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Réflexions autochtones à Mural avec Leilani Shaw

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La création au féminin. « L’histoire de mon œuvre à Mural va porter sur la façon dont les femmes créent des choses. C’est une sorte de récit sur comment les femmes sont des créatrices par essence. On crée la vie et on est si proches de ce seuil qui mène vers la vie », explique Leilani Shaw. L’artiste multidisciplinaire mohawk et northern paiute originaire de Kahnawà:ke figure parmi les invités du festival cette année et c’est sur un conteneur maritime, situé près du parc du Portugal sur Saint-Laurent, que les promeneurs pourront la voir en action.

La femme — mais aussi la nature et le cycle du jour et de la nuit — entrera alors en dialogue avec quelque chose de plus vaste, de plus difficile à nommer. La pratique de Leilani Shaw, qui s’articule depuis huit ans autour des murales, de l’art numérique, de la projection mapping et du tatouage, porte en effet une intention claire : rendre visible ce que la ville oublie et ancrer dans l’espace public des récits que trop peu de surfaces ont jusqu’ici accueillis.

Sa murale, comme bon nombre de ses précédentes œuvres, Leilani Shaw l’a pensée à partir des femmes qui l’entourent et qui ont fait d’elle qui elle est aujourd’hui. « C’est comme si je prenais un peu de chacune des femmes dans ma vie — que ce soient des amies, de la famille, ou d’autres personnes avec qui j’ai grandi — et j’incorpore tout ça dans une sorte de féminité divine, une déité. C’est vraiment ce que j’aime dessiner », souligne-t-elle. La représentation concrète d’une présence humaine, croit-elle, aide les gens à s’ancrer dans l’œuvre, à y trouver un point d’entrée avant même de connaître le récit qu’elle propose.

Pour ce faire, l’artiste puise dans la tradition orale autochtone — ses légendes, ses idéologies, ses façons de transmettre les valeurs et les histoires de lignée d’une génération à l’autre — afin de les faire résonner dans le présent. « Pour moi, c’est vraiment important de capter l’essence de cette narration autochtone. J’aime partir des façons d’être autochtones pour mieux comprendre le monde », indique-t-elle. Le surréalisme devient dès lors un outil de translation qui permet au réel et à l’imaginaire de se rencontrer dans la lignée de l’onirisme propre aux récits autochtones, qui laissent libre cours à l’interprétation. « Ce que je crée consiste à bâtir un nouveau monde », résume Leilani Shaw.

Un manque de représentation autochtone

L’artiste se réjouit en outre de participer à Mural puisque, selon elle, Montréal manque fondamentalement de représentation autochtone. « On a l’impression d’être en Nouvelle-France. On ne ressent pas de proximité avec les peuples autochtones, pourtant, ils ont toujours été là et ils seront toujours là », relève Leilani Shaw. Pour illustrer son propos, elle compare ainsi la métropole québécoise à Vancouver. « Là-bas, beaucoup de ce que tu vois visuellement [dans la rue] te renseigne sur les peuples autochtones du territoire, qu’il s’agisse de leur histoire, de leurs œuvres ou de tout ce qu’ils veulent partager. Alors qu’à Montréal, ce n’est pas vraiment ça… » Un constat qu’elle dresse sans amertume, mais avec la conviction que tout reste à faire.

« J’aime rendre compte des perspectives autochtones à travers la narration visuelle pour pouvoir établir un lien avec des gens autochtones de partout au Canada et aux États-Unis, mais aussi avec des non-Autochtones », poursuit Leilani Shaw. L’artiste est de fait très attentive aux différentes réactions que suscite son travail. « Même sans connaître la narration autochtone, chacun peut y trouver quelque chose », confie-t-elle.

En attendant de voir sa murale prendre forme sur le boulevard Saint-Laurent, Leilani Shaw formule un souhait. « Je voudrais vraiment voir plus d’artistes autochtones soumettre leur candidature pour des projets de murales et d’art public [à Mural ou ailleurs] », conclut l’artiste. Il est grand temps que leur présence dans l’espace urbain montréalais, encore trop rare, trop peu intégrée, cesse enfin d’être l’exception.

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