destin n'a pas pu se retenir de placer sur son chemin, achèvent de faire de Darya & Dounya un roman imparable, superbement ancré dans son époque.

«Lola va mourir», de Victor Dumiot
«Il a peut-être commis une erreur sans s'en rendre compte.
C'est à cause d'Ulysse? À cause de la prison? C'est parce qu'il boit trop? C'est quoi, le problème? Qu'elle lui dise, il changera. Il peut tout changer, c'est une question de curseur. Il ferait tout pour Lola.
Y a quand même une autre hypothèse: elle le prend pour un con.»
Un ex-mari qui lui pourrit la vie en faisant délibérément exploser le noyau familial, deux fils dont il faut bien faire quelque chose même si l'un d'entre eux se montre particulièrement hostile à son égard: dans un univers très masculin, Lola vit une existence en forme de chemin de croix. Franck doit le sentir: fraîchement sorti de prison, cet homme empli d'une violence sourde et mal contrôlée met le pied en travers de la porte et s'immisce dans sa vie. La fin de leur histoire figure dans le titre de ce roman magistral, longue et éprouvante route vers l'inexorable.
Victor Dumiot (Acide) adopte le parti pris extrême de raconter Lola sans jamais lui donner la parole, comme si elle n'avait jamais voix au chapitre: seuls les hommes qui l'entourent ont l'espace pour s'exprimer. L'auteur crée une sensation d'asphyxie croissante, transcendée par une écriture tumultueuse. Sa description du monologue intérieur de Franck, cocotte-minute si crédible, est la plus grande réussite de Lola va mourir: après avoir lu ça, impossible de ne pas comprendre que les femmes puissent avoir peur des hommes –de tous les hommes. Un roman dévastateur.

«Le Bruit du melon qui explose», de Marie Colombe
«De sa poche, elle sortit un carnet et le compulsa jusqu'a trouver le mot dont elle avait besoin. NYCTOPHILIA: besoin irrépressible de se trouver dans le noir, l'obscurité, le sombre. La langue butait sur le palais, puis s'enroulait comme une liane. C'était presque agressif. Comme une force qui vous pousse dans l'obscurité. La fin coulait comme un apaisement, un rideau qui tombe sur un spectacle intolérable. Toute son attention se portait sur ce mot. Combien de personnes à cet instant expérimentaient cette sombre attraction? Combien parmi ceux-là connaissaient le mot lié à cette émotion? Oui, c'était le bon mot pour tenir debout.
Lila, petite vingtaine, a passé le plus clair de son existence au Stanhope Plaza Hotel, un vieux palace new-yorkais. Ses envies de littérature et de France (dont elle est originaire) se heurtent hélas à la personnalité compliquée de sa mère June, tradeuse toxique. Mais l'année 2008 est sans pitié pour celles et ceux qui ont fait de l'argent un jeu: la crise des subprimes va pousser Lila, flanquée de June et de leur gouvernante Lupita, à se réinventer et à se délocaliser. Le tout prendra la forme d'une véritable épopée qui les mènera vers la pampa provençale.
On s'amuse beaucoup à la lecture du Bruit du melon qui explose, récit tonitruant d'un changement de vie et d'époque porté par le sens du dialogue de Marie Colombe –de nombreuses répliques semblent livrées clé en main pour le cinéma. Même quand ses personnages posent leurs valises, le roman semble aller à cent à l'heure. C'est une invitation à vivre mille vies, à réécrire son histoire, à foncer tête baissée quand le cœur nous en dit. Un formidable récit d'émancipation, par une autrice qui en impose.

«Latex», de Samuel Dock
«N'imaginez pas qu'il suffit d'enfiler une combinaison et un masque pour se défaire de son identité et en ériger une nouvelle. Faire coïncider la sensation et la pensée demande de la rigueur, transformer l'image en récit de s'abandonner dans jamais relâcher ses efforts. S'il y a un jeu dans les sexualités dissidentes, c'est bien celui de la discipline et du dessaisissement, de la croyance et de l'anéantissement de toute croyance, une succession de paradoxes constituent l'initiation au terme de laquelle artiice et vérité fusionnent.»
Vous connaissez peut-être Samuel Dock, docteur en psychopathologie clinique et psychanalyse, pour ses écrits autour de la thérapie, la santé mentale, les fossés intergénérationnels. Comme tout un chacun, vous ignoriez en revanche que dès le plus jeune âge, le petit Samuel était fasciné par les masques et les costumes qui enferment et obstruent, et que le grand Samuel lui a ensuite fait plus qu'honneur. Avec Latex, il plonge dans les entrailles de son propre fétichisme, remontant le cours de son enfance pour constater que tout était là depuis le début; mais surtout, il explore ses pratiques et ses obsessions avec la plus absolue des précisions.
C'est ciselé, clinique, rempli de textures et d'odeurs, de celles qui pourraient soulever le cœur si le narrateur ne détaillait pas aussi bien la fascination qu'elles font naître chez lui. Samuel Dock nous fait plonger dans sa propre sexualité, celle dans laquelle un centimètre carré de peau nue est un centimètre carré de trop; il nous invite dans les sous-sols les plus sombres, à la rencontre de pratiques singulières et hypnotiques; surtout il se met à nu, explorant le possible naufrage du couple au long cours qu'il forme avec Dorian, garçon (trop) gentil et (beaucoup) moins investi que lui dans cette sexualité atypique. On lit Latex en apnée, pris dans une tempête de désir et de spleen.





























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