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Gilles Schlesser publie une précieuse anthologie : Les Flâneries littéraires de Paris, ou comment arpenter les rues de la capitale aux côtés des plus grands écrivains.


Flâner est un des plus beaux mots de la langue française. Et un art typiquement parisien. On peut se perdre avec volupté dans mille autres villes, mais jamais si bien qu’à Paris. C’est pourquoi notre littérature est peuplée de scènes de rue, d’errances sur les boulevards, de déambulations dans notre capitale. C’est également pourquoi Gilles Schlesser a eu l’idée de réunir ces morceaux choisis d’écrivains-flâneurs qui ont conté Paris.

Les chapitres divisés en arrondissement, on se promène de quartier en quartier, sous le patronage, entre bien d’autres, de Léon-Paul Fargue, Henri Calet, Patrick Modiano, Théophile Gautier ou Léon Daudet. Que l’on picore en dilettante ou que l’on scrute en spécialiste, le plaisir est au rendez-vous. Des propos mondains d’André de Fouquières sur Jean Lorrain, « trouble d’aspect, homme fardé aux paupières bleuies, aux mains chargées de camées, aux cravates et aux gilets extravagants » après un dîner dans le quartier de la Madeleine, jusqu’aux mots simples et tendres d’Eugène Dabit qui, pour se « remettre le cœur en place », fait un tour rue de Belleville, il y en a pour tout le monde. Adresses, souvenirs, vieilles maisons et échoppes oubliées renaissent page après page.

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Gilles Schlesser, déjà auteur d’un Grand Carnet d’adresses de la littérature à Paris, nous fait entendre sa voix, en marcheur et narrateur de cette histoire d’encre et de pas. À côté d’un Huysmans exalté, en aparté des mots merveilleux d’Alexandre Vialatte, il conseille et conduit vers des places, des cafés ; il se remémore aussi des anecdotes et retourne vers sa bibliothèque en quête d’une phrase égarée. Par exemple, celle de Nerval que je me répète toujours en descendant la rue Royale : « Arrivé sur la place de la Concorde, ma pensée était de me détruire. » On rêverait de démarrer un livre et finir une vie ainsi.

Notre petite Lutèce (huit fois plus menue que Berlin, quinze fois plus que Londres) nous donne la chance de sentir le poids d’un passé mémorable à chacune de ses artères – ou presque. André Salmon et Apollinaire pour leurs nuits de joie rue de la Gaîté « mangeant des frites, avalant des crêpes, suçant des glaces, gobant des huîtres ou bâfrant des moules, le tout arrosé de gaillac et piqué de petits marcs » ; Marcel Aymé ou Léo Malet que l’on s’amuse à croiser dans cette rue Jean-Pierre-Timbaud qu’ils ne reconnaîtraient sans doute plus aujourd’hui ; le Bœuf sur le Toit, le vrai, celui du 28, rue Boissy-d’Anglas, où l’on entend « ce bruit de vitres brisées que faisait la voix enchantante de Cocteau, qui résonnait par-dessus les tables ». Ce sont ces souvenirs charmants de tant d’esprits libres en liberté qui font peut-être encore venir certains jeunes provinciaux à Paris, et qui, plus tard, les empêchent même d’en partir.

Les Flâneries littéraires de Paris, Gilles Schlesser, Séguier, 2025.

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