Quand on se compare, on se rassure. C’est souvent le cas pour la Suisse, et ça n’est pas désagréable. Mais lorsque l’on parle de l’âge de la retraite, la comparaison pique un peu. Allemagne: 67 ans, en discussion pour monter à 70. Danemark: bientôt 68 ans. Italie, Portugal, Belgique: 67. Même chose aux Etats-Unis. Des seuils qui ont été revus à la hausse ces dernières années. En Suisse, l’âge légal du départ à la retraite reste à 65 ans pour tous. Coulé dans le marbre, si l’on en croit le résultat de l’initiative des Jeunes PLR pour une retraite à 66 ans, balayée par trois Suisses sur quatre. Notre sondage pour le Forum Prévoyance ne dit pas autre chose: 82% des Suisses ne veulent pas entendre parler d’élever cette limite. Le Conseil fédéral, d’ailleurs, a bien compris le message. Dans son projet AVS 2030, mis en consultation jusqu’à mi-septembre, il ne touche pas à ce totem.
A partir de là, comment garantir le financement de l’AVS dans une société vieillissante? Même s’il faut être créatif, restons réalistes; les solutions qui renversent la table ne trouveront de majorité ni sous la Coupole, ni dans les urnes. Il y en a une, pourtant, qui mérite qu’on s’y attarde. Puisque l’on ne peut toucher à l’âge, alors utilisons le critère des années de cotisation.
Lire aussi: La Suisse peine à réformer ses retraites quand ses voisins avancentLe moment de la retraite dépendrait alors du nombre d’années travaillées, et non plus de l’âge lui-même: plus tôt on commence, plus tôt on termine. L’idée intègre la pénibilité physique du travail, puisque les métiers les plus exigeants pour le corps sont souvent ceux qui demandent les études les moins longues. Un maçon qui commence à travailler à 18 ans ne partira pas à la retraite au même âge que le professeur d’université entré sur le marché du travail à 28 ans. Une proposition socialement juste, si l’on considère que l’espérance de vie n’est pas la même selon le niveau de formation et la catégorie socioprofessionnelle. Cela pourrait même valoriser la formation duale en Suisse, qui en a bien besoin.
Bien sûr, il faudra des adaptations pour ceux qui ont une vie professionnelle moins linéaire. Bien sûr, il y aura des obstacles techniques. Mais ce modèle a peut-être des chances de réunir la droite et la gauche. Car il n’est pas nouveau. Stéphane Rossini, à l’époque où il était conseiller national et vice-président du Parti socialiste, avait porté cette proposition devant le parlement. L’année dernière, Céline Amaudruz, vice-présidente de l’UDC, a perdu de peu devant le Conseil national avec une initiative visant à remplacer la notion d’âge de la retraite par celle d’années de cotisation. Si ces deux-là peuvent soutenir une idée similaire, on se dit que ça vaut au moins la peine d’y réfléchir. Et d’aller un peu plus loin que la proposition de réforme AVS 2030 actuellement proposée par le Conseil fédéral.
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